Notules
dominicales de culture domestique n°398 - 3 mai 2009
DIMANCHE.
Vie spinalienne. J'embarque les filles
à la découverte de la nouvelle bibliothèque locale
qui a été inaugurée la semaine dernière. Un
bâtiment magnifique, gigantesque, aéré, lumineux,
deux niveaux, un auditorium, un personnel étoffé et encore
aimable malgré l'assaut qu'il subit depuis huit jours, des terminaux
d'ordinateurs partout, quinze millions d'euros investis pour la lecture
publique, on ne va pas se plaindre. Au rez-de-chaussée, par une
ouverture vitrée du genre musée océanographique,
on aperçoit une salle dans laquelle les ouvrages anciens sont alignés
sur les boiseries provenant de l'abbaye de Moyenmoutier qui ont été
déménagées depuis l'ancienne bibliothèque.
Je ne me fais pas d'illusions, je sais à quel monde j'appartiens.
Je n'inscrirai que les filles.
MARDI.
Épinal - Châtel-Nomexy (et retour).
L'Envers et l'endroit d'Albert Camus en Folio, annoté par
son lecteur.
MERCREDI.
Lecture. La Mort, entre autres
(The One from the Other, Philip Kerr, G.P. Putnam's Sons, 2006;
éditions du Masque, 2009 pour la traduction française, traduit
de l'anglais par Johan-Frédérik Hel Guedj; 408 p., 22 €).
Publiés en France au milieu des années 1990, les trois romans
de Philip Kerr mettant en scène le détective Bernie Gunther
constituèrent une des meilleures surprises de l'époque dans
le domaine du polar, notamment parce qu'elles tiraient le roman policier
historique de la veine purement exotique dans laquelle il s'engageait.
Il faut dire que le cadre choisi par Philip Kerr avait de quoi trancher
sur les enquêtes médiévales ou du Grand Siècle
alors en vogue puisque Bernie Gunther évoluait dans des lieux et
à une époque troubles s'il en fut : Berlin 1936 dans L'Eté
de cristal, Berlin 1938 dans La pâle figure et Vienne
1947 dans Un requiem allemand. On le retrouve ici à Munich
en 1949, où il reprend son boulot de détective privé
après avoir passé les années de guerre à essayer
de survivre sans trop se compromettre. Après un séjour à
Dachau, une immatriculation chez les SS et une sale période sur
le front russe qui furent quelques-uns des événements de
sa vie récente, Gunther renoue donc avec ses activités.
Celles-ci ne diffèrent guère de celles qu'il menait dans
le Berlin des années 30 : il s'agit principalement de rechercher
des personnes disparues. Sauf qu'ici, aux disparus "traditionnels"
(juifs, politiques...) s'ajoute une nouvelle catégorie, celle de
leurs tortionnaires recherchés par la justice internationale et
qui se cachent en attendant de pouvoir quitter l'Allemagne pour un autre
pays, d'Amérique du Sud principalement, grâce à des
réseaux mis en place par d'anciens confrères ou par le Vatican.
Les qualités des volets précédents des livres de
Philip Kerr se retrouvent ici, encore plus éclatantes semble-t-il
: un personnage central très complexe dont on ne sait jamais si
le cynisme est sincère ou non, des intrigues à foison dont
la complexité est stimulante, un style riche en images percutantes
et un cadre historique qui est autre chose qu'un prétexte et qui
rappelle, par sa minutie, les aventures de Tobie Peters imaginées
par Stuart Kaminsky dans le Hollywood des années 30.
VENDREDI.
Lecture. Une chambre en Hollande
(Pierre Bergounioux, Verdier, 2009; 64 p., 9,80 €).
On le sait depuis la lecture de ses Carnets de notes : Pierre Bergounioux
met un soin extrême à tout ce qu'il fait, y compris à
la rédaction des articles et textes de commande pour lesquels il
est sollicité. La preuve en est donnée par cette plaquette,
fruit d'un travail commandé par Wouter Van Orschot, éditeur
à Amsterdam, à trois écrivains français (Bergounioux,
Michon et François Bon qui donne ici
les détails de l'opération) qui devaient fournir
un récit lié à la ville. Bergounioux a choisi de
raconter Descartes et le pourquoi de son installation en Hollande pour
y livrer ses Méditations et le Discours de la méthode.
Il nous embarque d'abord dans une fulgurante histoire de l'Europe des
origines à nos jours ou presque, on a l'impression de regarder
en accéléré, cloué au siège, les actualités
cinématographiques Pathé, avec des raccourcis fulgurants
: "Pendant que Pompée guerroie en Espagne, Crassus contre
les Parthes, vers la Perse, où il périra, César obtient
le proconsulat de la Gaule cisalpine et de la Narbonnaise. C'est alors,
en 58, que débute la période agitée qui prendra fin,
deux mille ans plus tard, à la libération de Paris."
