Notules dominicales
de culture domestique n°253 - 2 avril 2006 DIMANCHE.
Vie parisienne (suite). Au Louvre, je termine
la salle 17, aile Richelieu, deuxième étage, dont un morceau m'avait
échappé lors de mes précédentes visites. Je m'attarde
devant le tableau du mois et dans les librairies. Morceau de conversation chipé
au Triomphe de l'Est où je croûte sommairement avant de reprendre
le train : "J'ai enfin trouvé qui a écrit La Peste. -
Ah bon ? - Oui, c'est Marcel Camus." Lecture.
Jeux de mots (Hark !, Ed McBain, Hui Corp., 2004; Presses de la
Cité, coll. Sang d'encre, 2006 pour la traduction française; traduit
de l'américain par Jacques Martinache; 328 p., 19 €). Au
moment où Steve Carella s'apprête à célébrer,
sans enthousiasme, le mariage de sa soeur et le remariage de sa mère, le
commissariat du 87° est bombardé de messages plus énigmatiques
les uns que les autres. Les policiers découvrent très vite qui en
est à l'origine : le Sourd... Le Sourd est apparu pour la première
fois chez Ed McBain dans A la bonne heure en 1960 et a refait surface quatre ou
cinq fois depuis. C'est un poison pour Carella et ses collègues, tueur
sans scrupules, escroc de haut vol insaisissable et, de plus, grand amateur d'énigmes
au moyen desquelles il aimes défier la police. Et voilà que le Sourd
a découvert les palindromes ! La fin de la carrière d'Ed McBain
fera au moins un heureux : son traducteur. Parce qu'après les fantaisies
langagières autour du jabberwocky dans son roman précédent
(Le frumieux bandagrippe), les messages sibyllins envoyés par le
Sourd sont aussi difficiles à décrypter pour les policiers qu'à
traduire pour Jacques Martinache... qui y renonce la plupart du temps, préférant
donner la traduction du palindrome dans la discussion qui suit sa découverte.
A noter l'évolution intéressante d'un autre personnage récurrent,
l'inspecteur Ollie Weeks, obèse, gras, violent et raciste des débuts
qui gagne peu à peu en humanité au contact de la collègue
portoricaine dont il est épris. C'est le premier Ed McBain publié
à titre posthume. TV. Les
Soprano (série américaine de David Chase, 1999, avec James Gandolfini,
Edie Falco, Lorraine Bracco; saison 1, épisodes 6 & 7, diffusés
la veille sur France 4). Ah non, pardon, pas de Soprano. Les branchements
du nouvel appareil dont j'étais si fier n'ont pas tenu longtemps. Il n'y
a pas de son, ce qui est un rien gênant quand il n'y a pas de sous-titres.
LUNDI. TV. The House
(A Casa, Sharunas Bartas, France-Portugal-Lituanie, 1997 avec Francisco
Nascimento, Valeria Bruni Tedeschi, Alex Descas, Leos Carax; diffusé sur
ARTE en mai 2000). Caroline est de garde cette nuit, c'est le moment de se
risquer dans un film lituanien sans crainte des représailles. Voilà
ce qu'en disait Télérama à l'époque : "Des êtres
isolés dans leur chambre. Ils semblent épuisés. Autour d'eux,
des murs écaillés, des objets anciens. On entend des portes qui
claquent, un va-et-vient incessant, des murmures. Où sommes-nous ? dans
un monde de torpeur [...]" Eh bien, c'est tout à fait fidèle,
malgré quelques lacunes : il y a aussi un Noir qui joue tout seul aux échecs,
des femmes sans linge qui dînent autour d'une grande table, deux sourds-muets
qui conversent à grands coups de borborygmes, et un tas d'autres choses
pétillantes du même acabit. Le tout dans une grisaille très
soviétique, sans une seule parole échangée. A la fin, des
chars arrivent et bombardent la maison. Rideau. Un film idéal quand on
a des coups de téléphone à donner ou de la lecture en retard,
par exemple l'excellent Manuel d'instructions du DVD-VR 320 Samsung qui devrait
un jour me permettre d'enregistrer et de goûter toute la production cinématographique
lituanienne et circumvoisine. MARDI. Vie
interrompue. La journée commence par un tête à
tête. Je suis seul avec T dans la pièce, il est tôt, la famille
n'est pas encore arrivée. Je lui rappelle notre dernière entrevue,
quand il me disait combien il était heureux de mener enfin une vie apaisée,
de voir ses trois enfants réussir dans la voie qu'ils avaient eu du mal
à choisir, quand il me racontait son plaisir de faire du théâtre
en amateur, de continuer à fréquenter les bistrots (il s'était
mis au wagon bien avant moi) et ses projets professionnels aussi abracadabrants
que ceux qui avaient été jusque là sa marque de fabrique.
Je lui rappelle tout ça et puis je l'engueule copieusement. On ne gêne
personne, je suis seul avec lui, il y a juste une dame qui balaie le couloir du
funérarium. Je remarque surtout ses mains, ses doigts blancs comme des
cierges, j'ai cru un moment qu'on lui avait mis des gants. Hier, T a choisi de
ne pas voir ce que valait la vie après cinquante ans. Vie
revendicative. Je pars en ville en début d'après-midi.
