Notules
dominicales de culture domestique n°395 - 5 avril 2009
DIMANCHE.
Réactions aux notules. Plusieurs
messages ce soir sur le parallèle entre Robert Merle et Jonathan
Littell suite à la notule sur La Mort est mon métier. Défense
du premier, défense du second, rejet des deux, tous les avis sont
représentés. Comme quoi il fallait bien lire les deux. Ou
aucun.
LUNDI.
Épinal - Châtel-Nomexy (et retour).
Un monde sans fin de Ken Follett (Robert Laffont) à
l'aller, Trilogie new-yorkaise de Paul Auster (Actes Sud) sur le
quai, Le Testament de John Grisham (Robert Laffont) au retour.
TV. Avant Robert Merle, avant Jonathan
Littell, il y a eu Robert Musil qui dans Les Désarrois de l'élève
Törless, dont on découvre ce soir l'adaptation cinématographique
par Volker Schlöndorff, faisait preuve en 1906 d'une étonnante
lucidité.
MARDI.
Épinal - Châtel-Nomexy (et retour).
Le Château d'Amberville de Thierry Bourcy (Folio Policier)
et, j'en étais sûr avant qu'il ne dégaine, J'ai
épousé un communiste de Philip Roth (Folio). On s'approche
tout doucement des noces d'or.
MERCREDI.
Ornithologie. Lu dans un Observateur
plus tout à fait Nouvel (19-25 février) : "Nommée
Madame Environnement du PS par Martine Aubry, Laurence Rossignol a raison
de le prendre avec humour [...] Flanquée du bouillant Eric Loiselet
(pôle écologique), Laurence Rossignol veut jeter les bases
d'un projet social et environnementaliste." Ce n'est plus un parti,
c'est une volière.
JEUDI.
Vie professionnelle. Ce matin, grand
concile sur les nouveaux programmes de français à mettre
en œuvre à la rentrée prochaine. Des missi dominici
ont été dépêchés par Nancy pour évangéliser
les campagnes lointaines et prêcher la bonne parole auprès
d'une armada d'enseignants avides de nouveaux savoirs et de nouvelles
méthodes. Premier constat : sur une centaine de présents,
une petite douzaine d'hommes. Les hommes les vrais, ils vendent des voitures
ou des savonnettes, ils font la guerre, ils travaillent sur des machines
compliquées, ils font ce qu'ils veulent, ce qu'ils peuvent ou ce
qui leur reste mais apparemment ils n'enseignent guère. Second
constat : les pratiques (pas toutes, n'abusons pas) qui m'avaient valu
il y a quelques années d'être cloué au pilori par
la personne qui nous sermonne aujourd'hui sont maintenant préconisées.
Je n'en tire pas une gloire de précurseur, c'est tout simplement
cyclique, comme les méthodes d'apprentissage de lecture ou les
façons de coucher les nouveau-nés : pendant un temps c'est
sur le ventre, puis sur le côté, puis sur le dos, si vous
faites suffisamment de papooses de façon assez espacée,
vous faites le tour complet. On s'occupe comme on peut.
Lecture. Hiver arctique (Vetrarborgin,
Arnaldur Indridason, 2005; Métailié Noir coll. Bibliothèque
nordique, 2009 pour la traduction française; traduit de l'islandais
par Eric Boury; 356 p., 19 €).
Ça ressemble à une vente à la découpe de l'Islande.
A chaque enquête du commissaire Erlendur son aspect sociologique
: la pornographie c'est fait (La Cité des Jarres), les violences
conjugales c'est fait (La Femme en vert), l'homosexualité
c'est fait (La Voix), la guerre froide c'est fait (L'Homme du
lac), le racisme c'est désormais fait avec ce cinquième
volume. Si le rythme est maintenu, un titre par an avec un décalage
de quatre ans pour les traductions, on devrait avoir droit à la
crise financière et à la ruine du pays aux alentours de
2012-2013. Entre-temps, il y a de la place pour la corruption immobilière,
les banlieues chaudes de Reykjavik, le dopage dans le hockey sur glace
et bien d'autres choses encore. De toute façon, on suivra, parce
que l'auteur de cette série sait s'y prendre pour harponner son
lecteur avec finalement assez peu de choses : trois enquêteurs qui
se marchent sur les pieds, un cas criminel décortiqué jusqu'à
l'os, une psychologie peut-être sommaire mais qui au moins n'est
pas envahissante. Encore que là, cette enquête sur la mort
d'un jeune émigré thaïlandais a bien du mal à
démarrer : Erlendur tourne en rond, ressasse ses éternelles
histoires d'hommes perdus dans la neige, revient sans cesse sur la disparition
de son frère, à un point tel qu'on se demande quand ça
va démarrer. Mais quand enfin il trouve la bonne piste, ça
s'emballe, les pages tournent à un bon rythme et on finit une fois
de plus conquis.
Extrait. "Disparitions et crimes, compléta Elinborg, qui avait
souvent entendu Erlendur décrire le phénomène comme
des crimes typiquement islandais. Sa théorie était que les
Islandais ne s'inquiétaient que peu des disparitions, considérant
la plupart du temps qu'elles s'expliquaient de façon "normale"
dans un pays où le taux de suicide était plutôt élevé.
Erlendur allait plus loin en reliant dans une certaine mesure cette absence
de préoccupation aux connaissances qu'avait acquises le peuple
islandais sur les conditions climatiques de son pays : cet enfer météorologique
impitoyable où les gens se perdaient, mouraient dans la nature
et s'évanouissaient, comme si la terre les avait engloutis. Nul
ne connaissait mieux qu'Erlendur les histoires de gens qui s'étaient
égarés en pleine nature. Il avait pour thèse qu'à
la faveur de l'indifférence des Islandais face au phénomène,
c'était un jeu d'enfant de commettre un crime."