Vient ensuite le moment de présenter l'homme, Descartes, dans une
biographie elle aussi galopante puis, troisième temps, le nœud
du livre, les raisons qui ont fait que ses œuvres majeures ne pouvaient
qu'être composées en Hollande et nulle part ailleurs. Ce
qui donne un tableau de l'Europe du XVIIe siècle dans lequel les
données sociales, intellectuelles, militaires, géographiques
et climatiques se sont agencées de façon à donner
naissance à ces trois phares que sont Shakespeare, Cervantes et
Descartes, chacun d'entre eux étant le résultat d'une pensée,
d'une histoire et d'un territoire précis. C'est du Bergounioux,
brillant, exigeant, sévère, et c'est aussi vaste que du
Braudel.
SAMEDI.
Où t'as mis le Tamiflu ?
Le Masque et la Plume, titre qui correspondait parfaitement à
la grippe aviaire, va-t-il changer de nom après l'apparition de
la version porcine de la maladie ? La paille et le groin peut-être
?
Football. SA Epinal - ES Thaon 4 -
0.
IPAD. 14 septembre 2003. 141 km. (3535
km).

85 habitants
Barville
est un petit village, haut perché, coquet, fleuri. L'église
se tient à l'écart, avec, sur le devant, le monument qui
domine la vallée du Vair.

Honneur
à nos morts
1914
1918
Barville - Harchéchamp
LADRANGE Hri THIERY Mel
MERLIN Jes DUFORT Mce
NOEL Aimé HYEUNGUENNE Ch.
CHAUVET Ges RENAUX Ges
DURAND Gon DERBANNE Hri
1939-1945 MANGEOT Are
LEROY André JOECKER Ges
MATHIEU Lis
VOIROT Lis
CRIPIA Jean
Je me demande
à quel prénom peut correspondre l'abréviation Are.
Le monument n'est pas signé.
L'Invent'Hair perd ses poils.

Trèbes (Aude), photo de Marc-Gabriel Malfant, 11 avril 2006
Bon dimanche.
Notules
dominicales de culture domestique n°399 - 10 mai 2009
DIMANCHE.
Itinéraire patriotique départemental.
J'envoie les notules un peu plus tôt que d'habitude pour
aller enregistrer le monument aux morts de Corcieux avant de rejoindre
la troupe à Saint-Jean-du-Marché. Au sujet de l'IPAD, merci
aux notuliens qui ont envoyé leurs conjectures concernant l'abréviation
Are. Il s'agit selon toute vraisemblance du prénom André,
seule l'absence d'accent aigu rendait la chose énigmatique.
Lecture. Ciels de foudre (In
Plain Sight, C.J. Box, G.P. Putnam's Sons, New York, 2006; Le Seuil,
coll. Policiers, 2009 pour la traduction française, traduit de
l'américain par Etienne Menanteau; 300 p., 20 €).
Sérieuse baisse de régime pour C.J. Box et son héros,
le garde-chasse Joe Pickett ici empêtré dans les histoires
d'un clan familial propriétaire du plus grand ranch de la région.
Les cinq aventures précédentes nous avaient rendu sympathique
ce personnage qui savait tenir la dragée haute aux combinards de
tout poil et à sa hiérarchie. La recette est la même
dans ce volume mais avec une intrigue trop lâche, des temps morts,
un manque de poids évident du héros et la résurgence,
pour essayer de lier la sauce, de figures issues des aventures précédentes
dont, il faut bien le dire, on n'avait pas gardé le souvenir. A
la fin de Ciels de foudre, Joe Pickett est mis à la porte. C'est
peut-être ce qu'il lui fallait, à lui et à son auteur :
une fin de cycle qui permettra, on l'espère, de rebondir vers quelque
chose de plus consistant.
MARDI.
Vie littéraire. Les chroniques
d'Histoires littéraires annoncées dans le
numéro 397 des notules sont désormais en ligne.