A pied, ces cossards de chauffeurs de bus sont en grève. Et puis T a gâché
ma sieste. Je suis le long cortège des manifestants anti CPE, retrouve
quelques têtes connues mais n'arrive pas à imposer mon slogan ("Non
! non ! non ! A tout ce que Villepin pond !"). Des jeunes, beaucoup de jeunes.
Il sont bien, les jeunes, mais ce sont quand même les vieux briscards de
la CGT qui s'y entendent le mieux quand il s'agit d'escalader la façade
de la préfecture. TV. Six
Feet Under (série américaine d'Alan Ball avec Michael C. Hall,
Peter Krause, Lauren Ambrose, Frances Conroy, Rachel Griffiths; saison 5, épisode
8, diffusé dimanche sur Canal Jimmy). Pour finir la journée
là où on l'a commencée. MERCREDI. Presse.
Parution de ma chronique sur Daniel Arasse dans La Liberté de
l'Est, disponible
ici. Emplettes. J'achète
un ébrancheur à enclume et prend livraison des romans sélectionnés
pour le Prix René-Fallet. Le colis le plus lourd n'est pas celui qu'on
croit. Football. SAS Epinal - US Lesquin 0 - 0. Maigre assistance
à la Colombière pour ce match en retard (il y en aura d'autres,
l'hiver a été rude) : une cinquantaine de personnes, et je suis
le plus jeune. Ca rappelle la Division d'honneur. On se demande quel intérêt
les amateurs peuvent trouver à un Lyon - Milan télévisé
quand on peut voir un SAS - Lesquin en vrai. Et avec autant de buts.
JEUDI. Vie familiale. Mon père
revient de Nancy avec des nouvelles rassurante de ma mère, hospitalisée
pour une intervention chirurgicale programmée. VENDREDI.
Vie politique. "Les organisations de jeunesse,
dont l'Unef, la coordination étudiante, la Fidl et l'UNL n'ont pas lâché
prise vendredi contre le CPE et ont appelé à des rassemblements
simultanés sur les principales places des grandes villes juste avant l'allocution
radio-télévisée de Jacques Chirac" (dépêche).
Je fonce. C'est la fin de mes illusions : non, je n'habite pas une grande ville.
Vie interrompue. GN m'apprend au téléphone
la mort de son père, Claude H, en compagnie duquel les parties de belote
devenaient des joutes rhétoriques, et passé à l'immortalité
de ma mémoire par sa réplique lancée à un importun
débarquant au milieu du repas : "Mais qui vient ainsi troubler nos
agapes ?" SAMEDI. Football.
SAS Epinal - US Roye 0 - 1. Point final logique d'une semaine somme toute peu
fameuse. Bon dimanche. Notules
dominicales de culture domestique n°254 - 9 avril 2006 DIMANCHE.
Courriel. De l'importance d'être du sérail
: fin d'un échange avec une collaboratrice d'Histoires littéraires
qui semble me prendre pour un vrai demeuré. Je me garde bien de la détromper.
Vie hospitalière. Visite à
ma mère à la polyclinique d'Essey-les-Nancy et aux G, nettement
plus ingambes, à Ludres sur le chemin du retour. TV.
The Shield (série américaine de Shawn Ryan, avec Michael
Chiklis, Glenn Close, Catherine Dent, CCH Pounder, Benito Martinez, Jay Karnes;
saison 4, épisode 7; diffusé jeudi dernier sur Canal +).
Lecture. Tous les mots sont adultes
(François Bon, Fayard, nouvelle édition 2005; 342 p., 19 €;
exemplaire offert et dédicacé par l'auteur). C'est en 2000 que
parut la première édition de ce livre dans lequel l'auteur fait
partager son expérience d'animateur en atelier d'écriture. Parler
d'expérience à son sujet n'est pas exagéré car si
aujourd'hui l'atelier d'écriture est devenu denrée commune (on en
trouve jusque dans les Vosges, c'est-à-dire partout), François Bon
a été un des pionniers de sa pratique. On peut d'ailleurs être
méfiant devant cet engouement qui a parfois des implications mercantiles.
