Notules
dominicales de culture domestique n°161 - 2 juin 2004
DIMANCHE.
Mémoire louvrière. Passage
éclair au Louvre, le temps d'observer six tableaux tout de même,
dont la ronde grotesque des Mendiants de Bruegel. Sur la route
de l'Arlequin, je suis surpris comme tous les dimanches de voir un attroupement
devant l'église ukrainienne du boulevard Saint-Germain : je me
demande ce que tous ces slaves s'échangent dans les gros sacs qu'ils
sortent de leurs camionnettes. Le Secours orthodoxe ?
Cinéma (L'Arlequin, rue de
Rennes). A nous la liberté (René Clair, France, 1931
avec Raymond Cordy, André Michaud, Rolla France, Germaine Aussey,
Marguerite de Morlaye; vu dans le cadre du ciné-club animé
par Claude-Jean Philippe).
Un vagabond retrouve un ancien camarade de prison qui est devenu un riche
industriel.
René Clair a eu du mal à tourner le dos au cinéma
muet. C'est visible dans ce film qui contient très peu de dialogues
et qui est fortement ancré dans la tradition du muet : partition
musicale (due à Georges Auric) omniprésente et composée
comme une symphonie, succession de tableaux plutôt que de séquences,
expressivité (souvent maladroite) du jeu des acteurs, scènes
burlesques à base de courses poursuites. Cela contribue à
vieillir le film qu'on peut trouver un brin longuet. Cependant, il offre
un intérêt certain dans sa présentation du monde du
travail. Les scènes qui montrent le travail à l'usine sont
les répliques de celles qui se déroulent en prison à
l'ouverture du film. La devise "Le travail c'est la liberté",
outre son ironie, annonce le futur "Arbeit macht frei". On peut
voir dans cette dénonciation du travail à la chaîne
les prémices des Temps modernes de Chaplin et le personnage
du vagabond, dans ses difficultés à trouver sa place dans
la société, dans ses relations avec la femme qu'il aime,
dans les catastrophes qu'il déclenche, évoque franchement
le personnage de Charlot. La séquence de l'inauguration de l'usine,
avec discours inaudible, envol de billets de banque et débandade
générale, a elle un côté iconoclaste qui doit
beaucoup à Jean Vigo.
LUNDI.
Courrier. Afflux de cartes postales,
J. à Cannes, les M&M en Bretagne et mes parents dans le Médoc.
Calamité naturelle. Une gelée
inattendue a eu raison de mes plantations de la semaine dernière.
MARDI.
Courriel. Échange avec mon
frère T. à propos de Claude Sautet. Il me raconte ses performances
saxophoniques à Coutances.
Une demande d'abonnement aux notules.
Toile. Comme tout le monde, j'aime
bien de temps en temps taper mon nom sur Google et voir ce qui en sort.
Aujourd'hui, j'ai la surprise de voir la critique du Vélo de Ghislain
Lambert parue dans les notules n° 88 côtoyer, sur un site consacré
à Benoît Poelvoorde, celles de Studio, du Monde et autres
voisins flatteurs. http://www.juskalos.net/velo.php
TV. Minority Report (Steven
Spielberg, E.-U., 2002 avec Tom Cruise, Max von Sydow, Colin Farrell,
Samantha Morton; diffusé sur Canal + en mai 2004).
Washington, 2054. La police est désormais en mesure d'arrêter
les criminels avant qu'ils commettent leur forfait. Le chef de ce programme
"précognitif" découvre un jour que le prochain
meurtrier en puissance n'est autre que lui-même.
Le déroulement du récit, tiré d'une nouvelle de Philip
K. Dick, est imparable. Premier temps, présentation de cette nouvelle
unité policière, de l'efficacité des méthodes
de prévention du crime illustrées par un exemple. Deuxième
temps : catastrophe, le chef va commettre un meurtre, il faut l'arrêter
immédiatement, il s'enfuit, poursuite, bagarre, action, on retrouve
exactement les scènes de la série Indiana Jones,
la même façon de filmer, dans un environnement bien sûr
totalement différent. Troisième temps, questions : le chef
va-t-il commettre le crime qu'on lui prédit, et pour quelle raison
serait-il amené à devenir un criminel ? On peut trouver
ce schéma aménagé dans le film noir, avec le suspense
comme ingrédient principal (Soupçons, d'Hitchcock,
ressemble un peu à cela). Mais on est ici dans le domaine futuriste,
dans un monde imaginaire qui se caractérise par l'omniprésence
de l'image et par le principe de précaution érigé
en loi suprême. Spielberg multiplie les trouvailles visuelles, les
gadgets, de quoi épater j'imagine les amateurs du genre. J'imagine
seulement parce que je ne suis malheureusement pas très versé
dans la science-fiction et ses avatars et qu'il me faut avouer que ces
deux heures quarante baignées dans une lumière bleu électrique
ne m'ont pas toujours paru palpitantes. Tant pis pour moi.
MERCREDI.
Matinée studieuse.

Marché.
Je refais le plein de plants pour le jardin, en espérant éviter
cette fois les gelées inopportunes.
Cinéma. Monster (Patty
Jenkins, E.-U., 2003 avec Charlize Theron, Christina Ricci, Bruce Dern,
Scott Wilson, Pruitt Taylor Vince, Lee Tergesen, Annie Corley).
L'histoire vraie d'Aileen, prostituée au bord du suicide qui tombe
amoureuse d'une jeune fille en conflit avec sa famille et qui, pour financer
leur cavale, commence à supprimer ses clients.
L'assistance est essentiellement féminine ce soir au cinéma.
Les hommes regardent le football. Si je n'ai pas fait de même, c'est
parce que je ne suis pas vraiment un parnassien du foot : l'art pour l'art,
le jeu pour le jeu ne m'intéressent guère, j'ai besoin,
pour suivre un match, de me sentir impliqué, de prendre parti.
C'est pourquoi je peux subir sans râler les parcours parfois insipides
du S.A. Spinalien et du F.C. Metz et que je regarde les matches de l'équipe
de France quand ils font partie d'une compétition. En 1976, j'étais
stéphanois de la tête aux pieds. En 1993, j'étais
un pur Marseillais (mémorable soirée chez P.R.). Mais là,
pas moyen. Cela fait plusieurs jours que j'essaie mais en vain : je n'arrive
pas, même pour une seconde, à m'imaginer dans la peau d'un
citoyen monégasque.
Monster est le film de Charlize Theron. C'est elle qui l'a voulu,
c'est elle qui l'a produit, c'est elle qui en occupe chaque plan. On sait
qu'elle a fait des efforts insensés pour s'enlaidir et composer
une Aileen plus vraie que nature (Michel Simon faisait la même chose
pour chacun de ses rôles sans que ça suscite le même
intérêt). Le tout est de savoir si on accepte de voir un
film qui n'existe que par et pour elle. Bonne surprise, Charlize Theron
va au-delà du simple rôle à Oscar. Son engagement
total paraît sincère. Son identification avec Aileen n'est
pas sans danger pour elle car le film n'est pas une entreprise de réhabilitation.
Aileen est une pauvre fille avec des tas d'excuses pour expliquer sa déchéance
mais aussi une criminelle qui n'hésite pas à tuer sans nécessité.
La réalisatrice joue habilement sur l'opposition physique entre
Christina Ricci et Charlize Theron (quelque carcasse !) et parvient à
rendre crédible une histoire d'amour, de mort et de trahison plutôt
improbable. Bien joué.
JEUDI.
Rigueur (voire vigueur) professionnelle.