SAMEDI.
Culture locale. Cette fois, c'est
sûr, les beaux jours sont de retour. Les rues grouillent, les terrasses
bourdonnent, les parasols s'ouvrent. Le moment idéal pour aller
se planquer, en plein après-midi, dans l'amphithéâtre
de la Faculté de Droit où l'on donne une conférence
qui m'intéresse sur le plan de l'histoire littéraire. C'est
organisé par la Société d'Emulation du département
des Vosges. Ce que la vénérable institution n'avait pas
communiqué à la presse en annonçant cette causerie,
c'est qu'elle tenait juste avant au même endroit son assemblée
générale, et que comme c'est courant dans ce genre de cénacle,
la chose allait largement déborder l'horaire prévu. Il faudra
donc, avant d'entrer dans le vif du sujet, écouter les débats
passionnés sur la composition du prochain volume des Annales de
l'association qui concernent entre autres l'histoire sans doute captivante
du pont reliant Arches à Archettes et les récentes découvertes
dans les domaines de la céramique culinaire et de la céramique
de poêle en Lorraine du Sud, et faire semblant de s'intéresser
à la guerre picrocholine qui semble opposer le président
de la Société au conservateur du Musée départemental
- pour une vague histoire de dates m'a-t-il semblé - auprès
de laquelle les combats de l'Iliade ne sont que pâles bluettes.
L'assemblée est attentive. Ça sent un peu le médicament.
Quelques Trissotins bien sûr, ils poussent bien dans ce milieu,
quelques chaisières, une majorité de figures connues, des
gens qui s'intéressent à leur coin, à leur passé,
rien de condamnable. En tout cas, j'en arrive assez rapidement à
la conclusion que les assises de la vénérable Société
d'Emulation du département des Vosges ne constituent pas un lieu
de drague. Bon, conférence, enfin. Jean Camille Bloch, "Le
camp de Vittel, 1939-1944". Dès le début de la Seconde
Guerre Mondiale, le parc hôtelier de Vittel, quelque chose comme
deux mille chambres, fait de la station thermale vosgienne un site plus
qu'intéressant. Suffisamment proche du front, il est d'abord converti
en hôpital militaire français où l'on soigne beaucoup
de soldats des colonies, goumiers marocains, tirailleurs sénégalais
et autres. Après l'armistice de 1940, le site passe sous l'autorité
de l'occupant et devient un camp d'internement pour civils anglais et
américains (principalement des femmes et des enfants) capturés
sur le territoire français puis en provenance de camps allemands.
Ces captifs doivent servir de monnaie d'échange contre des prisonniers
allemands retenus notamment en Palestine, c'est la première raison
d'être de ce camp. La seconde, plus sournoise, est d'offrir une
vitrine présentable aux instances internationales, un alibi du
respect des conventions sur les prisonniers de guerre. Vittel, malgré
la présence fluctuante de 2500 à 3500 prisonniers est un
camp montrable, et d'ailleurs souvent montré. On y tourne un film
de propagande. Les salles de bains dont les hôtels sont pourvus
garantissent une hygiène acceptable, les colis de la Croix Rouge
Internationale sont scrupuleusement distribués, les grandes dames
anglaises qui y séjournent organisent des activités culturelles,
font l'école pour les petits. Mais le 23 juin 1943, le camp accueille
un convoi de 193 Juifs polonais en provenance des ghettos. D'autres viendront,
des camps de Drancy, de Malines, d'autres que j'ai oubliés. Ceux-là
n'ont pas droit au camp modèle, on les parque à part, à
l'Hôtel Beau-Site, aujourd'hui l'hôpital de la ville, où
les conditions de détention sont beaucoup moins montrables. Parmi
eux, le poète Yitskok Katzenelson, auteur du Chant du peuple
juif assassiné, Hillel Seidmann auteur d'un Journal du ghetto
de Varsovie. Malgré les précautions prises par les autorités,
les prisonniers juifs parviennent à communiquer avec les Anglo-saxons,
ils racontent les ghettos, les convois dont on ne revient pas. Un petit
groupe d'Anglaises va organiser la résistance du camp, mettre sur
pied des évasions, tenter d'informer l'extérieur. Le grand
rabbin Haguenauer, de Nancy, refuse de les croire, ce qui sera fatal à
la communauté juive de sa ville. En mars 1944, tous les Juifs des
Vosges qui sont encore sur place sont raflés. Le 18 avril, l'hôtel
Beau-Site est cerné. 169 personnes (au moins, mais Jean Camille
Bloch ne donne que les chiffres dont il est certain) quittent Vittel pour
Drancy. Elles seront gazées dès leur arrivée à
Auschwitz le 29 avril. Un second convoi, comprenant 59 Polonais, les suivra
dans le courant du mois de mai. Début septembre, Landhauser, le
commandant de la place, déserte. Leclerc libère le camp
le 12. Dans son discours, pas un mot sur les prisonniers juifs. Il n'en
connaissait pas l'existence... Finalement, je n'ai pas perdu mon temps,
j'ai appris beaucoup de choses sur un lieu que je connaissais uniquement,
j'y reviens, par un fait minuscule de l'histoire littéraire, mon
tesson de céramique de poêle à moi : dans ses souvenirs
(Shakespeare and Company, l'enseigne de sa boutique) Sylvia Beach, libraire
de la rue de l'Odéon et éditrice de l'Ulysse de Joyce,
raconte son arrestation en août 1942 à Paris puis écrit
(Mercure de France, p. 299) "Après six mois dans un camp d'internement,
je pus revenir à Paris, mais munie d'un papier stipulant que je
pourrais être arrêtée par les autorités allemandes
à tout moment qui leur conviendrait". Ce camp, c'était
celui de Vittel.
IPAD. 6 avril 2003. 147 km. (3078
km).