On peut ne pas se satisfaire de l'animateur qui se contente de balancer quelques
vagues perecqueries à imiter en pâture à ses stagiaires. Du
Perec, bien sûr, il en faut, on ne peut s'en passer et François Bon
lui rend hommage dès le premier chapitre. C'est Perec qui nous apprend
à transformer notre environnement immédiat en littérature
bien au-delà de la simple nomenclature, et à charger l'écriture
la plus neutre en apparence de données intimes. François Bon rappelle
cela mais va bien au-delà : en quatre ans, il a enrichi certaines pistes,
en a découvert d'autres, ce qui l'amène à recomposer son
travail, en l'appuyant sur de nouvelles pratiques, sur de nouveaux auteurs. Parce
que c'est le texte de départ qui conditionne tout : "c'est en sachant
avec précision sur quoi on [s]'appuie dans la littérature qu'on
saura utiliser, ou inventer à son tour ses propres appuis." Et c'est
dans le corpus de textes qu'il propose comme générateurs - le copieux
index final en fait foi - qu'il impressionne vraiment. Les habitués de
son tierslivre en ligne y reconnaîtront ses auteurs de prédilection,
Perec, Kafka, Proust, Balzac, Bergounioux*, Blanchot (à qui l'on doit la
formule du titre), Sarraute, Koltès, Gracq, Michaux, Novarina (que je découvre
et qui vaut le détour) mais aussi Apollinaire, Rilke, Handke, et des tas
d'autres, des inconnus, des gens qu'on ne s'attend pas à trouver chez lui
(Giraudoux, Paul Morand, Henry James...). Ils y reconnaîtront aussi ses
préoccupations qui font de l'écriture un processus vital, ses notions
de surgissement, de rebond, de rapport au monde, de pli, de déploiement,
son souci de ne rien laisser au hasard (importance de la mise en page, du blanc,
des majuscules, de la ponctuation). Les exercices proposés sont innombrables
et les résultats obtenus, vérifiables par les extraits des textes
écrits par les participants, parfois remarquables. Le lecteur enseignant
est tenté de ne pas faire une lecture désintéressée
de ce livre. Il se dit qu'il y a peut-être des choses à prendre pour
sa pratique professionnelle, des expériences à tenter. J'en ai relevé.
Mais le cours n'est malheureusement pas un atelier. Un atelier, dans mon esprit
tout au moins, c'est un endroit où l'on fabrique des choses nobles, avec
soin. C'est un endroit où on sent l'amour du métier, de la matière,
du geste. Ce que je vis tous les jours est plus du domaine du chantier que de
l'atelier : on arrive le matin avec sa brouette, on distribue les casques parce
qu'il importe avant tout de ne pas se blesser et de ne blesser personne, on constate
les dégâts survenus depuis la dernière fois, on tend le dos
sous la menace de l'inspection du travail prompte à la chicane et on est
content à la fin de la journée si on a réussi à aligner
deux ou trois briques (un mot, un nom, une phrase, une pensée). Précision
1. "Dans cette compilation des romans de Perec [le volume Pochothèque],
on a évincé Espèces d'espaces, texte de référence,
texte atelier, qui les nourrit, en fait rebondir les procédés, croise
leurs enjeux. Peut-être parce qu'on l'a trop confondu avec un carnet de
travail, une suite d'ébauches ?" (p. 25). En fait, Bernard Magné
avait signé, il le rappelait lors du dernier séminaire, un contrat
pour deux volumes Pochothèque. Espèces d'espaces était
prévu pour figurer dans le second qui ne verra jamais le jour à
cause de la réticence des éditeurs d'origine (dont Galilée
pour Espèces d'espaces) à "lâcher " leurs
textes. Précision 2. Le beau-frère de Flaubert, mari de sa soeur
Caroline, était Emile Hamard, et non Alfred Hamard (p. 242). Je suis imbattable
sur les maris de Caroline. Précision 3. François Bon est notulien.
* Ceux qui ont vu pour la première fois, comme moi, Pierre Bergounioux
à la télévision ce matin dans l'émission le Bateau
livre ne sont pas près de l'oublier. Ils ont vu comment un exercice
de banale promotion (pour ses Carnets de notes édités chez
Verdier) peut se transformer en moment de grâce pure quand y consent un
homme qui vous balance, comme ça, dans la conversation, des phrases parfaites,
lumineuses, fulgurantes, avec la même facilité que celle dont vous
faites preuve quand vous enfilez vos pantoufles. Un homme d'une exigence envers
lui-même parfaitement sidérante, pour qui la lecture, l'écriture
et l'étude ne forment qu'un "effort désespéré
pour [se] purger de l'ignorance monstrueuse dont [il est] affligé."
A l'écrit, ça peut sembler pompeux - c'est pour ça que je
ne suis pas sûr d'avoir envie de lire Bergounioux - mais balancé
ex abrupto dans une discussion, ça a de la gueule. LUNDI.
Vie liturgique. Je sèche mes dernières
heures de cours pour me rendre à Remiremont aux obsèques de Claude
H. TV. Les Soprano (série
américaine de David Chase, 1999, avec James Gandolfini, Edie Falco, Lorraine
Bracco; saison 1, épisodes 8 & 9, diffusés samedi sur France
4). MARDI. Vie revendicative.
Nouvelle marche de groupe. Je vais finir par adhérer au Club Vosgien et
passer mes dimanches à arpenter les sentiers de randonnée en panoplie
CAMIF au lieu de notuler. Vie culturelle. La
MJC du quartier propose un spectacle de marionnettes, des gars du Nord qui ont
déjà occupé les enfants de l'école l'après-midi.
Nous y emmenons les filles, événement, nos sorties sont rares. Je
pense m'ennuyer d'importance mais je suis conquis. C'est une bonne soirée
et si je dors ce n'est que par intermittences et plus par fatigue que par ennui.
MERCREDI. TV. Six Feet
Under (série américaine d'Alan Ball avec Michael C. Hall, Peter
Krause, Lauren Ambrose, Frances Conroy, Rachel Griffiths; saison 5, épisode
9, diffusé dimanche sur Canal Jimmy). JEUDI. TV.