Caroline en formation sur les troubles de l'érection. Je pose des
tuteurs à mes pieds de tomates.
VENDREDI.
Lecture scolaire. L'inconnu du
donjon (Évelyne Brisou-Pellen, Éditions Gallimard Jeunesse
1997, coll. Folio Junior n° 809; 198 p.).
Roman d'aventures médiévales qui serait sans intérêt
si l'auteur, pédagogue dans l'âme, ne distillait de temps
à autres quelques détails historiques ou étymologiques
intéressants qui prouvent qu'elle s'est documentée sérieusement
pour cette série des aventures du jeune Garin, série qui
compte au moins une demi-douzaine de volumes.
Far West. Nous cueillons les filles
à la sortie de l'école. Nous devons passer la fin de semaine
en Bretagne pour un rassemblement familial. La route est longue mais paisible,
Alice a oublié d'être malade. Seul léger désagrément,
le soleil de face qui nous cuit le poitrail puis les yeux. Il ne faut
jamais faire route vers l'ouest en fin d'après-midi, tous les envahisseurs,
des premiers Huns aux survivants de la Wehrmacht vous le diront, et John
Wayne était un lève-tôt. Langres, Troyes, Sens, Montargis,
Orléans, nous arrivons au Mans après minuit, où nous
avons prévu de faire étape dans un hôtel cubique et
périphérique.
SAMEDI.
Far West (suite). Beau temps. Nous
quittons Le Mans l'ariette aux lèvres, longeons le circuit des
24 Heures avant de trouver l'autoroute pour Rennes. C'est à Vitré
que la pluie commence à cogner aux vitres, venant ainsi confirmer
notre tropisme pour les seuls lieux de l'hexagone épargnés
par le soleil. Rennes, Erbrée, Etrelles, Brécé, Gévézé,
Bédé, Melesse, Tressé, Herblé, Bécherelle,
Pléven, Créhen, j'en passe, c'est la première fois
que je remarque cette tendance bretonne au monovocalisme. Nous faisons
un détour par Tinténiac, son feu rouge, son Super U et son
collège public qui porte le nom de Théophile Briand, ce
qui ne manque pas de sel marin. Saint-Malo pavoise pour le Festival Étonnants
Voyageurs, nous arpentons les ruelles pentues entre deux averses. Nous
retrouvons ma belle-famille à deux pas du Cap Fréhel où
nous créchons pour les deux jours à venir dans une Auberge
de jeunesse (à mon âge...). J'expérimente le deuxième
de mes cauchemars récurrents, après celui du voyage en train
en compagnie d'une vague connaissance : coucher dans un lieu collectif
(refuge de montagne, maison familiale, auberge de jeunesse) avec des inconnus
qui portent de grosses chaussures et des pulls qui piquent, parlent de
"rando" d'une voix très forte, font sécher leurs
grosses chaussettes n'importe où et me lancent de joyeux bonjours
en croyant que j'appartiens à leur confrérie. Je me couche
le premier. A huit par chambrée, mieux vaut prendre des réserves
de sommeil avant que les premiers ronflements ne s'élèvent.
Bonne semaine.
Notules
dominicales de culture domestique n°162 - 6 juin 2004
DIMANCHE.
Vie bretonne. Nous visitons, et sous
le soleil s'il vous plaît, le Fort La Latte, dans un site splendide,
qui servit de décor au tournage des Vikings de Richard Fleischer
(je me souviens que DD, qui s'est noyé dans des eaux moins nobles
que celles de l'Atlantique, racontait qu'il y avait été
figurant) et de Chouans de Philippe de Broca. La bâtisse
appartient à la famille Matignon, qui eut un hôtel assez
renommé à Paris. La pluie revient quand la troupe part à
l'assaut du Cap Fréhel. Je reste à la sieste, rêve
de Rimbaud cuisant dans le cratère d'Aden et sur les pistes du
Harar. Je commence à m'effrayer du lendemain, à l'idée
d'approcher de Paris un jour de retour de long week-end.
LUNDI.
Retour. Dix heures de route, et encore,
nous sommes épargnés par les bouchons, avec une variante
par rapport à l'itinéraire de l'aller, à partir du
Mans : Illiers-Combray (j'avais, sans savoir que l'autoroute passait si
près, acheté des madeleines), Chartres, Étampes (sans
y voir le collège Geoffroy-Saint-Hilaire où "Lemarquis
professait les lettres classiques et le plus grand mépris pour
le professorat", Georges Perec, 53 jours), Milly-la-Forêt,
Fontainebleau avant de retrouver Sens et la route habituelle. J'ai hâte
de retrouver la maison, envie de brûler les habits que je porte
dans le fond du jardin et de rester deux heures sous la douche. A l'arrivée,
nous mangeons des sardines à l'huile afin de ne pas être
dépaysés trop brutalement.
Courriel. Une demande d'abonnement
de GR, habitué de la [listeoulipo].
MARDI.
Réactions aux notules. GN évoque
une autre chambrée que nous avons partagée à une
époque où nous avions les cheveux plus courts et plus drus.
JMP parle des Cahiers Simenon auxquels il a contribué.
Courriel. Bernard Magné a remis
le Bulletin de l'Association Georges Perec chez l'imprimeur, il sera prêt
le 9 juin.
TV. Mina Tannenbaum (Martine
Dugowson, France, 1993 avec Romane Bohringer, Elsa Zylberstein, Florence
Thomassin; diffusé sur Canal + en septembre 1999).
L'itinéraire de deux amies, Ethel et Mina, nées le même
jour de l'année 1958, deux gamines juives étouffées
par leurs familles.
C'est le début du film, quand les années défilent
à grande vitesse, qui est la partie la plus intéressante.
Mina et Ethel en 1968, en 1974, leurs tenues, leurs complexes d'adolescentes,
leurs drolatiques expériences de drague dans un Paris sans cesse
en mouvement rappellent le meilleur Diane Kurys et annoncent La Vie
ne me fait pas peur de Noémie Lvovsky. La folie et la fantaisie
s'éteignent logiquement avec l'âge adulte et la peinture
convenue des milieux professionnels de chacune des deux amies (la presse
et l'art) et on termine par une note tragique où l'émotion
ne fonctionne pas.
MERCREDI.
Emplettes. J'achète la nouvelle
édition d'Impressions d'Afrique de Raymond Roussel et le dernier
recueil de Michel Laclos.
Bang bang. Coincé par le mauvais
temps entre une fille mordue de saut à la corde et une autre qui
s'est découverte adepte des sabots suédois, je finis l'après-midi
nanti d'une légère céphalée.
Cinéma. Le Fils d'Elias
(El abrazo partido, Daniel Burman, Argentine, 2003 avec Daniel
Hendler, Adriana Aizemberg,Jorge D'Elisa, Sergio Boris, Silvina Bosco).
Ariel, trente ans, vit à Buenos Aires avec sa mère. Il tente
d'obtenir un passeport pour la Pologne d'où sa famille est originaire.