Vie professionnelle. Comme tout enseignant,
je suis amené à découvrir des perles sur les copies
que je corrige. Je ne les collectionne pas, et, en règle générale,
je ne les dévoile pas. Je ne les aime pas plus que les mots d'enfants
et ceux qui s'en gargarisent. Je n'aimais pas les livres de Jean-Charles
du genre La Foire aux cancres et les professeurs qui corrigent
à haute voix et tiennent à faire partager les énormités
qu'ils trouvent sur leurs devoirs me mettent mal à l'aise. Les
perles reflètent une ignorance, une bêtise parfois dont personne
n'a à être fier ni à s'éjouir. Il m'arrive
cependant d'en garder en mémoire quand elles laissent à
penser que l'élève a masqué sa méconnaissance
par un humour volontaire (celui-ci, du temps où j'enseignais l'anglais,
qui écrivait que le quartier chinois de New York s'appelait Wachinetoque)
ou quand elles recèlent, involontairement sans doute, un trait
de vérité. Ainsi, cet élève qui m'écrit
aujourd'hui que le véritable nom de Molière était
Jean-Baptiste Raffarin a tout compris du personnage de Tartuffe.
Épinal - Châtel-Nomexy (et retour).
L'Amour foudre de Shirley MacLaine à l'aller (J'Ai lu) et
Monsieur Ripley de Patricia Highsmith au retour (Le Livre de poche).
Courrier. Je reçois le dernier
disque des Primitifs du futur (magnifique version de Ramona, depuis
le temps de j'avais envie de jouer Ramona à un certain nombre de
gens...) et une enveloppe de l'Association Georges Perec, signe qu'il
est temps que je commence à rédiger son bulletin trimestriel.
Vie littéraire. Je lis, approuve,
paraphe, signe et renvoie le contrat qui me lie à publie.net.
J'ai déjà signé quelques contrats dans lesquels j'apparaissais
sous la désignation de vendeur, d'acheteur, d'emprunteur. C'est
la première fois que j'apparais en tant qu'auteur. Ça a
tout de suite une autre gueule.
Lecture. 21 irréductibles
(Raphaël Sorin, Finitude, 2009; 176 p., 16 €).
Compte rendu à rédiger pour Histoires littéraires.
Parmi les vingt et un auteurs présentés ici par Raphaël
Sorin au fil d'anciens entretiens réalisés pour divers journaux,
je découvre Christian Guillet, dont l'obscur travail autobiographique
me semble assez notulo-compatible : "Vous devez vous demander pourquoi
je m'obstine depuis bientôt trente ans à écrire des
choses qui intéressent si peu de gens. L'obscurité doit
être l'une des conditions nécessaires à leur achèvement.
J'ai aussi, depuis mes débuts, une "secte" de fidèles
lecteurs qui attendent le prochain livre. Ils sont environ une douzaine."
Et ailleurs : "Ma vie m'a apporté la matière de mes
récits. Elle n'aura rien eu d'exceptionnel et c'est grâce
à sa ressemblance avec celle de n'importe qui que j'ai pu la mettre
en mots."
MERCREDI.
Presse. "Quel Bavoué !
Samedi soir, la troupe de théâtre "Le sacré Bavoué"
de l'Association familiale de Biffontaine - Les Poulières a permis
au nombreux public présent à la salle socioculturelle [de
Corcieux] de passer une soirée très agréable où
le rire déclenché par les onze acteurs était omniprésent.
Deux pièces de Jean-Michel B. étaient au programme. Une
histoire d'œufs ! farce paysanne, a permis de découvrir la Génie
qui veut mettre des œufs à couver. Malheureusement, ses poules
ne veulent ni manger, ni pondre, ni couver. La Génie prétend
que cela vient du "simgomme" que sa fille Françoise jette
n'importe où : les poules l'avalent et "ça leur colle
les boyaux". Le Simon est donc allé chercher des œufs au bourg.
Mais il tarde à rentrer et quand il arrive enfin, c'est littéralement
porté par le Gaston et P'tit Louis, un bègue qui ne parvient
pas à finir ses phrases. Ce pauvre Simon est tombé; il a
mal à la cheville et au genou. Affolement général
! On avait bien besoin de ça ! Le Dr. Gouret diagnostique un épanchement
de synovie avec distorsion des ligaments. Il faut rester trois semaines
au lit ! Personne ne comprend ce qu'est ce "penchement" mais
tout le monde plaint l'accidenté : le Tonin, souvent en visite
dans l'espoir de quelques canons à boire, la Joséphine qui
vient pour papoter, la Marie Razaï aux remèdes-miracles et
farfelus... Il n'y a que la Génie pour voir le bon côté
de la chose : puisque le Simon est cloué au lit, il va couver les
œufs !" (Vosges matin du jour). Le résumé de
la seconde pièce est un peu moins alléchant mais une chose
est sûre : si la troupe part en tournée avec ce programme
et passe par ici, je serai dans le public.
JEUDI.
Épinal - Châtel-Nomexy (et retour).
Je reviens te chercher de Guillaume Musso (Pocket).
VENDREDI.
Itinéraire patriotique départemental.
Faisons comme si c'était dimanche : le monument de Cornimont
est enregistré.