Ban-de-Laveline, 1240 habitants
Le monument
se trouve près de la poste. Nouveauté : il est surmonté
d'une statue de Jeanne d'Arc. Les tulipes qui l'entourent ne sont pas
encore ouvertes.

De fait,
le texte est aussi surprenant que le monument. On peut lire au dos :
1412
- 1431
A Jeanne d'Arc
Aux soldats morts pour la France
Hommage de la paroisse de Laveline
M. et Mme (?) Mourot (?)
et de Œuvre de Ne Dame des Armées
? EST ET DECET
Meminisse Fratrum
Face :
Vive
labeur
Pour Dieu
De par le roy du ciel
Pour la Patrie
La troisième
ligne est inscrite sur une oriflamme tenue dans le bec d'un oiseau, tête
en bas. Sur un côté :
1793-1855
20 noms de Nas CHOTEZ à Jste BRESSON
Autre côté
:
1856-1894
20 noms de Cin NOEL à Aen CONRAUX
Drôles
de dates. On a même mis les victimes de la Terreur ? Je me demande
si la commune ne recèle pas un monument un peu plus républicain.
Un drapeau tricolore flotte sur le cimetière, près de l'église
au clocher en réfection. En route pour le cimetière. A l'entrée,
une stèle surmontée d'un crucifix est ornée d'un
casque de Poilu et d'une branche de houx.

Face :
A nos braves
soldats disparus
Seigneur donnez-leurs [sic] le repos éternel
Ceux qui pieusement sont morts pour la Patrie
Ont droit qu'à leur cercueil la foule vienne et prie
V.H.
Côté
1 :
13
noms dont
CLAUDE René (disparu à Verdun)
JACQUOT Georges (off Verdun)
Côté
2 :
13
noms dont
MOREL Jules Emile (aviateur
Plus
loin, dans le cimetière, le drapeau surmonte un ensemble de quinze
tombes militaires blanches, ornées de la cocarde du Souvenir français.
Ceux qui reposent ici sont "Morts pour la France" entre 1914
et 1916.
L'Invent'Hair perd ses poils.

Montpellier (Hérault), envoi de Victorio Palmas, 5 avril 2006
Bon
dimanche.
Notules
dominicales de culture domestique n°396 - 19 avril 2009
DIMANCHE.
Lecture. Stars deuxième
(Gilles Grandmaire & Jacques Valot, Edilig, coll. Cinégraphiques,
1989; 128 p., 142 F).
Pour commencer, il faut revenir sur une ancienne notule parue dans le
n° 242 dont voici la copie :
Fin de chantier. Je
viens à bout d'un travail qui m'a occupé quotidiennement
ces cinq dernières années : un fichier contenant la totalité
des films que j'ai vus à la télévision ou au cinéma
avec leur distribution complète. C'est en fait un chantier beaucoup
plus ancien puisque ce doit être en 1975 ou 76 que j'ai commencé
à noter, sur des cahiers puis sur des fiches, la filmographie de
tous les acteurs et réalisateurs que je pouvais trouver, me contentant
alors de souligner les titres que je voyais au fur et à mesure.
J'ai fait ça pendant des années, jusqu'à ce que ce
fichier devienne physiquement inutilisable de par sa taille : il contenait
véritablement des milliers de fiches et j'ai dû le jeter
par dessus bord au cours d'un déménagement. Dans cette entreprise
adolescente, une rencontre fut déterminante, celle de Gilles G.,
camarade de lycée à qui je m'ouvris un jour de mon occupation
compilatoire. Il la considéra d'un œil d'autant plus bienveillant
qu'il la pratiquait aussi, mais depuis plus longtemps que moi. Il disposait
d'un fichier beaucoup plus complet que le mien, dans lequel je me mis
à puiser sans retard, pris d'une sorte de vertige. Je me souviens
par exemple de la fiche de Pierre Larquey, un acteur que je connaissais
à peine et qui comportait près de deux cents films... Gilles
G. avait pour idoles Jean Gabin et Danielle Darrieux (à qui il
avait soutiré un autographe au théâtre municipal d'Epinal),
ce qui n'était pas très rock'n'roll pour un garçon
de seize ans. C'était un maniaque des petits rôles, une manie
dans laquelle je ne tardai pas à le suivre. Nous passions nos temps
de récréation à comparer les listes d'acteurs que
nous avions repérés dans le film vu la veille à la
télévision (j'ai gardé la manie de suivre un film
toujours un bloc et un stylo à portée de main), pas les
grands qui apparaissaient au générique bien sûr, mais
les sans grades, les silhouettes à peine aperçues des Marcel
Gassouk, Max Montavon, Robert Rollis et autres Dominique Zardi. Gilles
G. avait une spécialité : les petites vieilles. On
n'en voit plus dans les films d'aujourd'hui, à part Esther Gorintin,
les petites vieilles sont devenues des "seniores", les emplois
de grands-mères sont tenus par des Line Renaud, des Patachou, des
Micheline Presle, des Stéphane Audran, des Danielle Darrieux justement,
des femmes qui semblent hors d'âge. Mais l'histoire du cinéma
français est pleine de petites vieilles, des vraies, des ridées,
de celles qui semblent n'avoir jamais été jeunes, de celles
qui ressemblaient à ma grand-mère. C'est Gilles G. qui m'a
appris à reconnaître Muse Dalbray, Gabrielle Fontan, Germaine
Delbat, Madeleine Barbulée, à repérer Paulette Dubost
et Hélène Dieudonné, à distinguer Gabrielle
Dorziat et Gilberte Géniat, à différencier Andrée
Tainsy de Sylvie (l'héroïne de La vieille dame indigne
de René Allio). Nous achetions Ciné Revue pour la
dernière page qui contenait toujours une filmographie complète
aussitôt recopiée, nous n'allions guère au cinéma,
c'était un peu cher et les films nous semblaient trop neufs, mais
nous fréquentions le ciné-club du lycée, ne rations
aucun film à la télévision et étions à