Elias, c'est le père, l'étranger, l'autre, Alias, celui
qui a quitté sa famille quand Ariel était encore enfant
pour aller s'installer en Israël et qui hante la mémoire de
son fils. Celui-ci cherche à savoir qui il était, cherche
à recoller des pièces de souvenirs qu'il recueille auprès
de sa mère ou de ses voisins, dans la galerie commerciale où
il tient la boutique de lingerie, seul héritage qui porte encore
le nom du père. Le film raconte la quête d'identité
de ce jeune homme inquiet, incomplet, instable comme la caméra
qui le filme. Daniel Burman a un style, c'est indéniable, qui transparaît
dans son mode de narration, un collage serré de séquences
coupées abruptement par des cartons annonçant le titre du
chapitre parfois au beau milieu d'une scène qui continue juste
après comme si de rien n'était. La crise personnelle se
mêle à la crise collective, celle de l'économie d'un
pays vue à travers l'existence des petits commerçants de
la galerie et le désir d'exil de la jeunesse. Le Fils d'Elias n'est
pas toujours très confortable à suivre mais prouve la vitalité
du cinéma argentin qui fait mieux que survivre dans un contexte
national très difficile.
JEUDI.
Lecture. Rimbaud en Abyssinie
(Alain Borer, Éditions du Seuil, 1984; rééd. coll.
Points Seuil P 1182; 346 p.; 8,50 €).
"Rien de banal ne sortira de cette tête-là", disait
le proviseur de Rimbaud au lycée de Charleville. De même
pourrait-on dire que rien de totalement inintéressant ne peut sortir
d'un livre consacré à Rimbaud. A fortiori quand il est signé
Alain Borer, qui a énormément travaillé sur les dernières
années du poète, à la télévision (ce
livre est, à l'origine, un journal de tournage du film Le Voleur
de feu), à la radio (j'ai ressorti de mes archives sonores
et réécouté, admirable complément à
la lecture, "Rimbaud, l'heure de fuite", 2000, et "Aden,
la ville ou Rimbaud passa", 1990, deux émissions auxquelles
il a participé), et bien sûr dans ses livres. Ce sont les
dernières années du poète qui l'intéressent,
à partir de 1880 ici, au moment où il arrive à Harar,
dans l'est éthiopien, alors Abyssinie. Comme beaucoup avant lui,
Borer cherche à percer le mystère du Rimbaud négociant,
du Rimbaud non poète. Il prend le contre-pied des thèses
les plus communes pour affirmer que selon lui, il n'y a pas eu deux Rimbaud,
que le forgeur de vers et l'arpenteur de déserts ne font qu'un,
que Rimbaud a, de Charleville à Harar, poursuivi la même
quête d'absolu : "Rimbaud n'est pas un écrivain, mais
quelqu'un qui est passé par l'écriture, comme par tant d'autres
expériences, recherchant dans toutes les directions l'unique chose,
soit, en pesant ses mots : 'pressé de trouver le lieu et la formule'
de l'unique chose, l'informulable où il accéderait à
'la liberté dans le salut'." L'autre souci de Borer est de
laver Rimbaud de l'accusation de trafic d'esclaves qui pèse sur
lui depuis le livre d'Enid Starkie (1938) intitulé lui aussi Rimbaud
en Abyssinie.
Pour étayer ses dires, l'auteur s'appuie sur la correspondance
du poète, l'immense bibliographie qui lui est consacrée
(Bonnefoy, Breton, Étiemble qu'il n'épargne pas, Starkie,
Petitfils et des centaines d'autres) et sur les témoignages de
ses contemporains au Harar, marchands, explorateurs, géographes,
Ilg, Bardey son employeur et ces frères Bienenfeld qui sont peut-être
apparentés à Perec. La multiplication de citations, de guillemets
qui en résulte rend parfois son texte indigeste, ce qui est un
peu regrettable. Mais cela n'est rien face à l'admiration sans
borne, la fascination, le désir de comprendre et d'expliquer qui
gouverne le livre. Désir de comprendre un homme mais aussi un pays
dans lequel les traces laissées par le poète sont à
peine décelables. Fascination que je partage, avec des millions
d'autres personnes, depuis mon premier choc poétique, ces deux
trous rouges sur fond vert du Dormeur du val découverts
en classe de CM2 et qui n'ont jamais tout à fait cessé de
me hanter, de réapparaître de façon parfois inattendue
comme sur ces fleurs de nymphéas des tableaux de Monet. Admiration
qu'un cul de plomb de mon acabit ne peut que ressentir face à l'homme
aux semelles de vent.
Curiosité. "Des équipes de singes, des gorezzas particuliers
à l'Éthiopie, au pelage rayé noir et blanc comme
le maillot des All Blacks..." qui ne s'appelleraient certainement
pas ainsi si c'était le cas.
Vocabulaire. obsécration, n.f. : Prière par laquelle
on implore Dieu, on conjure quelqu'un au nom de Dieu.
Hommage. "Et la nuit glisse sur les globes électriques
Des sirènes, au loin, souffrent dans le brouillard.
Un camelot crie le journal.
Retour d'Afrique, Rimbaud est mort ce soir." Louis Brauquier, poète
marseillais.
VENDREDI.
Courrier. J'envoie une revue de presse
à Y. et mon vote par procuration pour le Prix René-Fallet.
Nous recevons un faire-part de mariage hétérosexuel.
TV. Il est plus facile pour un
chameau... (Valeria Bruni Tedeschi, France, 2003 avec Valeria Bruni
Tedeschi, Chiara Mastroianni, Jean-Hugues Anglade, Denys Podalydès,
Marysa Borini, Lambert Wilson; diffusé sur Canal + en mai 2004).
Federica, la fille d'un richissime industriel italien, vit à Paris.
Mais sa fortune ne lui apporte aucune satisfaction.
Pour son premier film derrière la caméra, Valeria Bruni
Tedeschi s'empare d'un thème intéressant, le sentiment de
culpabilité qu'engendre la possession, la richesse. Federica vit
dans le XVI°, roule en Jaguar, s'ennuie consciencieusement au théâtre
et à son cours de danse. Pour échapper à cette culpabilité,
elle explore plusieurs pistes : l'écriture, l'amour avec un prolétaire,
le désir d'enfant, la religion, le refuge dans les souvenirs (son
enfance évoquée en flash-backs), la tentation humanitaire,
le rapprochement familial autour du père mourant, il ne manque
que la drogue et la psychanalyse. Tout échoue, le malaise reste
entier et bien visible sur le visage de Valeria actrice, dont on sait
que l'hilarité n'est pas un trait caractéristique. C'est
un film qui vient de loin, de l'intérieur, sincère, certainement
en partie autobiographique mais qui est loin d'être captivant. Si
la réalisatrice voulait nous convaincre de la fadeur de la vie
des nantis, elle y est tout à fait parvenue.
SAMEDI.
Vie sociale. Nous croûtons à
Ludres, chez les G. Le carpaccio de saumon sur compotée d'oignons
est une merveille. Surprise et plaisir de passer une soirée détendu,
à l'aise en compagnie.
Bon dimanche.
Notules
dominicales de culture domestique n°163 - 13 juin 2004
DIMANCHE.
TV. La bonne tisane (Hervé
Bromberger, France, 1957 avec Raymond Pellegrin, Madeleine Robinson, Bernard
Blier, Estella Blain, Jacques Fabbri, Roland Lesaffre, Henri Vilbert;
diffusé sur CinéCinéma Classics en ?).
A la suite d'un règlement de comptes, un truand se réfugie
à l'hôpital. Ses rivaux et associés, qui le croient
mort, commencent à se partager son empire.
C'est une bonne adaptation d'un roman de Jean (alors John, pour faire
américain) Amila, Série Noire n° 285, lu en 1988. Hervé
Bromberger reste fidèle à l'intrigue, à quelques
détails près, et surtout à l'esprit d'Amila pour
qui l'essentiel de l'histoire ne résidait pas dans les démêlés
des truands mais dans l'ambiance de l'hôpital, où une jeune
infirmière (Estella Blain) effectue sa première nuit de
garde. Hyper-sensible, effrayée par les tâches qu'elle a
à accomplir pour la première fois et par un médecin
autoritaire, elle va se retrouver avec un truand sur les bras et gagner,
au bout d'une nuit d'épreuves, son permis d'entrer dans la vie
d'adulte.