SAMEDI.
Football. SA Epinal - FCSR Haguenau
1 - 1.
IPAD. 21 septembre 2003. 95 km. (3630
km). Il n'y a pas de monument aux morts aux Bas-Rupts. D'ailleurs, Les
Bas-Rupts ne forment pas une commune, mais un simple écart de celle
de Gérardmer.
L'Invent'Hair perd ses poils.

Carcassonne (Aude), photo de Marc-Gabriel Malfant, 14 avril 2006
Bon dimanche.
Notules
dominicales de culture domestique n°400 - 17 mai 2009
DIMANCHE.
Vie littéraire. On me propose
de participer à un projet éditorial pour le compte du Centre
des Monuments nationaux, "Une histoire de France en cent monuments".
Il s'agit d'écrire un texte sous forme libre sur un monument national
classé appartenant à l'Etat. Malheureusement, je ne connais
aucun de ceux qui figurent sur la liste jointe à cette proposition
et je dois décliner. Les monuments que je fréquente et sur
lesquels j'écris sont d'essence purement locale. Dommage, il y
avait dans ce projet des personnes auprès desquelles j'aurais été
fier de figurer.
Lecture. Des clopes et de
la binouze (Fags and Lager, Charlie Williams, The Serpent's
Tail, Londres, 2005 pour l'édition originale, Gallimard, coll.
Série Noire, 2008 pour la traduction française, traduit
de l'anglais par Thierry Marignac; 336 p., 22,50 €).
"Pour le prochain livre, deux cent cinquante pages, pas plus, ce
sera parfait." C'est sur cette phrase que se concluait la notule
consacrée au précédent titre de Charlie Williams,
Les Allongés, en décembre 2007. Las, Charlie Williams
ne lit pas les notules ou, plus sûrement, il a décidé
de n'en faire qu'à sa tête et nous balance un deuxième
volume des aventures de Royston Blake beaucoup trop long. Royston Blake,
rappelons-le, exerce la profession de videur dans une petite ville anglaise
dont il est le calamiteux caïd. Viré de la boîte où
il officiait, il tente ici une reconversion sur un poste de gorille, emploi
dans lequel il se révèle aussi doué que dans le précédent
pour s'attirer des ennuis et tout faire pour ne pas s'en sortir. L'auteur
a choisi de nous présenter les aventures de son héros sous
la forme d'un monologue intérieur. Le personnage est du genre fruste,
son langage l'est tout autant et ses élucubrations décousues
deviennent rapidement lassantes. Décousus aussi les dialogues,
l'histoire, les événements qui s'empilent plus qu'ils ne
s'enchaînent, tout cela a un petit côté San Antonio
dont on retrouve les adresses au lecteur sur le mode vindicatif du genre
"Si ça vous plaît pas, allez voir ailleurs si j'y suis".
Et Charlie Williams, en fait, c'est comme les romans de San-Antonio
: au bout d'un moment, ça fatigue. Le troisième Royston
Blake, Le Roi du macadam, est déjà sorti à
la Série Noire. Il n'est pas sûr qu'on ait envie de le suivre.
LUNDI.
Épinal - Châtel-Nomexy (et retour).
Guignol's band I et II de Céline en Folio.
VENDREDI.
Relecture scolaire. Le Bourgeois
gentilhomme (Molière, première représentation
1670, Hachette Education, coll. Classiques, 1992; notes explicatives,
questionnaires, bilans, documents et parcours thématiques établis
par Mariel Morize-Nicolas; 224 p., s.p.m.).
Courrier musical. Arrivée de
Seen, de Morley.
SAMEDI.
Lecture. Revue des Deux Mondes
(avril 2008; 192 p., 11 €).
"Où va la droite ?"
Premier numéro d'un envoi promotionnel qui me permet de découvrir
cette revue dont je ne connaissais que le rôle historique (elle
existe tout de même depuis 1829) et la voix de son rédacteur
en chef, Michel Crépu, qui officie dans Le Masque et la Plume.
Celui-ci signe chaque mois un "Journal littéraire" dans
lequel il parle de ses lectures, cela rappelle un peu les chroniques de
Bernard Frank dans Le Nouvel Observateur en beaucoup moins brillant. Quelques
articles d'actualité, sur Clinton, sur l'Allemagne, sur Keynes,
un entretien avec les traducteurs d'Ingo Schulze et un gros dossier, ici
très politique, "Où va la droite ?" On n'en sait
rien, mais ce qu'on sait après cette lecture, c'est qu'elle peut
aller quand elle veut à la Revue des Deux Mondes avec la
certitude d'y être bien accueillie. Ce n'est pas une surprise quand
on consulte le comité de rédaction, qui rassemble de dangereux
gauchistes comme Alexandre Adler, François Bujon de l'Estang, Charles
Dantzig ou Alain Minc. La lecture des articles du dossier, tout à
la gloire du libéralisme alors triomphant, ne manque pas de saveur
quand on sait ce qui allait advenir quelques mois plus tard.