The Shield (série américaine de Shawn Ryan, avec Michael
Chiklis, Glenn Close, Catherine Dent, CCH Pounder, Benito Martinez, Jay Karnes;
saison 4, épisode 8; diffusé jeudi dernier sur Canal +).
Invent'Hair. VP n'est pas rentré bredouille
de la manifestation de Montpellier. 
VENDREDI.
Cinéma. Jean-Philippe (Laurent
Tuel, France, 2006 avec Fabrice Luchini, Johnny Hallyday, Jackie Berroyer, Guilaine
Londez, Antoine Duléry, Elodie Bollée, Olivier Guéritée,
Caroline Cellier, Barbara Schulz). Un fan de Johnny Hallyday est victime d'un
accident qui le laisse inconscient. A son réveil, il se retrouve dans un
monde où le chanteur n'existe pas. Il va s'employer à le recréer.
Là où on attendait une comédie basée sur l'absurde
et la juxtaposition de deux personnalités apparemment inconciliables, on
se retrouve très vite dans une hagiographie du chanteur qui réapprend
son métier sous la houlette d'un Luchini exceptionnellement mauvais pour
aboutir à un concert au Stade de France auquel on avait pourtant pris soin
d'échapper dans la réalité. Laurent Tuel a choisi la facilité
alors que le matériel dont il disposait lui permettait d'être beaucoup
plus ambitieux et original. Seuls les inconditionnels du chanteur s'en contenteront.
SAMEDI. Courrier. Arrivée
d'un disque de Paul Quinichette. La seule chose à faire, quand on a entendu,
ou cru entendre, tout ce que Lester Young a enregistré d'important, c'est
écouter Paul Quinichette pour voir s'il mérite ou non son titre
de Vice-President. J'ai hâte de m'y mettre. Courriel.
Une nouvelle abonnée aux notules. Vie
culturelle. BV, notulien, conférence sur le poète vosgien
du 18e Nicolas-Joseph-Florent-Gilbert à la Bibliothèque municipale.
Je crois d'ailleurs qu'on ne dit plus Bibliothèque municipale mais Bibliothèque
intercommunale peut-être parce que Golbey a cédé, avec réticence,
ses trois albums de Sylvain et Sylvette à Epinal mais là n'est pas
le propos. BV ne pourra jamais participer au Colloque des Invalides - où
il fut question de Gilbert en 1998 sur le thème des "Ratés
de la littérature". La raison : les communications y sont limitées
à cinq minutes. Ici, au bout de deux heures et demie, il a du mal à
s'arrêter. C'est qu'on en a à dire lorsqu'on passe trente ans de
sa vie à étudier celle d'un autre... Cela dit, pas d'ennui, l'angle
d'attaque choisi, l'iconographie, se révèle intéressant et
permet de se rendre compte de la fortune considérable de Gilbert au 19e
siècle où sa biographie - qui mêle les épisodes réels
à la légende - inspire des écrits souvent accompagnés
de gravures. L'histoire de sa statue, de ses statues plutôt, dans sa ville
natale de Fontenoy-le-Château est également par certains aspects
suffisamment rocambolesque pour correspondre au personnage. TV.
Les Soprano (série américaine de David Chase, 1999, avec James
Gandolfini, Edie Falco, Lorraine Bracco; saison 1, épisodes 10 & 11,
diffusés le soir même sur France 4). Bon dimanche. Notules
dominicales de culture domestique n°255 - 17 avril 2006 DIMANCHE.
TV. Les Soprano (série américaine
de David Chase, 2005, avec James Gandolfini, Edie Falco, Michael Imperioli, Steve
Van Zandt, Lorraine Bracco; saison 6, épisode 1, diffusé le soir
même sur Jimmy). Bien sûr, il y a la première saison que
l'on découvre avec retard sur France 4 le samedi, mais la version doublée
gâche tout. Autant dire qu'on est heureux de retrouver Tony Soprano et sa
véritable voix dans l'ouverture de ce qui sera la dernière saison
de la série. Il faudra attendre plusieurs mois pour voir la suite, cet
épisode étant diffusé en avant-première. Un épisode
qui nous laisse sur la vision d'un Tony baignant dans son sang, incapable de répondre
à la standardiste du service d'urgence qu'il a eu bien du mal à
appeler... LUNDI. Courriel.
Arrivée d'un cliché du salon Tif Anny, de Saint-Malo. Merci à
JC. Courrier. Mon Invent'Hair
s'étoffe à la vitesse où mon crâne se dégarnit.
MGM envoie clichés de deux salons de Trèbes (Aude), Créa'Tifs
et Diminu'Tifs, puis un Jennif'Hair déniché à Carcassonne.
Vie professionnelle. Un fâcheux
me cherche noise parce que je ne veux pas assurer une partie du travail qui lui
est dévolu. Bonne poire, j'avais eu le tort précédemment
d'accéder à une semblable requête de sa part. Le pauvre -
pensant sans doute que je passe mon temps à jouer au bilboquet - avait
"trop de travail". Cette fois, je l'envoie paître. Décidément,
la transparence ne suffit plus pour avoir la paix. La naissance de cette idylle
amène à réfléchir sur le décalage qui existe
entre le travail tel qu'il est fourni et la manière dont il est perçu.