Curiosité. Premier rôle au cinéma pour Stéphane
Audran.
LUNDI.
TV. Ma vraie vie à Rouen
(Olivier Ducastel et Jacques Martineau, France, 2002 avec Jimmy Tavares,
Ariane Ascaride, Jonathan Zaccaï, Hélène Surgère;
diffusé sur Canal + en mai 2004).
Etienne vit avec sa mère à Rouen. Sa grand-mère lui
offre une caméra pour son seizième anniversaire.
Comme le héros de Ma caméra et moi sorti la même
année (Christophe Loizillon) et celui de Real Movie sorti
cette semaine (Stéphane Robelin), Etienne va se mettre à
tout filmer : sa vie familiale, ses copains, ses entraînements de
patineur, ses trajets en voiture, ses vacances... La différence,
c'est que Ducastel et Martineau vont plus loin que Loizillon. Les images
d'Etienne ne forment pas une partie de leur film, intégrées
à un récit cadre plus général, elles en constituent
la totalité. Ce qui fait qu'on ne voit jamais Etienne en train
de filmer par exemple. S'il apparaît à l'image, c'est parce
qu'il a prêté sa caméra ou qu'il l'a posée,
en marche, quelque part. D'où, sans doute, la qualificatif de "vraie"
vie du titre, cette vie qui n'accède à la réalité
que par le truchement de l'outil caméra. Cette activité
obsessionnelle suscite bien sûr des tensions autour de lui, ses
proches acceptant mal d'être sans cesse filmés, jusqu'à
ce qu'un drame (comme au "vrai" cinéma) vienne susciter
une nouvelle donne. C'est donc une expérience intéressante,
assez radicale, mais qui dure tout de même une heure quarante...
MARDI.
Courriel. FP m'envoie le récit
des délibérations du prix du Livre Inter, dont il était
juré, ainsi que ses notes de lecture des livres sélectionnés.
Le vainqueur est L'homme-sœur, de Patrick Lapeyre.
Lecture. L'Appentis revisité
(Marcel Bénabou, 2003 Berg International Éditeurs, coll.
"Monde A Part"; 98 p., 9 €; dédicacé par
l'auteur "pour Philippe Didion, très amicalement").
Huit nouvelles et un inventaire.
Dans le premier texte, qui donne son titre au recueil, Marcel Bénabou
propose de découvrir le chapitre manquant de La vie mode d'emploi.
On sait en effet que le roman de Perec ne compte que 99 chapitres sur
les 100 programmés et attendus, la faute à un personnage
qui mord dans un petit beurre et écorne ainsi le plan de l'immeuble
où se déroule l'histoire. La pièce manquante est
un appentis, le débarras de l'atelier du peintre Hutting que celui-ci
est le seul à connaître. En quelques pages, Bénabou
convoque la majeure partie des textes de Perec au moyen de noms de personnages,
de lieux, de thèmes (le faux, l'illusion du réel, bien sûr),
de contraintes (plus d'un an de travail, me disait-il, et plus d'un an
de lecture si on veut découvrir toutes les clés) qui réjouiront
les amateurs. Les amateurs éclairés, s'entend, car il s'agit
tout de même d'un texte pour happy few.
La suite des nouvelles permet de retrouver le Bénabou connu, celui
qui ne sait et ne veut écrire que sur l'écriture. Il s'en
amuse d'ailleurs et confesse son incapacité à écrire
une histoire traditionnelle : "Écrire sur la boisson n'étanche
point la soif, écrire sur la nourriture ne remplace pas un repas;
écrire sur les livres - c'est toute la différence - peut
tenir lieu de livre."
Citation. "Car, toute mon expérience le prouve, je ne puis
parler d'autre chose que de l'écrivain et de sa vaine poursuite
de l'écriture, et je ne conçois d'autre méthode,
pour parvenir un jour peut-être à une œuvre, que de faire
mine, inlassablement, de ramasser les bribes d'une œuvre inaboutie."
TV. La Mère Christain
(Myriam Boyer, France, 1998 avec Myriam Boyer, Bruno Boëglin, Maryline
Even, Clovis Cornillac; diffusé sur Canal + en décembre
1999).
Dans les années 50, la patronne d'un bistrot de Lyon veut retrouver
l'assassin de sa petite fille, qui a été découverte
morte au fond d'une cave à charbon.
A vingt ans de distance, on a bien du mal à reconnaître en
Myriam Boyer, qui a subi un épaississement à la Signoret,
l'épouse de Patrick Dewaere dans Série noire. Elle ne se
cache pas, se filme en gros plan ou en train d'enfiler ses bas, prête
ses traits fatigués à cette mère Christain qui traîne
une douleur immense. Sa quête de la vérité sur la
mort de sa fille n'est pas traitée sur le mode policier mais sur
celui d'une chronique lente et triste au son de l'accordéon de
Roland Romanelli. Le café qu'elle tient est le point de rencontres
de personnages tout aussi paumés qu'elle, acteurs, auteurs et victimes
d'histoires aussi désespérées que la sienne. Probablement
teintée d'autobiographie, cette histoire finit par distiller une
émotion poignante qui peut rappeler certains romans de Simenon,
Le charretier de la "Providence" par exemple.
MERCREDI.
Lecture professionnelle. Yvain,le
Chevalier au Lion (Chrétien de Troyes, v. 1170, École
des loisirs, 1993, coll. Classiques, adaptation nouvelle par Jean-Pierre
Tusseau; 212 p., 5,80 €).
Bonne version pour jeunes lecteurs de ce classique dans une traduction
qui évite le sabir moyenâgeux tout en sachant garder une
coloration d'époque.
Météo. La chaleur est
de retour... On s'en moque, la pharmacie est climatisée. Sauf que,
pour que le système fonctionne, il manque une pièce actuellement
bloquée on ne sait où entre Taïwan et les Vosges. Magie
de la mondialisation : on fabrique des systèmes de climatisation
à dix kilomètres d'ici mais les installateurs locaux préfèrent
se fournir aux antipodes. En attendant, on redescend les bons vieux ventilateurs
du grenier. La pharmacie, avec ses vastes baies vitrées, se transforme
vite en sauna et Caroline commence à bouillir, dans tous les sens
du therme.
Musique. J'écoute la bande
originale du film Les Choristes. Sans les images sulpiciennes qui
m'avaient énervé, je dois dire que c'est plutôt joli.
JEUDI.
Courrier. J'envoie des coupures à
Y. et à FP.
Radio. J'écoute Marie Didion,
notulienne par alliance, travailler à la renommée familiale
en raflant le Super Banco du Jeu des mille euros sur France Inter, de
passage à Trouville.
Téléphone. Je me laisse
convaincre par un démarcheur Wanadoo en ADSL pour une période
d'essai.
Courriel. Bernard Magné est
contraint d'annuler le séminaire Perec prévu à Jussieu
ce samedi. Dommage, le Bulletin est envoyé aujourd'hui et j'aurais
peut-être pu connaître quelques réactions à
chaud de premiers lecteurs.