IPAD. Mettons d'abord un point final
au feuilleton "Are" qui nous occupe depuis deux semaines. Il
n'y a plus de doute sur l'identité de la victime, il s'agit bien
d'un MOUROT André, c'est le seul Poilu originaire des Vosges qui
correspond à l'abréviation sur les sites officiels. Mais
soyons pataphysique et intéressons-nous aux solutions imaginaires.
Deux contributions sont venues s'ajouter cette semaine à celles
dont je faisais état dans le dernier numéro. L'une suggère
un prénom composé "du genre Auguste-René ou
Albert-René". L'autre, en provenance du Québec, est
double. Elle donne deux solutions possibles, deux prénoms simples
qui commencent par A et finit par re, l'un tellement évident que
personne n'y a pensé (Alexandre), et l'autre beaucoup plus rare
: "J'ai eu jadis un vieux prêtre comme professeur de mathématiques
qui s'appelait Alzire T. Le prénom Alzire existait peut-être
aussi en France à cette époque". Effectivement, et
au moins depuis Voltaire dont une pièce est intitulée Alzire
ou Les Américains.
26 octobre
2003. 109 km. (3739 km).

909 habitants
L'habitat
doit être très dispersé. A voir la taille du village,
on se demande où se cachent les 819 habitants annoncés à
l'époque par le calendrier des Postes. Le monument est en contrebas
de l'église, il représente une sorte d'urne funéraire
au sommet d'une stèle de granit. A son pied, deux gerbes défraichies,
sur la face avant une palme avec la mention "Pro Patria".

Face :
A
nos morts
1914-1918
Droite :
22
noms d'
ANTOINE Auguste
à
JEANGEORGES Séraphin
Dos
:
1939-1945
5 noms de
BERTRAND Marcel
à
CLEMENT Bernard
Victimes
civiles
6 noms de
CLAUDEL Constant
à
VAXELAIRE Pierre
Gauche :
23
noms de
LALLEMAND Pierre
à
LALLOZ Paul
Le monument
n'est pas signé.
L'Invent'Hair perd ses poils.

Flavigny-sur-Moselle (Meurthe-et-Moselle), photo de Christine Gérard,
18 avril 2006
Bon dimanche.
Notules
dominicales de culture domestique n°401 - 24 mai 2009
DIMANCHE.
Lecture. Biribi. Les bagnes coloniaux
de l'armée française (Dominique Kalifa, Perrin, coll.
Pour l'Histoire, 2009; 348 p., 21 €).
"Y'en a qui font la mauvaise tête au régiment
Les tire-au-cul ils font la bête inutilement
Quand ils veulent plus faire l'exercice et tout l'fourbi
On les envoie faire leur service à Biribi à Biribi..."
La première fois que j'ai entendu parler de Biribi, ce devait être
dans cette chanson d'Aristide Bruant qui figure sur la compilation "Chansons
coloniales et exotiques" distribuée par EPM. J'ai d'abord
cru que c'était un lieu, un vrai, situé quelque part en
Algérie et c'est à ce titre que je l'avais fait figurer
dans mon Atlas de la Série Noire où il apparaît une
seule fois, dans Le Pêcheur de serpents de Marcel Le Chaps
(n° 179, 1953), de façon très fugace : "Papiers
s'il vous plaît ? La demande est banale. Elle mène parfois
à Biribi." C'est sans doute à cette occasion que j'appris
que Biribi était un nom collectif donné à la fin
du XIXe siècle à l'ensemble des bagnes militaires de l'armée
française, installés pour la plupart en Afrique du Nord.