Passons rapidement sur l'institution qui n'a d'yeux que pour les opérations
de prestige du genre "Journée sans chewing gum" ou "Semaine
du papier crépon", ce que vous faites à longueur de journée
dans votre salle avec un bouquin, un ordinateur, un microscope, une carte, un
tableau et un bâton de craie ne l'intéresse absolument pas et c'est
tant mieux. C'est plus subtil quand on s'attache la vision de ceux qui partagent
le même emploi. Je m'aperçois que si vous bossez normalement, sans
esbroufe et sans tapage, si vous ne corrigez pas, par exemple, au vu et au su
de tout le monde, quelques copies en poussant des soupirs à fendre l'âme
et en distillant quelques commentaires à l'ironie bien sentie, si vous
ne tapotez pas de temps temps d'un air entendu sur l'ordinateur de la salle des
professeurs (le cauchemar indépassable : travailler sur un ordinateur avec
des gens dans votre dos qui jettent, mine de rien, un oeil sur ce que vous faites),
si vous n'évoquez pas la fameuse "fatigue de fin de trimestre"
deux ou trois jours après être rentré de vacances, vous passez
pour un parfait rigolo. Encore une fois, cela ne me dérange pas, ce qui
me navre c'est d'avoir mis tant de temps à le découvrir, de ne saisir
qu'aujourd'hui la règle d'or : il ne suffit pas de bosser, il faut le faire
savoir. Donc, fin de ma période transparence : je passe au stade suivant,
l'inexistence. TV. Six Feet Under
(série américaine d'Alan Ball avec Michael C. Hall, Peter Krause,
Lauren Ambrose, Frances Conroy, Rachel Griffiths; saison 5, épisode 10,
diffusé dimanche sur Canal Jimmy). Atmosphère lourde chez les
Fisher, amenés à exercer leurs talents de thanatopracteurs sur l'un
des leurs. D'autant que dans ce commerce, on ne peut guère compter sur
le soutien des anciens clients. MARDI. Vie
familiale. Nous croûtons à l'extérieur pour fêter
l'anniversaire de Caroline. MERCREDI. TV.
La Flûte enchantée (Trollflöjten, Ingmar Berman,
Suède, 1975 avec Josef Köstlinger, Irma Urrila, Hakan Hagegard, Elisabeth
Eriksson, Birgit Nordin, Ulrik Cold; DVD Le cinéma du Monde, série
5). C'est ma première expérience d'opéra intégral,
même à la télévision. Je suis pourvu, il faut l'admettre,
d'une morphologie fessière plus adaptée aux bancs durs et froids
du stade de la Colombière qu'aux sièges moelleux de l'opéra.
Quoique, ça me revient, j'en ai tâté un jour lointain, à
Nancy, mais c'était pour un récital de Raymond Devos qui, bien qu'il
ait depuis multiplié les déclarations à l'emporte-pièce
propres à faire accroire qu'il est con comme un ténor, n'évoque
la diva que par sa forte rotondité. Bergman a choisi de montrer une
Flûte représentée sur la scène d'un petit théâtre,
d'insérer des plans de coupe montrant les visages ravis des spectateurs
(au rang desquels il figure). Les airs sont chantés en suédois,
les interprètes sont très jeunes (Papageno est irrésistible)
et l'ensemble échappe la plupart du temps à la lourdeur que l'on
peut redouter dans ce genre de spectacle. Pour une première expérience,
ce n'est pas totalement décourageant. N'empêche, samedi, je vais
au foot. JEUDI. Vie professionnelle.
Premier effet, non souhaité, de mon inexistence : le collègue
qui consent à me convoyer le jeudi se carapate sans m'attendre.
TV. The Shield (série américaine
de Shawn Ryan, avec Michael Chiklis, Glenn Close, Catherine Dent, CCH Pounder,
Benito Martinez, Jay Karnes; saison 4, épisode 9; diffusé le soir
même sur Canal +). VENDREDI. TV.
Bab el Web (Merzak Allouache, France/Algérie, 2004 avec Samy Naceri,
Faudel, Julie gayet; diffusé sur Canal + en avril 2006). Bouzid a invité
sans y croire une Française rencontrée sur internet. Surprise :
la voilà qui débarque. Après le succès remporté
par Chouchou, un film extrêmement roublard, il est surprenant de
voir Allouache revenir à la modestie et à la simplicité,
en renversant la situation de départ de l'un de ses films précédents,
Salut cousin (dans lequel c'était un Algérien qui découvrait
Paris). L'idée est de donner une image de la jeunesse d'Alger telle qu'elle
peut être perçue pas une Française non initiée. C'est
gentil, parfois naïf, et ça ne mène pas bien loin à
cause d'un scénario qui manque singulièrement de moelle et d'interprètes
sympathiques mais transparents. SAMEDI. Lecture.