Bizarre. Extrait d'une note de pharmacovigilance
reçue par Caroline au sujet d'un hypocholestérolémiant
:
"Contre-indications. La dose de 40 mg est contre-indiquée
en présence des facteurs favorisants de myopathie/rhabdomyolyse
suivants :
- insuffisance rénale modérée
- hypothyroïdie
- antécédents personnels ou familiaux de maladies musculaires
génétiques
- antécédents personnels d'atteintes musculaires avec un
autre inhibiteur de l'HMG-CoA réductase ou un fibrate
- consommation excessive d'alcool
- situation favorisant une élévation des taux plasmatiques
de rosuvastatine
- patients japonais ou chinois."
Ces gens-là ne sont décidément pas comme nous.
VENDREDI.
Courrier. Je reçois le remboursement
de mes frais de justice, un CD de Jolie Holland et le Bulletin 44 de l'Association
Georges Perec. Satisfaction de voir enfin l'objet, sur lequel j'ai longuement
travaillé. Je me souviens de la jubilation éprouvée
lorsque mon nom était apparu pour la première fois dans
cette publication, dans les remerciements du numéro 34, en décembre
1998. Je ne suis pas mécontent du chemin accompli depuis. Je lis
la chose dans le train qui me mène à Paris avec Caroline
et ne trouve qu'une coquille minime.
Lecture. Les boulevards de ceinture
(Patrick Modiano, Gallimard, 1972; rééd. coll. Folio n° 1033;
184 p.).
Tout est désormais en place dans l'univers romanesque de Modiano
alors que nous en sommes ici à son troisième livre dans
l'ordre chronologique. Univers où on voit évoluer des personnages
troubles dans une période historique qui ne l'est pas moins. Ici,
le narrateur, à la recherche de son père, le retrouve dix
ans plus tard dans un village en forêt de Fontainebleau, acoquiné
avec une bande d'individus louches dont les occupations se partagent entre
marché noir et chantage. Le livre s'ouvre, comme W ou le souvenir
d'enfance sur une description de photo où l'on voit le père
tenant une cigarette disposée entre l'annulaire et l'auriculaire
(c'est-à-dire à la manière de Perec si je me souviens
bien). On peut poursuivre le jeu de piste perecquien en constatant la
présence, après le thème du manque, de celui du faux
: le narrateur gagne sa vie en vendant des livres sur lesquels il a écrit
de fausses dédicaces. La recréation du monde interlope qui
gravite autour de l'Occupation est cependant du pur Modiano, avec ces
journalistes-maîtres-chanteurs, ces artistes de variété
de seconde zone, ces demi-mondaines, ce père insaisissable dont
on ne sait s'il est un Juif traqué ou un trafiquant et que le narrateur
poursuit et protège avec tendresse.
Extrait. "Les jours qui suivirent, mon père, considérant
que je lui avais sauvé la vie, m'expliqua en détail quel
genre d'affaires il traitait et me proposa de le seconder. Il avait pour
clients une vingtaine d'hurluberlus, disséminés à
travers la France et avec lesquels il était en rapport grâce
aux revues spécialisées. Il s'agissait de collectionneurs
fanatiques, obnubilés par les objets les plus divers : vieux bottins,
corsets, narguilés, cartes postales, ceintures de chasteté,
phonographes, lampes à acétylène, mocassins Iowa,
escarpins de bal... Il écumait Paris à la recherche de ces
ustensiles qu'il envoyait par colis aux intéressés. Il leur
extorquait préalablement de gros mandats sans aucun rapport avec
la valeur réelle de la marchandise. L'un de ses correspondants
payait 100 000 francs pièce des indicateurs Chaix d'avant-guerre.
Un autre lui avait versé 300 000 francs d'acompte, à condition
de lui réserver EN PRIORITÉ tous les bustes et effigies
de Waldeck-Rousseau qu'il trouverait..."
SAMEDI.
Vie parisienne. Je commence la journée
par une déambulation du boulevard Haussmann à la place de
la Madeleine. Chez Fauchon, les pieds de porc panés sont à
4,50 € pièce. L'annulation du séminaire Perec
me permet d'entamer plus tôt ma journée de travail à
la Bilipo. Je l'interromps pour rejoindre Caroline au Bouillon Racine.
Une brandade de morue me sert de préparation à l'Euro portugais.
En sortant, je me fais tamponner par une cycliste que je n'avais pas vue
venir, et pour cause puisqu'elle roulait sur le trottoir. Retour à
la bibliothèque, je lis dans le n° 17 des Cahiers Georges Simenon
les articles "Georges Simenon et Georges Brassens" (André
Tillieu), "Georges Simenon et Raymond Queneau" (Jean-Michel
Pochet, notulien) et "Georges Simenon et Jacques Roubaud" (Michel
Lemoine) et j'y glane quelques allusions à Perec. Je rejoins Caroline
à la Samaritaine, achète une chemisette framboise sans avanie.
Nous rejoignons notre logis via la rue du Faubourg-Saint-Denis, propice
à toutes sortes de dépaysements, et j'attrape la seconde
mi-temps de Portugal - Grèce (1-2).
Bonne semaine.
Notules
dominicales de culture domestique n°164 - 20 juin 2004
DIMANCHE.
Vie parisienne. Nous métrottons
jusqu'au Louvre en matinée. Pas question d'utiliser l'entrée
privilégiée à laquelle je suis désormais habitué,
Caroline ne bénéficie pas des privilèges (éphémères,
on le verra plus tard) de ma corporation et nous piétinons donc
aux abords de la pyramide avec le vulgum pecus. Les exhortations ("your
bag !" "your bag !") et les gestes (elle dépouille
carrément les visiteurs de leurs réticules et cartables
d'une pattecroche avide) de la préposée au dépôt
des objets sur le tapis roulant me procurent un sentiment de malaise,
l'impression d'avoir déjà vu ça quelque part. Je
termine l'étude du Cabinet I, salle 10, étage 2 de l'aile
Richelieu pour ma Mémoire louvrière tandis que Caroline
retourne voir les De La Tour. Nous achetons des albums pour les filles
à la librairie, croûtons au Nemours, près de la Comédie-Française,
et rentrons par le 13 heures 44 qui nous ramène à Épinal
juste à temps pour voter.
Lecture. Nouveaux trucs et machins
(Michel Laclos, Zulma 2004, coll. Grain d'orage; 144 p., 7,50 €).
Ce recueil fait suite aux Trucs, machins et autres choses dans
la même collection, que je n'avais pas vus passer. Michel Laclos,
fameux verbicruciste, y délaisse un moment ses cases noires et
blanches pour montrer qu'il existe une vie en dehors des mots croisés
et qu'il ne se prive pas d'en profiter. Les textes qui composent le volume
sont d'époques diverses, on y trouve un texte sur le calembour
datant de 1974, un hommage à André Frédérique
datant de 1963, d'autres textes assez anciens consacrés à
Chaval, Pierre Dac, Copi, Wolinski, Cami. Je n'ai rien contre les fonds
de tiroir, surtout que ceux-ci ne sont pas sans intérêt,
mais ce qui est gênant c'est que l'origine de ces textes n'est jamais
indiquée. Certains semblent provenir de la revue Bizarre
que Laclos créa et anima pendant un temps dirait-on. Entre ces
textes anciens, l'auteur a parsemé des choses actuelles, des distiques
("On est plus près du cœur quand la poitrine est plate / On
cherche le téton, c'est déjà l'omoplate !"),
les trucs et machins du titre ("Le palindrome est-il de droite ?"),
quelques exemples de pornographie clandestine ("Celui de qui la ...
au ciel était voisine, / Et dont les ... touchaient à l'empire
des morts."), un sonnet en morse, huit inventions, des aphorismes
("Prolonger une droite jusqu'à l'infini est très fatigant.