Dominique Kalifa ouvre d'ailleurs son étude sur la dimension mythique
de Biribi, sa présence dans les chansons, la littérature
et la conscience collective : Bruant donc mais aussi Georges Darien et
son roman Biribi. Discipline militaire (1890), Lucien
Descaves et ses Sous-offs (1889) et un tas d'autres œuvres et œuvrettes
qui inscrivent le lieu dans l'imaginaire romanesque, dans un réalisme
social mis à l'honneur par Mac Orlan. C'est pour ce qui me concerne,
la partie la plus intéressante de l'ouvrage : lorsque l'auteur
quitte la littérature pour l'Histoire pure, cela devient beaucoup
plus complexe et difficile à suivre. Difficile en effet de s'y
retrouver dans la nébuleuse que constituent, pendant deux siècles,
les corps spéciaux de l'armée française : compagnies
de discipline, compagnies d'exclus de l'armée, sections spéciales,
prisons militaires, pénitenciers militaires, ateliers de travaux
publics, compagnies de discipline des colonies, c'est tout ça Biribi,
de Kénitra à Tataouine en passant par Oran, Cherchell, Aumale,
Bougie, Douéra, Biskra et bien d'autres lieux où l'on envoie
les fortes têtes, les rebelles à la discipline, les mutilés
volontaires, les déserteurs mais aussi les pacifistes, les homosexuels,
les fous. Kalifa, chronologiquement, explore avec méthode ce qu'il
appelle "l'archipel punitif de l'armée française"
à travers les textes de lois, les débats politiques, les
rapports des officiers et des médecins et les enquêtes de
presse (Albert Londres et son fameux "Dante n'avait rien vu").
La troisième partie, consacrée à la vie quotidienne
à Biribi, est plus accessible : on y découvre l'ordinaire
des bataillonnaires et des exclus, la cruauté des "chaouchs",
le travail, les conditions de détention, l'importance du tatouage
et de l'homosexualité, la noirceur d'un monde qui prendra fin en
même temps que la colonisation dont il était l'inévitable
corollaire.
Itinéraire patriotique départemental.
Emporté par mon élan, je suis passé ces dernières
semaines de Corcieux à Cornimont en sautant la ligne Corcieux-Vanémont
du calendrier des Postes. Même s'il ne s'agit pas d'une commune,
mais de la dénomination d'une gare située entre Corcieux
et La Houssière, sur le territoire de cette dernière. Aucune
chance d'y trouver un monument aux morts, donc, mais il fallait réparer
l'oubli, ce qui est fait aujourd'hui. Caroline, moins indulgente face
à mes manques, suggérait que je recommence tout à
zéro.
LUNDI.
Vie littéraire. Je boucle le
Bulletin Perec de juin et l'envoie à Bernard Magné.
JEUDI.
Itinéraire patriotique départemental.
Pas de monument non plus au Costet Beillard, qui appartient
à la commune de Gérardmer. Mais il fallait bien aller prendre
la pancarte en photo.
Lecture. D'ombre et de lumière
(Darkness and Light, John Harvey, 2006, Payot & Rivages, coll. Thriller,
2008 pour la traduction française, traduit de l'anglais par Jean-Paul
Gratias; 352 p., 20 €).
Ce roman est présenté comme le dernier mettant en scène
Frank Elder, héros donc de ce que l'on nommera la trilogie des
doublets (De chair et de sang, De cendre et d'os, D'ombre et de lumière).
Pour la troisième et dernière fois, Frank Elder accepte
donc de quitter sa retraite de Cornouailles pour donner un coup de main
à la police de Nottingham au sein de laquelle il a jadis officié.
Une histoire de disparition, conclue par un meurtre, va lui permettre
de prouver qu'il n'a rien perdu de ses qualités professionnelles.
C'est le meilleur titre de la série, le plus dense, le plus ramassé,
comme si John Harvey voulait conclure en beauté un cycle court
et éviter de reproduire le lent effilochage de la précédente,
consacrée à l'inspecteur Resnick et riche d'une dizaine
d'aventures. On a déjà souligné les ressemblances
entre Frank Elder et son prédécesseur, leurs qualités
humaines, leurs déboires et leur engagement au côté
des humbles. John Harvey, à l'ombre des prétendues grandes
dames du polar britannique, mène une carrière discrète
et une œuvre remarquable, dépourvue du tape-à œil, du pathos
et des chichis qui encombrent les pages de nombre de ses confrères
et consœurs. Les amateurs apprécieront.
Vie professionnelle. Caroline est
la seule du quatuor à travailler aujourd'hui et demain. Par une
circulaire en date du 26 mars, le Ministère de l'éducation
nationale a en effet autorisé le report des cours prévus
les 22 et 23 mai "afin de permettre aux familles de se retrouver
quatre jours et éviter un fort taux d’absentéisme".
On ne peut que s'incliner devant de si nobles motivations. Croissez, multipliez
et partez en week-end. L'appel a été entendu : on a vu,
tenez-vous bien, des Parisiens hier à Saint-Jean-du-Marché.
Quant à l'absentéisme, on en reparlera quand il faudra envoyer
les mômes à l'école à des dates inhabituelles.
La fameuse reconquête du mois de juin, annoncée à
grands coups d'olifant par les autorités, se solde par un détricotage
beaucoup plus discret du mois de mai. Ce ne sont pas les fainéants
dans mon genre qui vont s'en plaindre.