Derniers sacrifices (Last Rites, John Harvey, 1998; Editions Payot
& Rivages, 2004 pour la traduction française, coll. Rivages/Noir n°
527; traduit de l'anglais par Jean-Paul Gratias; 416 p., 9 €). Un
détenu profite d'une permission de sortie pour s'enfuir et rejoindre sa
soeur à Nottingham, la ville où l'inspecteur Resnick doit faire
face à une véritable guerre des gangs. John Harvey fait ici
ses adieux à l'inspecteur Resnick, qui l'a mené au sommet du polar
anglais. Il a depuis entamé une autre série avec un nouveau héros,
avec un nouveau ton aussi, plus violent, plus tranchant. A la lecture de ce dernier
volet, on se dit qu'il était temps : on sent que l'auteur ne croit
plus à son personnage, qui semble une baudruche dégonflée.
Les traits qui le caractérisaient - une vie solitaire, les racines polonaises,
les amours impossibles, l'amitié des chats, le goût du jazz - ne
sont plus ici que des tics sans intérêt. L'intrigue est plate, sans
nerf, et laisse à penser qu'il s'agit d'un dernier volume dû par
contrat à une maison d'édition et vécu par l'auteur comme
une corvée accomplie sans aucune conviction.
Football. SA Epinal - Racing Strasbourg B : 0 - 0. Score de saison,
en forme d'oeufs de Pâques. TV.
Les Soprano (série américaine de David Chase, 1999, avec
James Gandolfini, Edie Falco, Lorraine Bracco; saison 1, épisodes 12 &
13, diffusés le soir même sur France 4). Bon dimanche. Notules
dominicales de culture domestique n°256 - 23 avril 2006 DIMANCHE.
Vie horticole. Il est plus que temps de semer
quelque chose dans le jardin. Pour aujourd'hui, ce sera des oeufs. Vie
familiale. Première incursion à Saint-Jean-du-Marché.
J'en profite pour aller étudier le monument aux morts voisin de Biffontaine.
TV. La Cage aux souris (Jean Gourguet,
France, 1954 avec Raymond Bussières, Dany Carrel; diffusé sur CinéClassics
en avril 2006). Pendant l'Occupation, trois résistants s'évadent
de la prison de Moulins et trouvent refuge dans un pensionnat de jeunes filles.
Un film oublié à la gloire de la Résistance anonyme qui met
en vedette un Raymond Bussières plus habitué à l'époque
aux gaudrioles du genre Le Costaud des Batignolles ou Mon curé
chez les riches. Deux des jeunes filles qui interprètent les pensionnaires
sauront se faire remarquer : Dany Carrel (qui n'est pas dépaysée
puisqu'elle sort du Dortoir des grandes) et Dora Doll. LUNDI.
Vie horticole. Je sors sain et sauf de ma première
utilisation d'un taille-haie. Prudent, j'avais choisi un jour où la pharmacie
était de garde pour étrenner cet instrument. TV.
Je préfère qu'on reste amis (Eric Toledano & Olivier
Nakache, France, 2005 avec Gérard Depardieu, Jean-Paul Rouve; diffusé
sur Canal + en mars 2006). Un incorrigible dragueur prend sous son aile un
timide en mal de conquêtes féminines et tente de l'initier à
son art. Les réalisateurs, deux nouveaux venus, se tirent plutôt
bien de ce sujet qui n'a, au départ, pas grand-chose d'enthousiasmant.
Jean-Paul Rouve, après un parcours riche en seconds rôles - une dizaine
d'apparitions par an environ - se tire bien de sa première mise en vedette,
aidé en cela par Depardieu, qui, c'est le privilège des grands acteurs,
bonifie ceux qui l'entourent. C'est tout de même le personnage de Depardieu
qui est le plus riche et le plus intéressant : il joue un spécialiste
de la drague dans les mariages où il se faufile sans être invité
avec un appareil à raclette en guise de cadeau, toujours le même
car il n'oublie jamais de le récupérer en partant. Son côté
hâbleur cache une fêlure qui ne tarde pas à apparaître
et qui le met sur le même plan que son timide partenaire. Le scénario
est soigné, les longueurs assez rares et les auteurs réussissent
à donner une fin à leur histoire sans tomber dans le happy end
convenu, ce qui est également peu commun dans ce genre de comédie.
Lecture. La réalité dépasse
la fiction (Albert Aycard & Jacqueline Franck, Gallimard, 1955, coll.
L'air du temps; 304 p., 850 F). Les auteurs ont recueilli dans ce volume,
sous-titré "L'humour en liberté", tout ce qu'ils pouvaient
trouver d'insolite et d'amusant dans la presse : perles, coquilles, collisions
d'articles et de titres, faire-part, petites annonces, encarts publicitaires,
panneaux indicateurs fantaisistes, circulaires administratives absurdes, faits
divers pleins d'humour noir, bref ce que l'on peut encore aujourd'hui trouver
dans Le Canard enchaîné dans les rubriques "Rue des petites
perles", "Les apparentements terribles", "A travers la presse
déchaînée" et "Comme son nom l'indique". Car
on trouve aussi des aptonymes, même si le terme même reste à
inventer - Alain Zalmanski en a repris certains dans son article paru dans le
numéro 10 des Carnets trimestriels du Collège de 'Pataphysique.