Surtout le deuxième jour."), des mots-valises (moins bons
que ceux d'Alain Créhange) et, pour finir, des "Je me souviens"
dont voici le premier : "Je me souviens de Georges Perec. Et alors
? Je me souviens aussi de I Remember de Jo Brainard dont se souvenait
Perec, d'Amarcord (Io mi ricordo) de Federico Fellini et du Je
me souviens... de Georges Simenon."
Courriel. RC s'enthousiasme pour Les
Glochos, un groupe musical "créateur, inventeur et interprète
d'une musique jusque là inconnue : la musique Pechno. "
TV. Football. Angleterre - France
(1-2). Exercice de diction : essayer de prononcer à plusieurs reprises
et sans sourire la phrase "C'est tout de même très cruel
pour les Anglais."
LUNDI.
Courrier. Je reçois le "pack"
ADSL Wanadoo. Je lis le mode d'emploi et le range soigneusement sur une
étagère lointaine.
TV. Toutes les filles sont folles
(Pascale Pouzadoux, France, 2003 avec Barbara Schulz, Camille Japy, Antoine
Duléry, Isabelle Nanty; diffusé sur Canal + en mai 2004).
A 30 ans, Céleste, jeune professeur toujours célibataire,
est à la recherche du grand amour. Sa sœur, délurée
et fonceuse, sort d'une désillusion amoureuse et va l'aider à
trouver le prince charmant.
C'est une comédie qui va assez vite, la vitesse étant ici
le meilleur moyen pour masquer le vide de l'entreprise. C'est lourd, parfois
gras, et ça n'apportera rien aux deux comédiennes qu'on
a voulu mettre en vedette. Heureusement, le couple formé par Isabelle
Nanty et Jean Dujardin (inconnu) apparaît régulièrement
et parvient à rendre drôles les situations les plus désespérées.
On ne peut dire que c'est un film à oublier, c'est déjà
fait.
MARDI.
Vie artistique. J'assiste avec Lucie
au concert de la chorale du collège de Châtel-sur-Moselle,
dirigée par FG, notulien. Depuis qu'elle a écouté
le disque, Lucie est éprise de cette formation, au point de nous
imposer l'écoute du CD en boucle l'autre lundi de Saint-Malo à
Épinal. Et si, comme le veut la bonne blague, faire Dinan - Saint-Malo
à la nage c'est pas de la tarte, faire Épinal - Saint-Malo
au son de la chorale de Châtel, quelle que soit l'estime en laquelle
on peut tenir ses membres et son chef, c'est pas du lait de poule non
plus. Cela dit, le show est agréable à suivre, et donne
l'occasion d'applaudir certains élèves peu habitués
aux éloges dans les circonstances ordinaires où je les fréquente.
L'énergie déployée lors de la performance en public
efface les petits problèmes de justesse qui apparaissent à
certains moments de l'enregistrement.
MERCREDI.
Bloomsday. "Miss Dunne hid
the Capel street library copy of The Woman in White far back in
her drawer and rolled a sheet of gaudy notepaper into her typewriter.
Too much mystery business in it. Is he in love with that one, Marion ?
Change it and get another by Mary Cecil Haye.
The disk shot down the groove, whobbled a while, ceased and ogled them
: six.
Miss Dunn clicked on the keyboard :
- 16 June 1904." (James Joyce, Ulysses, p. 228 de mon
édition Penguin Modern Classics, 1982).
France Culture fête dignement le centenaire, notamment au cours
d'une soirée spéciale en direct du 7 rue de l'Odéon,
à l'emplacement de la librairie d'Adrienne Monnier où la
première traduction de Ulysses vit le jour. Les cassettes
tournent.
Emplettes. J'achète un recueil
d'entretiens avec Henri Thomas, à offrir pour la fête des
pères, un volume de Georges-Arthur Goldshmidt, un album de photos
de Rimbaud au Harar et le premier numéro d'une nouvelle revue animée
par Jean-Bernard Pouy.
Courrier. HB, décidément
jamais guéri, fait du canyonning en Corse.
Abolition des privilèges. J'apprends
par le journal parlé de 18 heures la suppression de l'accès
gratuit au Louvre pour les enseignants. Dommage, j'avais découvert
la chose assez tardivement et n'en aurai profité qu'une année.
Cinéma. Le rôle de
sa vie (François Favrat, France, 2004 avec Agnès Jaoui,
Karin Viard, Jonathan Zaccaï, Marcial di Fonzo Bo, Claude Crétient,
Anne Mercier, Laurent Lafitte, Denis Sebbah).
Claire Rocher, pigiste dans un journal féminin, rencontre par hasard
Élisabeth Becker, vedette de cinéma. Une amitié se
noue, Claire est engagée comme assistante auprès d'Élisabeth.
Ce premier film n'est pas une réussite totale. Il comporte des
longueurs, des fautes de goût, des personnages mal campés
ou inutiles, un dénouement de conte de fée un peu trop convenu.
Mais la somme de ses qualités et de ses promesses fait nettement
pencher la balance du bon côté. Il commence comme une comédie
bâtie sur le contraste entre deux femmes que tout oppose, un peu
à la manière de Filles uniques de Pierre Jolivet.
Élisabeth est une star de cinéma à l'ancienne, avec
ses caprices, son assurance, ses succès; Claire est son contraire
avec ses doutes, sa gaucherie, sa modestie sa manie de s'excuser d'exister
à chaque instant. La fascination de celle-ci pour celle-là
nous emmène du côté de La Répétition
de Catherine Corsini où déjà une actrice et une admiratrice
jouaient sur le registre dominant-dominé. Au contact de Claire,
le personnage d'Élisabeth se fissure, laisse apparaître des
fêlures, des névroses comme ce désir d'enfant qui
la ronge. L'actrice se venge sur son assistante, l'assurance se mue en
autoritarisme, en injustice. Les deux actrices jouent à merveille
et on aimerait que Karin Viard ne se spécialise pas dans les rôles
de godiche qu'on lui donne trop souvent car s'il y a une star dans le
film, c'est bien elle.
Courriel. Un mot de félicitations
de Christian Ramette, trésorier de l'Association de Georges Perec,
à propos du dernier Bulletin, me réjouit particulièrement.
JEUDI.
TV. Football. France - Croatie 2 -
2. Parfait, les Croates, bien motivés après ce résultat,
peuvent éliminer l'Angleterre.
VENDREDI.
Internet. J'adore communiquer avec
Wanadoo. Ce sont des facétieux qui s'ignorent, capables, lorsque
vous leur téléphonez pour dire que vous n'arrivez pas à
vous connecter, de vous conseiller d'utiliser les services de leur assistance
en ligne. Voici la fin d'un message concernant un problème technique
envoyé ce jour :
"Inutile de me répondre en me disant de consulter votre assistance
téléphonique, je ne passe pas d'appel à 0,34 €/min."
La réponse ne tarde pas :
"Nous vous rappelons que vous pouvez nous contacter directement par
téléphone :
- au 0 892
699 114 pour vos questions commerciales (de 8h à 21h, du lundi
au samedi, 0,34 euro TTC/min)
- au 0 892
699 113 pour vos questions techniques (24h/24, 7j/7, 0,34 euro TTC/min)"
La soirée est consacrée à l'installation du "pack"
haut débit. L'opération se passe sans problème majeur,
contrairement à mes prévisions, avec tout de même
une belle montée d'adrénaline au moment où nous constatons
la disparition de tous les dossiers courrier. Nous parviendrons à
les récupérer enfouis assez profondément dans les
entrailles de la bête. Le résultat n'est pas spectaculaire
sur le plan du confort et de la rapidité que cette nouvelle configuration
est censée apporter à l'utilisation de la Toile mais ce
n'est pas une surprise étant donné que j'ai souscrit, toujours
circonspect, à l'option minimale, une sorte d'ADSL à pédales,
rien de plus.