SAMEDI.
Football. SA Epinal - AS Algrange
4 - 0.
IPAD. 1er mai 2004. 105 km. (3844
km)

31 habitants
Pas de monument
aux morts visible. Une habitante nous aiguille vers une église
isolée, entre Battexey et Hergugney, au lieu-dit Tantimont. L'église
est fermée.
L'Invent'Hair perd ses poils.

Saint-Ambroix (Gard), photo de Marc-Gabriel Malfant, mai 2006
Bon dimanche.
Notules
dominicales de culture domestique n°402 - 31 mai 2009
DIMANCHE.
Emplettes.
Je ne suis pas un arpenteur assidu des vide-grenier mais comme celui-ci
se tient quasiment aux portes de la pharmacie, nous nous devons d'y faire
une apparition. Je concours à la bonne marche des affaires en acquérant
le Surveiller et punir de Michel Foucault que je présente
aux filles comme un manuel d'éducation et entame une collection
des avatars de Wuthering Heights en français avec Les
Hauteurs battues des vents (traduction de Gaston Baccara, collection
Marabout, s.d.).
Lecture. Le Rocambole, revue
des Amis du Roman populaire n° 46 (Encrage, printemps 2009; 176 p.,
14 €).
Compte rendu à rédiger pour Histoires littéraires.
LUNDI.
Épinal - Châtel-Nomexy (et retour).
Cité de verre de Paul Auster au Livre de poche.
TV. Je regarde ce soir Quai des
brumes de Carné sur ARTE. Ce n'est pas la première fois
mais lors des visions précédentes, je ne savais pas qu'il
y figurait. Ce soir, je le sais et je le vois, il apparaît un quart
de seconde, vers le milieu du film, croisant Jean Gabin occupé
à regarder la devanture du magasin de bimbeloterie tenu par Michel
Simon. A l'époque, il n'a que vingt-neuf ans et n'a publié
que des poèmes surréalistes mais on le reconnaît à
ses lunettes et à sa dégaine : c'est Léo Malet.
MERCREDI.
Lecture. Les Cahiers de l'Institut
n° 1 (Institut International de Recherches et d'Exploration sur les
Fous Littéraires, 2008; 148 p., sur abonnement).
Première livraison d'une revue entièrement consacrée
aux fous littéraires dont la naissance fut annoncée lors
du onzième Colloque des Invalides. Un dossier, des articles sur
des sujets variés et, entre ces deux blocs, un cahier de pages
jaunes qui fait le tour de l'actualité. Pour un premier numéro,
il fallait une tête d'affiche et c'est tout naturellement Jean-Pierre
Brisset qui fait l'objet du dossier. Brisset, Prince des Penseurs cuvée
1913, théoricien du langage ayant échappé à
l'obscurité pour avoir démontré, et de quelle manière,
que l'homme descend de la grenouille. Tout aussi naturellement, c'est
Marc Décimo, spécialiste et biographe de l'auteur, qui fait
le point sur la réception de Brisset des origines (le premier article
à lui consacré date de 1913) à nos jours. Brisset
dans le texte ensuite avec des extraits de La Science de Dieu ou la
Création de l'homme suivis d'une traduction en anglais qui,
en raison des calembours qui sont la base des théories de Brisset,
relève de la haute voltige. Michel Criton, un spécialiste
des jeux mathématiques, évoque quelques figures de mathématiciens
fous, parmi lesquels on reconnaît Michel Chasles, collectionneur
d'autographes, célèbre pour s'être fait fourguer des
lettres de Jules César, Vercingétorix, Alexandre le Grand,
Marie-Madeleine et bien d'autres par le faussaire Vrain-Lucas. Suivent
"La contrainte et les fous littéraires" par Paolo Albani,
une étude des manuscrits asilaires de Saint-Jean-de-Dieu (Montréal)
par Tanka G. Tremblay et une réflexion sur l'art chez les fous
(dessins, sculptures) due à Marcel Réja. Matthijs Van Boxsel
m'apprend ce qu'est la morosophie, un mot qui signifie littéralement
folle sagesse ou folie sage et dont il s'est fait le spécialiste.