l'affût de tout ce qui pouvait enrichir nos fiches. Je me souviens
particulièrement d'une projection des Grandes vacances de
Jean Girault au Centre social de la ZUP un mercredi après-midi
(entrée 1 franc), une salle pleine de gosses piaillards avec, au
premier rang, deux grands dadais qui n'étaient là que parce
qu'ils avaient appris qu'on y voyait Jacques Dynam dans un rôle
de camionneur. Ces années partagées avec Gilles G. ont conditionné
mon rapport au cinéma, que je pratique moins en spectateur qu'en
scrutateur, à l'affût du moindre petit rôle. Ainsi,
si j'ai été heureux cette semaine de voir enfin French
Cancan, parce que c'est Renoir, parce que c'est un classique, parce
que c'est un bon film, je l'ai été surtout parce que j'ai
reconnu, dans une série de plans furtifs, Jacques Marin, Claude
Berri et Paul Mercey faisant la queue pour entrer au Moulin-Rouge. Pour
la même raison, je ne répugne jamais à visionner le
pire nanar qui soit à partir du moment où il me permet d'ajouter
un élément à la filmographie de tel ou tel obscur
tâcheron. Dès que je me suis mis à l'ordinateur, j'ai
eu envie de ressusciter mes fiches sous forme informatique. Ce n'était
plus la peine de le faire par noms de personnes, il existe suffisamment
de sites spécialisés offrant des filmographies complètes,
mais cette fois par film vu, avec une distribution exhaustive pour chacun
d'eux. C'est ce chantier que je viens de terminer. J'ai retrouvé
1829 films, il en manque certainement mais ce n'est déjà
pas mal. Grâce au système de recherche inclus dans la banque
de données, je peux trouver instantanément ce que j'ai vu
de tel ou tel acteur ou réalisateur. Tous les mois, comme il y
a trente ans, je remets à jour mon palmarès des acteurs
les plus fréquentés. Je donne ici les positions acquises
en décembre 2005, parce qu'elles donnent une bonne idée
de la pseudo cinéphilie que je pratique :
1. Dominique Zardi : 52 films vus
2. Robert Dalban : 45
3. Michel Serrault : 41
4. Gérard Depardieu : 37
5. Michel Galabru : 36
6. Louis de Funès, Bernard Blier : 35
8. Jean Carmet, Thierry Lhermitte, Gérard Jugnot : 32
Cet outil me permet aussi de constater que malgré mon application
il reste des acteurs que je suis incapable de reconnaître. J'ai
vu, pour prendre un exemple, Albert Michel dans 31 films (depuis Un
revenant de Christian-Jaque, 1946, jusqu'à L'Aile ou la
cuisse de Claude Zidi, 1976) mais je ne sais toujours pas la tête
qu'il a. En fait, on l'aura compris, le cinéma n'est pour moi qu'une
occasion, une de plus, de faire des listes... Après le lycée,
j'ai retrouvé Gilles G. à quelques reprises à Nancy,
nous écoutions les premiers numéros des Cinglés
du music-hall de Jean-Christophe Averty qui devaient me donner le
goût définitif des vieilleries musicales sur disques crachotants.
Puis nous nous sommes perdus de vue, je ne sais ce qu'il est devenu mais
je sais ce que je lui dois. La dernière fois que je l'ai vu, c'était
à la télévision, il répondait aux questions
de Pierre Tchernia dans une émission jeu qui s'appelait Monsieur
cinéma. Inutile de dire qu'il était très fort...
Voilà. C'était en janvier 2006. Gilles G. était tombé
sur cette notule, je ne sais par quel hasard, et m'avait envoyé
un petit mot amical. Il me disait, d'abord, qu'il travaillait à
Paris, à la Cinémathèque, ce qui fut pour moi une
des meilleures nouvelles de l'époque : enfin, je trouvais quelqu'un
qui avait déniché un métier correspondant à
sa passion et à ses connaissances alors que nous sommes si nombreux
à subir une activité professionnelle non choisie, sinon
par les hasards de l'existence, dans les interstices de laquelle nous
nous efforçons de pratiquer ce qui nous intéresse vraiment.
La deuxième chose qu'il m'apprenait, c'est qu'il avait écrit
un livre sur les acteurs, en 1989. J'ai réussi à me procurer
ce livre. Gilles G., c'est donc Gilles Grandmaire, co-auteur de ce Stars
deuxième. Un livre sur les acteurs, donc, mais pas n'importe
lesquels, c'est là que j'ai reconnu la patte de mon pote : "il
est exclusivement consacré aux acteurs français ayant tenu
une majorité de rôles secondaires dans les années
quatre-vingt, même si les filmographies de bon nombre d'entre eux
débutent longtemps avant." Les seconds rôles. J'imagine
que Gilles aurait préféré les petits rôles
mais il fallait tout de même des figures un peu connues pour espérer
vendre le bouquin. Stars deuxième rassemble donc une soixantaine
d'acteurs, d'Yves Afonso à Marthe Villalonga, qui ont meublé
les films de cette décennie aux côtés des grandes
vedettes. Pour chacun, une présentation claire, bien écrite,
qui recense les apparitions marquantes, les lignes fortes d'une carrière,
quelques photos et une filmographie détaillée et, je ne
me fais pas de souci, complète. Tous les noms sont connus de ceux
qui regardent les films par amour des acteurs. Certains ont disparu (qu'est
devenue Corinne Dacla ?), certains sont morts (Jacques François,
Jean Bouise, Jacqueline Maillan, Hubert Deschamps...), quelques-uns ont
atteint le haut de l'affiche (Vincent Lindon, Fabrice Luchini), la plupart
continuent à occuper une place médiane dans les génériques
(Etienne Chicot, Jean-Pierre Kalfon, Dominique Pinon, Jean-Paul Roussillon...).