Plusieurs cahiers photographiques viennent agrémenter le volume et apporter
la touche d'authenticité nécessaire à ceux qui doutent. La
promenade est un peu longuette mais permet de revisiter avec plaisir la presse
des années 1950, riche en titres presque improbables. Le livre dut connaître
un beau succès puisqu'il fut presque immédiatement suivi de La
réalité dépasse la fiction Bis et de deux ou trois autres
tomes. Quelques extraits pour le plaisir : "M. Coty, de son côté,
se prépare à faire apporter à l'Elysée quelques objets
et des peintures. Car le nouveau président - comme d'ailleurs Mme Auriol
- est un grand amateur de tableaux. Il est né dans une ville qui a donné
naissance à des peintres qui portent des noms illustres. Dufy, Braque,
Orthon, Friez, sont nés au Havre. M. Coty est également un grand
amateur de boudin." (Echo du Maroc) "Oui, Simone a tué son
mari mais elle a agi seule affirme ce dernier (cafetier dans l'Oise)" (L'Aurore,
21.3.53) "Le temps sera doux et ensoleillé, mais brumeux et assez
froid." (Dernières Nouvelles d'Alsace, 19.1.54) "De la carrière
au cimetière sans intermédiaire" (publicité des établissements
funéraires Perrin & Cie, Saint-Amé, Vosges) Et bien sûr
"Le mystère de la femme coupée en morceaux reste entier."
(Le Républicain lorrain, 15.8.54) Merci à AZ d'avoir signalé
l'existence de cette collection sur la [listeoulipo]. TV.
Six Feet Under (série américaine d'Alan Ball avec Michael
C. Hall, Peter Krause, Lauren Ambrose, Frances Conroy, Rachel Griffiths; saison
5, épisode 11, diffusé dimanche sur Canal Jimmy). MERCREDI.
Emplettes. J'achète des mots croisés
de Michel Laclos, un recueil de l'Oulipo, Apollinaire en Pléiade, des choses
à semer et à repiquer, inscris Alice à la grande école
et visite au pas de course une exposition de photos au Conseil général.
Courrier. Une carte postale de Grèce.
Vie horticole. Je plante mes oignons.
Le voisin de gauche rapplique illico : il a beau être octogénaire
et dur de la feuille, le plus léger coup de bêche le conduit au bord
du grillage. Comme à chaque printemps, il me prend pour un nouvel arrivant
et me raconte comment il a perdu son oeil "à cause des Allemands".
A peine a-t-il tourné les sabots que c'est le voisin de droite qui s'annonce.
Son jardin est en friches, sale, abandonné, alors qu'il est toujours le
premier à sauter sur sa bêche quand les beaux jours arrivent. S'il
avait été le premier homme sur la lune, il n'y aurait pas planté
un drapeau mais des rames de haricots. Je l'interroge, il m'explique : les nouveaux
propriétaires de sa maison ont décidé de vendre le terrain
attenant, il garde le logement mais ne peut plus jouir du jardin. Il me regarde
oeuvrer avec le regard humide d'un chien privé de sucre. Football.
SA Epinal - Beauvais 0 - 5. Je ne désepère pas de voir la première
victoire à domicile du SAS de l'année 2006. Nous ne sommes plus
qu'une petite centaine dans ce cas. JEUDI. Lecture
scolaire. Un sac de billes (Joseph Joffo, Lattès, 1973;
rééd. Le Livre de poche n° 5641; 256 p., s.p.m.). On
a beau avoir des doutes sur son authenticité, on relit toujours avec plaisir
cette odyssée enfantine dans les tourments de l'Occupation. Vie
culturelle. J'assiste, plus que je participe, à une soirée
débat sur le journalisme dans une M.J.C. de la ville. Un cadre nouveau
pour moi, qui fréquente rarement les M.J.C. La discussion, qui bénéficie
de la présence de trois journalistes plus ou moins locaux, est assez riche
mais je m'intéresse aussi au public, tout aussi passionnant à observer
que les têtes chenues de la Société d'Emulation des Vosges
découvertes l'autre jour à l'occasion de la conférence Gilbert.
Dans une M.J.C., apparemment, tout le monde se connaît, on s'appelle par
son petit nom. D'ailleurs je connais à peu près tout le monde, même
si personne ne me connaît, ce qui est ma situation favorite. Il y a là
des gens qui ont l'habitude de prendre la parole, certains sont à la tête
d'institutions reconnues (CGT, Attac, Sgen-CFDT...) qui ont souvent affaire à
la presse. Je suis surpris et un peu admiratif des opinions claires qu'ils n'hésitent
pas à avancer, des certitudes qu'ils ont. J'ai, pour ma part, peu de certitudes,
j'avance rarement des opinions claires, ce qui me rend inapte à toute conversation.
C'est d'ailleurs pour ça que je lis beaucoup de journaux, pour trouver
une position qui me convient momentanément, parce que je peux accorder
du crédit à une chose aussi bien qu'à son contraire pourvu
que l'une ou l'autre soit bien argumentée. Cadre nouveau pour moi, disais-je,
tellement nouveau que, la sortie s'effectuant par une autre issue que l'entrée,
je mets un temps fou à retrouver mon auto et mon chemin dans ce quartier
inconnu. VENDREDI. Cinéma.