Les morosophes, dit-il, sont "des savants dont la théorie
est d'une absurdité confondante. Contrairement aux discours banals
des créationnistes, ufologues et gourous du New Age, les études
morosophiques sont si créatives et surprenantes qu'elles se chargent
d'une dimension littéraire. Les morosophes apportent aux grandes
questions des réponses aberrantes. Parle-t-on hollandais au paradis
? Les atomes sont-ils des vaisseaux spatiaux ? Le monde entre-t-il enfin
dans sa phase Lilas ? Combien de chiens de berger se cachent dans un chien
de berger ?* L'avènement de la pensée abstraite coïncide-t-il
avec l'extériorisation évolutionniste du clitoris ?"
et ainsi de suite. Parmi les morosophes présenté, mon préféré
est incontestablement Irman Wilkens qui, à partir de données
climatiques, zoologiques, botaniques, culturelles et topographiques, démontre
dans Où Troie se trouvait autrefois qu'une partie des faits
relatés dans les poèmes d'Homère s'est déroulée
aux Pays-Bas et en Belgique. Une autre figure intéressante apparaît
sous la plume de Lansana Bérété qui présente
Adolphe Ripotois, un quidam qui m'a tout l'air d'être de la lignée
de Botul et de Paul Guignon avec cependant un atout supplémentaire
: il aurait fait son service militaire à Epinal. Dois-je fouiller
les archives militaires de la place ?
* Réponse sur simple demande.
JEUDI.
Scène de rue. Je rentre at
home. Juste avant d'atteindre la porte de l'immeuble, je croise deux
jeunes qui viennent de passer devant. L'un est légèrement
en retard sur l'autre parce qu'il s'est arrêté pour lire
les noms sur le tableau des sonnettes. Il rattrape son pote et lui confie,
hilare : "Y a un mec, là, son nom de famille, c'est Dindon
!"
Courriel. Une demande d'abonnement
aux notules.
VENDREDI.
Lecture. Les Fantômes de
Breslau (Widma w miesce Breslau, Marek Krajewski, Wydawnictwo
W.A.B., Varsovie, 2005 pour l'édition originale; Gallimard, coll.
Série Noire, 2008 pour la traduction française, traduit
du polonais par Margot Carlier; 304 p., 19,50 €).
Allons bon, voilà le polar polak qui débarque maintenant.
Marek Krajewski, nous dit-on, est professeur de latin à Wroclaw
- qui s'appelait Breslau lorsqu'elle était allemande - ce qui lui
permet de présenter son enquêteur, Eberhard Mock, comme un
produit de la culture classique qui aime à réciter des vers
de l'Enéide en version originale. C'est à peu près
tout ce qu'on peut retenir de ce livre qui s'apparente à un gigantesque
et indigeste galimatias. Enquêtant sur la mort de quatre jeunes
marins, Mock patauge dans une histoire invraisemblable dans laquelle ses
cuites interminables, ses souvenirs de guerre, ses rêves et ses
actes déroutants se mélangent pour le plus grand désarroi
du lecteur. C'est à se demander si l'auteur y comprend quelque
chose lui-même. La peinture attendue avec intérêt d'une
ville de Silésie à la fin de la Première Guerre Mondiale
se résume à une suite de scènes de tavernes ou de
bordels aussi fumeuse qu'enfumée. On ne sait si Gallimard a l'intention
de donner la suite de ce roman présenté comme le premier
volume d'une série mais si on pouvait s'arrêter là,
ça ne priverait pas grand monde.
SAMEDI.
IPAD. 17 octobre 2004. 93 km. (3937
km).

319 habitants
La place
centrale du village - mairie, école Victor-Hugo, beau lavoir, église
- est en contrebas de la route principale, qui fut l'axe Mirecourt - Neufchâteau.
Le monument est séparé de l'entrée de l'église
par quatre thuyas en pot. Il a été peint en blanc pour faire
oublier la médiocrité de sa pierre. Les plaques sont en
marbre, blanc lui aussi.

Face :
Aux
soldats de Baudricourt
Morts pour la France
J.B. MORLOT
Elève de l'Ecole Polytechnique
Lieutenant d'art. de Marine
Chevalier de la Légion d'honneur
Décoré de la reine d'Espagne
Mort à l'âge de 27 ans
A Saigon (Cochinchine)
Le 7 juin 1862
Côté
droit :
CLANCHE
Abel 1891-1914
MOITESSIER Eugène 1874-1915
MERCIOL Marcel 1893-1915
CLERC Emile 1894-1915
KOENIG Albert 1873-1915
HUMBERT Paul 1882-1916
Côté
gauche :
CLANCHE
Georges 1895-1916
L'HUILLIER René 1894-1917
MANSUY Aimé 1897-1917
MORLOT André 1895-1918
L'HUILLIER Georges 1889-1918
FRANOUX Maurice 1896-1918
HENARD Florent 1911-1941
HENARD Martial 1909-1945
DESBOEUFS Henri 1914-1945
MINMEISTER Marcel 1920-1944
L'Invent'Hair
perd ses poils.

Le Teil (Ardèche), photo de Marc-Gabriel Malfant, avril 2006
Bon dimanche.
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