SAMEDI.
Courrier. Je ventile une demi-douzaine
d'exemplaires du Bulletin de l'AGP, envoie des coupures à Y et
à AN, réponds à un questionnaire de la Boîte
à Films, écris au Musée du Louvre à propos
de la suppression de la gratuité pour les enseignants avec copie
aux ministères de la Culture et de l'Éducation Nationale.
TV. Tire au flanc (Jean Renoir,
France, 1928 avec Georges Pomiès, Michel Simon, Félix Oudard,
Jean Storm; diffusé sur ARTE en décembre 1999).
Jean Dubois d'Ombelle, un jeune homme au tempérament de poète,
fait son service militaire en même temps que son valet Joseph.
Personnages emblématiques (le colonel, la terreur de la chambrée,
le souffre-douleur, le débrouillard), valeurs connues (les brimades,
l'autorité, les amours contrariées), humour pas très
finaud (l'arrivée des bleus, le spectacle aux armées), on
est bien ici dans le vaudeville militaire. Le traitement burlesque que
fait subir Jean Renoir au genre, notamment dans la meilleure scène,
celle de l'exercice en rase campagne, va cependant plus loin que la pantalonnade
attendue. Renoir n'a jamais été franchement antimilitariste
et ce qui l'intéresse dans l'institution, c'est le mélange,
ou plutôt le côtoiement des origines sociales, la mise en
scène, je veux dire en un espace commun, du jeune bourgeois, de
son valet et des autres rustauds qui partagent leur chambrée, un
thème qu'il ne cessera d'approfondir par la suite dans Boudu
sauvé des eaux où il retrouvera Michel Simon, La
grande illusion, La Règle du jeu.
Cartons (le film est muet). "Au régiment, c'est une grande
force que de passer pour un imbécile, mais il ne faut pas en abuser."
"Jusqu'à ce qu'on ait trouvé mieux, c'est chez les
civils qu'on recrutera les militaires."
Bon dimanche.
Notules
dominicales de culture domestique n°165 - 27 juin 2004
DIMANCHE.
Pater familias. Ma paternité
est dûment célébrée at home par des
objets d'art confectionnés par les filles. Je me demande si j'oserai
faire cuire les farfalle qui ornent le cadre d'Alice sans encourir
ses foudres. Caroline m'offre la nouvelle traduction d'Ulysse que
j'entame à Saint-Jean-du-Marché.
Réactions aux notules. Selon
AZ, Wanadoo n'est pas le seul fournisseur d'accès à jouer
avec les nerfs de ses clients. Sa pratique de Noos donne lieu aux mêmes
abus et à la même qualité de service. Plus tard dans
la semaine, X dira les mêmes choses de Tiscali.
Lecture. Malavita (Tonino Benacquista;
Gallimard 2004, coll. NRF; 322 p.).
Un mafioso repenti, placé sous la protection du FBI, s'installe
dans un village de l'Eure avec sa famille. De l'autre côté
de l'Atlantique, on est bien décidé à lui faire payer
sa trahison.
Si Benacquista revient ici un peu sur son passé en retrouvant ses
racines italiennes et le genre qui l'a révélé, le
polar, c'est sur un mode léger et ironique. Il a beau se placer
sous la tutelle de Scorsese et de ses Affranchis, c'est davantage du côté
de Westlake qu'il faut chercher l'inspiration de ce roman. J'avoue avoir
été un peu désorienté au début devant
les invraisemblances de certaines situations, comme celle qui voit deux
agents du FBI s'inviter à un barbecue de quartier sans qu'aucun
des convives ne s'aperçoive de leur origine exotique. J'ai donc
mis du temps à m'apercevoir qu'en fait, Benacquista s'amusait,
n'était mené que par le plaisir de l'écriture d'une
histoire savoureuse. Ce plaisir est particulièrement évident
dans les morceaux de bravoure qu'il ménage, la séance de
ciné-club où le mafioso caché disserte brillamment
sur le film de Scorsese, l'odyssée d'un journal de lycée
qui va permettre à ses ennemis de retrouver sa trace ou la scène
de la fête foraine où les gangsters, débarqués
en Normandie, font étalage de leurs divers talents sur les différentes
attractions. Au total, Malavita apparaît comme moins abouti et moins
captivant que Quelqu'un d'autre, le précédent roman de Benacquista,
mais laisse un espace suffisant pour une lecture jubilatoire.
LUNDI.
Courrier. Je reçois des nouvelles
de la vie politique aveyronnaise : CG est devenu premier adjoint au maire
de la métropole de Saint-Beaulize.
TV. Football. France - Suisse (3 -
1). Encore un match crispant. c'est peut-être de bon augure dans
la mesure où le parcours de l'équipe de France rappelle
celui de la Coupe du Monde 1998 qui, Rolland Courbis fut peut-être
le seul à le souligner et on l'oublia vite dans l'euphorie de la
victoire, fut tout sauf brillant.
MARDI.
Courrier. Je reçois un CD de
Natalie Merchant et une enveloppe de JS contenant une sélection
des dernières chroniques de Pierre Foglia dans La Presse
de Montréal.
Vie scolaire. En guise de remerciement
pour l'année que je lui ai fait passer, une élève
m'offre une bouteille de vin. J'ai beau être passé depuis
des années de l'assuétude à l'abstinence, l'intempérance
doit toujours se lire sur mon visage.
Lecture. Rimbaud au Harar (photographies
et réalisation de Jean-Hugues Berrou, textes de Jean-Jacques Lefrère
et Pierre Leroy, Librairie Arthème Fayard 2002; 324 p., 45 €).
Cet album complète parfaitement le Rimbaud en Abyssinie d'Alain
Borer, permet de situer le cadre des dernières années de
Rimbaud au moyen des photos et d'une carte sommaire mais précieuse.
Le volume s'ouvre sur les trois autoportraits et les quatre autres clichés
pris par Rimbaud au Harar qui écrivait à sa famille : "
Ceci est seulement pour rappeler ma figure et vous donner une idée
des paysages d'ici. " La suite du volume suit le même cheminement
que le Rimbaud à Aden des mêmes auteurs paru un an plus tôt.
Dans un premier temps, des photos anciennes de Rimbaud, trouvées
dans les archives de la Société de géographie de
Paris, de l'Institut Pasteur, du Musée ethnographique de Zurich,
etc. présentent les lieux (la factorerie Bardey de Harar, notamment)
tels que Rimbaud les vit puis des photos d'aujourd'hui, prises par Jean-Hugues
Berrou, qui interrogent les mêmes lieux, cherchent la trace et parviennent
parfois à la retrouver au hasard d'un paysage, d'une maison, ou
d'un portrait de milicien armé. Le parallèle avec le volume
précédent va encore plus loin puisqu'on s'aperçoit
à la fin que, comme à Aden, Rimbaud n'a jamais connu la
maison qui est présentée comme celle où il a vécu.
Celle-ci, comme à Aden, est encore visible sur les photos mais
a physiquement disparu...
Courriel. Échange avec PAV,
notulien et étudiant en histoire de l'art, à propos de la
gratuité du Louvre.
MERCREDI.