Dans un livre écrit en collaboration, il est parfois malaisé
de faire la part de l'un et de l'autre mais je suis à peu près
sûr que Gilles s'est occupé de Monique Chaumette, de Suzanne
Flon (dont il imitait à la perfection la voix geignarde, mais ce
n'est pas sur une imitation parfaite de Suzanne Flon qu'on bâtit
une carrière de music-hall) et de Catherine Lachens (souvenir d'une
conversation avec lui, je revois exactement l'endroit où elle s'est
tenue, pour savoir s'il fallait prononcer son nom comme "la chance",
ou "lachince", à la Brassens), et que c'est lui qui a
eu l'idée de ménager une place à part à Héléna
Manson, l'inoubliable infirmière du Corbeau de Clouzot. Je suis
également certain que si Gilles avait eu toute latitude, il aurait
fait figurer à la liste Michel Peyrelon, ne serait-ce que pour
son rôle dans Dupont Lajoie qui nous enchantait. En tout
cas, ce livre permet de tordre le cou à une idée reçue
qu'on entend souvent et selon laquelle les seconds rôles du cinéma
d'avant-guerre, les Carette, les Saturnin Fabre, auraient disparu du paysage
cinématographique français. Ils étaient encore là
dans les années quatre-vingt, ils existent toujours aujourd'hui,
ils s'appellent Gilles Gaston-Dreyfus, Claude Perron, Laurent Gamelon,
Urbain Cancelier, Wladimir Yordanoff ou Philippe Du Janerand, ils peuplent
les films comme ils l'ont toujours fait et font la joie des scrutateurs
de génériques.
Pour actualiser ma notule de 2006, je peux dire que mon dossier contient
à ce jour 2351 films vus et que fin mars, le classement par acteur
était le suivant :
1. Dominique Zardi : 67 films vus
2. Robert Dalban : 52
". Gérard Depardieu : 52
4. Michel Serrault : 51
5. Michel Galabru : 47
6. Bernard Blier : 45
7. François Berléand : 44
8. Henri Attal : 43
9. Louis de Funès : 42
10. Thierry Lhermitte : 41.
" . Albert Michel : 41, et je sais désormais la tête
qu'il a.
Itinéraire patriotique départemental.
Le monument aux morts de Contrexéville est enregistré.
LUNDI.
En vacances. Celles-ci commencent
par leur aspect le moins chatoyant, la visite trimestrielle pour Lucie
à l'hôpital de Saint-Avold. La nuit précédente
a été dure. Comme souvent, tout semble se dérégler
à la veille de l'inspection : cathéter mal posé,
hoquets de la pompe à insuline, glycémie galopante, sommeil
mité pour tout le monde et c'est un trio plutôt décavé
qui se présente à l'heure du rendez-vous. Glycémie
à 3,50 grammes, hémoglobine à 8,3, 42 % des résultats
des trois derniers mois dans la fourchette objectif, le bilan n'est pas
folichon, pas catastrophique non plus. Nous repartons avec une nouvelle
feuille de route. Pendant ce temps-là, au Val-d'Ajol, on enterre
Ch., dont j'ai appris la mort hier. Ch., je ne l'ai jamais côtoyé
de façon assidue, il était un peu plus âgé
que moi, je ne l'avais rencontré que sur le tard mais nous avions
un grand nombre d'amis communs qui doivent être en train de battre
le parvis à l'heure où nous prenons la route du retour.
J'aurais aimé en être. Ch. était, je peux le dire
sans vexer personne, l'être le plus drôle que j'aie jamais
connu. Facétieux, inventif, vous lui donniez n'importe quoi, une
guitare, un bout de bois, un lacet, une bière, la parole et il
vous sortait immanquablement quelque chose d'hilarant. Sans ostentation,
sans se montrer envahissant, sans accaparer l'attention, avec juste une
étincelle dans les yeux qui disait qu'il était prêt,
qu'il avait du stock, que si on décidait de se lancer dans la déconnade,
on pouvait compter sur lui. Ce qu'il était dans l'intimité
du foyer, je ne le connais pas, ce n'était peut-être pas
la même chose parce que ça n'a pas très bien tourné
pour lui, mais l'homme public était, par sa gentillesse et sa drôlerie,
irrésistible. Après, quand le vent a tourné, il s'est
consciencieusement sabordé, devenant totalement inaccessible à
ceux qui lui avaient été le plus proche, jusqu'à
ce que la maladie s'empare de lui et finisse par lui apporter le repos
qu'il souhaitait peut-être. Je fais partie des privilégiés
qui ne l'auront vu que sous ses bons côtés, avant qu'il ne
devienne, au propre comme au figuré, méconnaissable. Ch.
avait disparu de ma vie ces dernières années, c'est ainsi,
il n'est pas le seul, de même que je ne suis pas le seul de la vie
duquel il avait disparu. Quelqu'un me parlait un jour d'une façon
de voir l'existence comme une série de cycles, peuplés de
gens qui disparaissaient au fur et à mesure que l'on progressait
vers un cycle suivant. Ainsi, au moment où elle me livrait cette
conception, cette personne, inconsciemment, me disait que je n'appartiendrais
pas au cycle prochain de sa propre existence, un détail qui n'entre
en rien dans le fait que je ne peux partager cette vision des choses.
Ch., et tant d'autres, ont fait partie de ma vie de cette époque,
les morts, les vivants qui en sont sortis en font toujours partie non
par le jeu d'un culte de la mémoire que, c'est vrai, j'aime entretenir,
mais parce qu'ils ont fait ce que je suis devenu et que je leur en suis
redevable.
MERCREDI.
Lecture. Les Graffitis de Chambord
(Olivia Elkaim, Grasset, 2008; 280 p., 16,90 € ; sélectionné
pour le Prix René-Fallet 2009).
JEUDI.
En vacances. Nous quittons le nid
en fin de journée. Direction Mandelieu-La Napoule que nous atteindrons
au bout d'une huitaine d'heures de route. Dix ans déjà que
nous venons ici à la même époque profiter des largesses
du parrain de la Côte. Dix ans à jouer les nantis dans une
belle résidence, entretenue par une noria d'entreprises, une pour
la sécurité, une pour les espaces verts, une pour la piscine,
une pour les poubelles, une pour le nettoyage, le genre d'endroit où
rien que le fait d'avoir moins de soixante-dix ans au compteur suffit
à vous faire passer pour un jeune délinquant. Ici, on a
peur, c'est palpable : chaque année, nous constatons la pose d'un
nouveau grillage, d'une nouvelle clôture, d'une nouvelle serrure
et le trousseau s'alourdit d'un nouveau passe, d'un nouveau bipper, d'un
nouveau sésame. Ici, l'autochtone ne se repère pas à
son bronzage, factice, ni à son accent, contrefait, mais à
un détail vestimentaire qui ne trompe pas : ses poches déformées.
VENDREDI.
Lecture. Festin de miettes
(Marine Bramly, Jean-Claude Lattès, 2008, rééd. Le
Livre de poche n° 31248, 2009; 320 p., 6,50 € ; sélectionné
pour le Prix René-Fallet 2009).
SAMEDI.
Lecture. Petits pains au chocolat
(Roxane Duru, Stéphane Million éditeur, 2008; 208 p., 15 € ;
sélectionné pour le Prix René-Fallet 2009).
IPAD. 21 avril 2003. 144 km. (3222
km).

349 habitants
Le
monument est devant la Mairie, sur une esplanade circulaire pavée
entourée de trois marches basses. C'est une statue de femme en
toge qui brandit une gerbe. A son côté, un écu sur
le pourtour duquel on peut lire "Audace-Endurance-Courage et Ténacité"
et voir une tête d'homme casqué.

La commune de Ban-de-Sapt reconnaissante
A ses glorieux morts
1914-1918
Pas
de noms. En face, un café fermé, le Café Colin, d'où
un indigène m'observe.
L'Invent'Hair perd ses poils. C'est
aujourd'hui l'anniversaire de Caroline. Quel plus beau cadeau qu'une entrée
dans le monde merveilleux de l'Invent'Hair ?

Mandelieu-La
Napoule (Alpes-Maritimes), photo de l'auteur, 11 avril 2009
LUNDI.
Lecture. Des néons
sous la mer (Frédéric Ciriez, Verticales, coll. Phase
deux, 2008; 302 p., 19 € ; sélectionné pour
le Prix René-Fallet 2009).
J'en termine ici avec mes devoirs de juré pour le Prix René-Fallet.
Sur les quatre premiers romans sélectionnés, un est à
jeter (très loin), deux ne laisseront pas de souvenir et un révèle
un auteur intéressant. A suivre au mois de juin pour le vote et
la remise du prix à Jaligny-sur-Besbre.
MARDI.
Bords de piscine (douche-plongeoir et retour).
La Fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette
de Stieg Larsson (Actes Sud).
JEUDI.
Lecture. Un pays à l'aube
(The Given Day, Dennis Lehane, 2008; Payot & Rivages, coll.
Thriller, 2009 pour la traduction française, traduit de l'américain
par Isabelle Maillet; 768 p., 23 €).
On a lu ici et là que Dennis Lehane, avec ce livre, tournait le
dos au polar traditionnel pour écrire, à la suite de Dos
Passos, Hemingway, Ellroy et sans doute d'autres que j'ai oubliés,
le "grand roman américain". Je n'ai jamais lu Dos Passos
ni Ellroy et je ne sais pas à quoi doit ressembler un "grand
roman américain". En revanche, je connais comme tout le monde
quelques grands films américains et c'est à ceux-ci que
ce livre m'a fait penser et auxquels une éventuelle adaptation
cinématographique réussie pourrait être comparée.
On y retrouve en effet le souffle d'Autant en emporte le vent,
des Affranchis et du Parrain, la prépondérance
du groupe (la famille, la ville, la communauté professionnelle)
sur l'individu, le vent de l'Histoire qui vient décoiffer les personnages
et les faire dévier de la route tracée, les coïncidences
et les hasards bienvenus, le fourmillement des personnages secondaires,
la romance, le pathos et les morceaux de bravoure qui font les grandes
œuvres et peut-être bien les grands romans américains. Un
pays à l'aube raconte l'histoire d'une ville, Boston, entre 1917
et 1920, à travers la vie de deux personnages, le policier Danny
Coughlin et un jeune Noir, Luther Laurence, qui a fui l'Ohio suite à
un meurtre. Deux personnages éloignés l'un de l'autre qui,
bien sûr vont se croiser, s'apprécier, se côtoyer au
gré des événements qui vont secouer la ville au cours
de ces trois années : la fin de la Première Guerre mondiale,
l'épidémie de grippe espagnole, les attentats anarchistes,
les luttes syndicales qui gagnent les rangs de la police, le tout sur
un fond de racisme rampant qui empoisonne l'existence à partir
du moment où chacun est avant tout défini par son origine
(Irlandais contre Italiens) ou sa couleur. Lehane, on le voit, a du pain
sur la planche : il a de l'ambition, il a du matériel, un art certain
du récit qu'on a pu apprécier dans ses livres précédents,
restait à savoir comment il allait agencer ces ingrédients
pour tenir un lecteur en haleine sur près de huit cents pages.