Football. Après l'Espagne et
l'Italie, c'est l'Allemagne qui est éliminée. Pour paraphraser
Audiard dans Les Tontons flingueurs, le premier tour de cet Euro,
c'est un peu le terminus des prétentieux. La France, qui n'a fait
aucun progrès depuis le Mondial 2002, aurait eu sa place dans cette
charrette.
JEUDI.
Courrier. SB envoie des clichés
pour mon Invent'hair : "Capil'Hair" à Mirecourt et "Créatif"
à Rupt-sur-Moselle . J'envoie des coupures à Y et des images
d'Épinal à AZ.
Radio. Fin de l'écoute des
enregistrements réalisés à l'occasion du Bloomsday.
La soirée autour de Jean Daive au 7, rue de l'Odéon (devenu
un salon de coiffure) avec Laure Murat, auteur de Passage de l'Odéon,
Stephen Joyce, petit-fils de l'auteur qui a hérité de son
caractère de cochon, Tiphaine Samoyault et d'autres traducteurs,
les émissions d'archives où l'on entend Richard Ellmann,
Michel Butor, Sollers et bien d'autres, des heures d'échanges brillants,
du bonheur à l'état pur. Conséquence inévitable,
je me suis replongé dans Ulysse, version originale et traductions.
Conséquence inévitable de la conséquence inévitable,
j'ai encore réduit mon temps de sommeil. Dans l'édition
de la Pléiade, la lecture d'une page et de la dizaine de notes
qui l'accompagnent peut prendre la demi-heure.
Lecture. Histoire de l'art
(E.H. Gombrich, première édition anglaise 1950, seizième
édition française 1997, traduit de l'anglais par J. Combe,
C. Lauriol et D. Collins, Phaidon Press Limited; 690 p., 30,34 €).
On a plus souvent l'occasion d'entendre citer la somme de Gombrich pour
la critiquer que pour l'encenser. Un tel travail est forcément
lacunaire, déceptif, voire frustrant puisqu'il est avant tout le
résultat d'une série de choix. Donc allons-y pour les reproches
: une domination trop importante de la peinture sur les autres formes
d'art, l'architecture étant rapidement évacuée en
tête de chaque chapitre et la photographie totalement négligée;
des jugements sur les oeuvres qui manquent de profondeur, qui font appel
à l'intuition plus qu'à l'érudition façon
Daniel Arasse (Gombrich reconnaît d'ailleurs que ses analyses ont
"quelque chose d'un peu vague et d'un peu sentimental"); une
réticence marquée pour les artistes les plus récents
en dépit des rééditions et mises à jour de
l'ouvrage.
Du côté positif, il faut d'abord souligner le côté
agréable du volume, sa maniabilité, la richesse et la qualité
de ses illustrations qui le rendent pratique et agréable à
feuilleter. Si l'on passe du feuilletage à la lecture de près,
on s'aperçoit que les reproches mentionnés plus haut tiennent
en partie au fait qu'on oublie que le mot "histoire" fait partie
du titre. Et pour ce qui est de la partie historique, du découpage
chronologique, de l'influence de telle époque sur telle autre ou
de telle région du globe sur telle autre (le Japon sur les impressionnistes
par exemple), de l'évolution de tel ou tel concept artistique (celui
de la ressemblance par exemple), de la place de l'art et de l'artiste
dans la société d'une époque ou d'un pays, Gombrich
est extrêmement précieux. Un non spécialiste comme
moi apprendra par exemple que l'originalité, qui est aujourd'hui
ce qu'on réclame chez un artiste, est une idée assez récente
: "Un artiste de l'Occident médiéval n'aurait pas compris
pourquoi il aurait dû inventer un nouveau plan d'église,
un nouveau dessin de calice ou une nouvelle manière de représenter
un épisode de l'histoire sainte, du moment que les modèles
anciens convenaient si parfaitement." Gombrich met aussi en garde
contre l'erreur qui consiste à identifier l'artiste et son oeuvre
: "Le genre de peinture propre à Bruegel, ce sont les scènes
de la vie paysanne. Il a tellement peint les paysans festoyant ou travaillant
qu'on l'a parfois considéré lui-même comme un paysan
flamand. Erreur courante : on a souvent tendance à confondre la
personne d'un artiste avec son oeuvre. On imagine facilement Dickens comme
un ami de M. Pickwick ou Jules Verne comme un grand voyageur. Bruegel
était un simple citadin..." C'est aussi chez Gombrich que
le même non spécialiste comprendra enfin la différence
entre la peinture hollandaise et la peinture flamande ("Les Pays-Bas
eux mêmes étaient divisés : Hollande protestante
en lutte avec la domination espagnole catholique; Flandres catholiques
gouvernée d'Anvers par les Espagnols ") et prendra conscience
du changement de statut de l'artiste au XIX° siècle, où
"l'histoire de la peinture diffère beaucoup du déroulement
de l'histoire de l'art dans les époques précédentes.
Autrefois, les artistes les plus remarquables étaient aussi ceux
qui recevaient les commandes les plus importantes et devenaient donc célèbres.
Il suffit de penser à Giotto, Michel-Ange, Holbein, Rubens ou même
Goya. Il y avait parfois des drames, certes, et il arrivait qu'un peintre
ne reçût pas dans son pays les honneurs auxquels il avait
droit, mais dans l'ensemble les artistes et le public partageaient certaines
croyances et s'accordaient donc aussi sur certains critères de
qualité. C'est seulement au XIX° siècle qu'un gouffre
se creusa entre les artistes à succès - ceux qui alimentaient
l'art officiel - et les non-conformistes, qui furent surtout appréciés
après leur mort." Bref, on apprend des choses, et ça
tombe bien puisqu'on est là pour ça.
TV. Football. Angleterre - Portugal
(2 -2 après prolongations, Portugal qualifié aux tirs au
but). C'est tout de même très cruel pour les Anglais (air
connu).
VENDREDI.
Vie professionnelle. Je retourne pour
la première fois dans le collège spinalien où j'ai
vécu mes années de collégien, cette fois en tant
que correcteur des épreuves du Brevet. Le sujet est indigent, à
partir d'un texte sans intérêt littéraire et sans
intérêt tout court d'ailleurs de Michel Tournier. J'interromps
le pensum à la mi-journée pour une pause kebab - PMU dans
le quartier. Heureusement, la journée échappe à l'insipidité
totale grâce à la rencontre d'une notulienne inconnue de
mes services jusqu'à ce jour. C'est un des charmes du courriel,
qui fait que le correspondant que vous imaginez, d'après quelques
vagues indices plus ou moins subjectifs, cordonnier à Saint-Jean-de-Luz
ou biologiste à Wattignies, est en fait le type qui fait la queue
devant vous à la boulangerie.
Courriel. Une demande d'abonnement
aux notules, émanant de JR. Un rancher texan ?
Vie sociale. Croûte avec S et
Y, futurs époux, et X. Nous recevons 700 pages sur la civilisation
chinoise, caractères serrés mais avec quelques illustrations.
Vivement que je me casse une jambe.
TV. Football. France -Grèce
(0 - 1). Ça ne valait certainement pas la peine de se coucher à
2 heures 30 du matin pour ça. D'un autre côté, je
vais pouvoir retourner au cinéma.
SAMEDI.
Vie scolaire. Nous assistons au petit
spectacle offert par la classe de Lucie. Les mamans sont assises sur les
petites chaises, les papas forment une haie de paparazzi à caméscope
au dernier rang : dans les couples, c'est l'homme qui sait manier la haute
technologie.
Bon dimanche.
|