On avait beau avoir confiance en lui, on redoutait un peu la longueur
de la traversée. Finalement, tout s'est bien passé, exactement
comme dans un grand film : il y a quelques périodes de bonace où
l'on piétine, quelques personnages caricaturaux qui ne servent
que de faire-valoir mais les pages tournent à un bon rythme, surtout
dans la première partie. Lorsque Lehane atteint ce qui doit constituer
le sommet de son livre, les émeutes occasionnées par la
grève des policiers de Boston, c'est là paradoxalement qu'il
semble marquer le pas, ne jouant que sur une accumulation un peu fatigante
et maniant l'hyperbole à la louche, tout un passage beaucoup moins
réussi que l'autre période phare du livre, l'épidémie
de grippe, dans lequel on retrouve le Camus de La Peste. Pour le
reste, c'est parfait, les intrigues s'enchaînent sans heurts, la
peinture des milieux sociaux est réussie, les implications politiques
sont rendues accessibles, les personnages secondaires ont tous un destin
intéressant et l'alternance des points de vue entre Danny Coughlin
et Luther Laurence, qui aurait pu apparaître trop mécanique,
est heureusement brisée par plusieurs chapitres mettant en scène
Babe Ruth, une star du base-ball de l'époque. Alors grand roman
américain ou pas, peu importe : Lehane s'est montré à
la hauteur de ses ambitions et continue avec ce livre une œuvre qui ne
comporte pour l'instant aucun faux-pas.
SAMEDI.
IPAD. 31 août 2003. 131 km.
(3353 km).

972 habitants
Le
monument est situé à un carrefour, à l'écart
du village.

Face
:
Honneur
1914-1918
Aux enfants de Clefcy et Ban-sur-Meurthe
Morts pour la France
Sur
une plaque ajoutée en dessous :
1939
A nos morts 1946
8 noms
15 noms de victimes civiles
Une
autre plaque :
Les
anciens PG aux morts pour la France
Côté
droit :
Patrie
1914
16 noms d'Antoine André à SONREL Augustin
1915
14 noms d'ANTOINE Edmond à MARTIN Louis (dont LITIQUE Paul, né
de parents facétieux)
Dos
:
1916
5 noms d'ANDRE Edmond à FLEURANCE Alphonse
1917
ANDRE Arthur
FLEURANCE Eugène
THIEBAUT Raymond
1918
BOUX Joseph
Côté
gauche :
Gloire
1914
7 noms de COLIN Emile à WUECHER Joseph
1915
6 noms d'ANTOINE Ernest à VICHARD Raymond
1916
6 noms d'ANTOINE Paul à GRIVEL Raymond
1917
THOMAS Arsène
1918
ANTOINE Elie
DUVOID Félix
LAUDET Gustave
1921
LAMAZE Edmond
Une
plaque : Aux vaillants soldats de le 36e Division d'Infanterie Américaine
morts pour la libération de la vallée. Novembre 1944.
Le monument est signé : Barotte à Fraize.
L'Invent'Hair perd ses poils.

Saint-Malo (Ille-et-Vilaine), envoi de Joëlle Cousin,
3 avril 2006
Bon
dimanche.
Notules
dominicales de culture domestique n°397 - 26 avril 2009
DIMANCHE.
En vacances (fin). Retour aux affaires
spinaliennes après neuf heures de route (c'est un peu plus long
que l'aller, c'est normal, ça monte), l'oreille à l'affût
pour suivre le match SAS - Amnéville : un envoyé spécial
de la notulie est en tribune pour m'annoncer une victoire (3-2) qui semble
bien augurer d'une prochaine remontée en Championnat de France
Amateur. Le dépouillement du courriel révèle quelques
nouvelles perecquiennes pour mon Bulletin, une demande d'abonnement,
vingt photos pour l'Invent'Hair (toutes du même contributeur
qui a écumé, annuaire à l'appui, la région
lyonnaise) et une marque d'inquiétude émanant d'un notulien
surpris de n'avoir pas eu sa ration dimanche dernier. J'aime quand on
s'inquiète de la non parution des notules, même si en général
je pense à en avertir la communauté. La vie est faite de
petits plaisirs. Après une courte nuit, c'est l'heure de la rentrée
à Saint-Jean-du-Marché où je découvre le courrier
arrivé en notre absence : une carte postale romaine, un livre sur
Francis Blanche et le dernier numéro d'Histoires littéraires
dans lequel le Bulletin Perec est à l'honneur. Les
chroniques du numéro précédent devraient
être en ligne dans un proche avenir.
LUNDI.
Épinal - Châtel-Nomexy (et retour).
Seul dans le noir (Paul Auster, Actes Sud) et Les Fourmis (Bernard Werber,
Livre de poche).
MARDI.
Courriel. Une demande d'abonnement aux notules.
TV. Il y a longtemps que je t'aime
(Philippe Claudel, 2008). Dialogue (un couple de bobos nancéiens,
lui lexicographe, elle universitaire, enfants et amis multicolores, femme
de ménage à demeure surnommée Katrina parce qu'elle
casse tout, on rit, déambule place Stanislas - le film a aussi
son côté dépliant touristique) :
"Dis-moi, ça faisait longtemps que tu ne m'avais pas fait
la surprise de venir me chercher à la salle ! (entendre "salle
de sports", l'homme s'entretient)
- Ça te manquait ?
- Ah oui, j'aime bien. Bon, on se fait un ciné, après on
dîne avec Sam. D'accord ?
- D'accord. T'as envie de voir quelque chose en particulier ?
- Oui, toi.
- J'crois qu'y a un cycle Kurosawa au Caméo si ça te dit.
- Impossible, les Japonais, je m'endors tout le temps.
- Bon, sinon il doit bien rester une séance pour The Shop Around
the Corner.
- Ah ouais, ça fait longtemps qu'on l'a pas revu."
Voilà, c'est comme ça qu'on vit, c'est comme ça et
de ça qu'on cause chez Philippe Claudel. On comprendra qu'on ait
fini par se tourner vers une autre chaîne pour attraper la fin de
Liverpool - Arsenal, score 4 - 4 comme la semaine dernière entre
Chelsea et Liverpool. Ce premier 4 - 4 faisait hier l'objet de la chronique
football qu'un autre pénible, François Bégaudeau,
livre au Monde chaque mardi. Bégaudeau n'est pas quelqu'un
que je chéris particulièrement en tant que personnage public,
auteur ou réalisateur, quant à l'enseignant qu'il a été,
je préfère ne pas imaginer ce qu'il m'aurait inspiré
si j'avais eu à le subir comme professeur ou comme collègue.
Mais comme chroniqueur football, il est impeccable et il y a plus à
lire dans ses deux petites colonnes que dans les 80 pages hebdomadaires
de France Football. Ainsi, hier, revenant sur ce fameux 4 - 4 sur lequel
tout le monde s'est extasié, lui seul a su remettre les choses
à leur juste place et souligner qu'un tel score n'était
pas surprenant à partir du moment où on joue avec des gardiens
manchots dopés au Lexomil et livrés à eux-mêmes
par des défenseurs évoluant à quarante mètres
de leur ligne de but et ne se souciant absolument pas de ce qui se passe
dans leur dos. Le football anglais de ces deux matches c'est, toutes proportions
gardées, celui qu'on jouait en 1973 sur le terrain des tennis de
la ZUP. Il y avait des 4 - 4, mais aussi des 8 - 8, des 6 - 3 et sans
doute même des 12 - 0 quand je gardais les cages. C'est du football
de gamins. Les grands savent bien que le vrai football, c'est quand Metz
bat Nancy 1 à 0.
JEUDI.
Épinal - Châtel-Nomexy (et retour).
L'Alerte Ambler (Robert Ludlum, Grasset).
Presse. Rappel : les parapèteries
ressemblent à des contrepèteries mais n'en sont pas. Le
Figaro du jour en fournit un bel exemple : "Nathalie Kosciusko-Morizet
[secrétaire d'Etat] dévoile sa grossesse sur Facebook."
C'est d'ailleurs le seul intérêt qu'on puisse trouver à
cette information.
Lecture. Wuthering Heights
(Emily Brontë, première édition par Thomas Cautley
Newby, 1847; traduction par Dominique Jean, 2002, Gallimard, Bibliothèque
de la Pléiade n° 486 in "Brontë : Wuthering Heights
et autres romans 1847-1848", édition publiée sous la
direction de Dominique Jean avec la collaboration de Michel Fuchs et Anne
Regourd; 1362 p., 57,50 €).
D'une première et adolescente lecture, il restait le souvenir d'une
parfaite concordance entre un titre (Les Hauts de Hurle-Vent),
un dessin de couverture (au Livre de poche) et une histoire, trois éléments
porteurs d'étrange, trois éléments fascinants qui
donnaient la certitude d'une lecture pas comme les autres. Aujourd'hui,
le titre a changé, l'édition est savante mais l'histoire
a gardé son pouvoir envoûtant. Inutile de pousser des hauts
cris sur la disparition du titre emblématique, celui-ci est la
possession d'un traducteur, inutile de contester la nécessité
d'une nouvelle traduction, le roman d'Emily Brontë en a connu une
bonne dizaine en français sous autant de titres différents,
depuis Un amant (!) en 1892 jusqu'à Hurlemont (1963)
en passant par Les Hauts des Quatre-Vents, Haute-Plaine, Les Hauteurs
tourmentées, Les Hauteurs battues des vents, Les Orages du cœur
et La Maison des vents maudits, il y a là un beau terrain
de chasse pour un collectionneur. Quels que soient le titre et la traduction,
on se demande toujours comment l'idée d'un tel univers romanesque,
aussi tourmenté, aussi fou, a pu naître dans l'esprit d'une
jeune femme d'à peine trente ans. Le roman n'est pas parfait, loin
s'en faut, il comporte des longueurs, des lourdeurs, des stases pesantes
mais il est unique dans la violence des sentiments, l'amour comme la haine,
qu'il met en scène. Il est également remarquable par la
pluralité des narrateurs, onze en tout, qui donne lieu à
des enchâssements vertigineux, par la construction complexe qui
en découle et par bien d'autres aspects étudiés par
Dominique Jean dans sa notice. Cette nouvelle édition devrait permettre
de placer cette œuvre en perspective avec celles des autres sœurs Brontë,
Jane Eyre bien sûr mais aussi des récits moins connus comme
Le Professeur ou La Locataire de Wildfell Hall.
VENDREDI.
Épinal - Châtel-Nomexy (et retour).
Le 7 heures 31 a été annulé pour raisons techniques.
En attendant le 8 heures juste, une dame patiente sur le quai avec Le
Mur du silence (Hakan Nesser, Points Seuil).
SAMEDI.
IPAD. 7 septembre 2003. 41 km. (3394
km).

132 habitants
Le
monument est situé dans la cour de l'école. La stèle,
entourée d'herbes folles, est ornée d'une croix de Lorraine
et d'un glaive qui sépare les deux colonnes de noms. Il n'y a pas
d'église dans le village.

1914
1939
1918 1945
Barbey Seroux
A ses héros
COLIN Henri BARADEL Gilbert
LAHAXE Henri COLIN René
LEBEDEL Charles LECOMTE Marcel
MENGEL Henri MARCHAL Louis
POURET Paul PANOZZO Jean
SAUMIER Hyacinthe REMY Albert
REMY Gaston
SAUMIER Lucien
Morts pour la France
Le
monument n'est pas signé.
L'Invent'Hair perd ses poils.

Trèbes (Aude), photo de Marc-Gabriel
Malfant, 11 avril 2006
Bon
dimanche.
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