Enfermés dehors (Albert Dupontel, France, 2005 avec Albert
Dupontel, Claude Perron, Nicolas Marié, Hélène Vincent, Yolande
Moreau, Philippe Duquesne, Bruno Lochet, Terry Jones, Terry Gilliam). Un SDF
trouve un uniforme de policier et, vêtu de cette dépouille, aide
une jeune femme à récupérer son bébé confisqué
par des beaux-parents indignes. Lorsque Jean-Pierre Mocky aura fini de faire
des films, Albert Dupontel pourrait très bien prendre la relève.
C'est ce qui saute aux yeux à la vue de ce film foutraque où l'on
retrouve l'esprit désinvolte et anarchisant de l'aîné, mis
en scène avec plus de moyens pas toujours bien utilisés. Dupontel
se veut ici le défenseur du pauvre et de l'opprimé, il se rêve
aussi en héritier des grands burlesques, certaines scènes se référant
ouvertement à Harold Lloyd et à Buster Keaton. Le résultat
n'est pas vraiment à la hauteur de ses ambitions, c'est très inégal,
parfois brillant, parfois bâclé et lassant. Comme du Mocky.
SAMEDI. Courrier. L'Invent'Hair
s'enrichit d'un Tif Tac (Flavigny-sur-Moselle), d'un Graffiti'f (Le Teil), d'un
Créa-tif (Le Teil) et d'un Créa'tif (Saint-Ambroix). Comme le remarque
MGM, "l'humour merlan est un peu répéti-tif".
Vie horticole. Je repique mes premières
salades. Le voisin de gauche me raconte comment il a perdu son oeil à cause
des Allemands. Vie sociale. Croûte
amicale à Blainville-sur-l'Eau, chez les H qui doivent être les seuls
Meurthe-et-Mosellans à ne pas regarder Nancy - Nice à la télévision.
Bon dimanche. Notules
dominicales de culture domestique n°257 - 14 mai 2006 DIMANCHE
1. Presse. La Liberté de
l'Est du jour rend compte de l'assemblée générale d'une
association de quartier. Extrait : "Michel Heinrich [le maire d'Epinal] répondait
ainsi par anticipation aux diverses questions qui allaient être posées
par le public : la plupart des dégradations ou dysfonctionnements signalés
seront soit résolus par le PRU, soit étudiés par les services
concernés (municipalité ou Office public de l'habitat - OPH). R.
l'interrompt à plusieurs reprises. Il souhaite poser sa question. L'homme,
visiblement alcoolisé, fait rire une partie de la salle, en agace une autre,
irrite les orateurs. Viennent alors les traditionnels bilans financiers, suivis
des questions du public. R. va pouvoir poser sa question. Promis, il n'en posera
qu'une seule. Qui suffit à glacer l'auditoire. "La municipalité
m'avait promis un emploi de cantonnier en 1987, après on m'a dit que je
n'avais pas le profil. Si j'avais eu ce boulot, j'aurais cotisé déjà
20 ans pour ma retraite. J'ai 37 ans, je suis Rmiste avec une gamine de 4 ans,
je n'ai plus le courant chez moi depuis deux ans. C'est vrai que je touche à
l'alcool, parfois au shit, mais comment je fais pour vivre avec 439 €
par mois ? Pourquoi, nous on est des décalés ?" Touchant, R.
ne fait plus rire personne, rappelant par son témoignage la triste réalité
de ceux qui sont déjà bien au-delà de l'exclusion. Hélas,
les possibilités sont restreintes, Michel Heinrich expliquant dans un aveu
d'impuissance que "la Ville ne peut pas assurer des emplois à tout
le monde [...] Un constat sincère et réaliste au goût amer
après l'évocation dans la journée des chantiers de cohésion
sociale et de l'égalité des chances par le ministre Azouz Begag
[en visite à Epinal]. Forcément, après cela, la litanie des
doléances en matière d'éclairage de telle rue, de reboucher
un trou à tel numéro ou de nettoyer les déjections canines
à tel endroit, peinait à réellement captiver le public abasourdi.
Entre temps, R. avait quitté la salle, à la demande de son frère,
sans vraiment avoir obtenu de réponse. Et dans la salle, une seule question
restait en tête. Combien existe-t-il de R. qui vivent dans une telle situation
de détresse ?" L'article est signé Julien Damien, je ne le
connais pas, je crois même que c'est la première fois que je vois
sa signature mais je tenais à le nommer et à le citer longuement.
Son article me touche, un peu parce que je connais R. et sa galère, beaucoup
parce qu'il a le mérite de replacer certaines choses dans une juste perspective.
On a bien souvent, et je ne m'en prive pas, l'occasion de brocarder la presse
locale. Julien Damien lui fait honneur en transformant un exercice banal, obligé,
en témoignage empreint d'une chose simple et rare dans ce contexte particulier,
l' humanité. Courriel. Une
demande d'abonnement aux notules. TV.
The Shield (série américaine de Shawn Ryan, avec Michael
Chiklis, Glenn Close, Catherine Dent, CCH Pounder, Benito Martinez, Jay Karnes;
saison 4, épisode 10; diffusé jeudi dernier sur Canal +). Tiens,
un épisode devant lequel on ne s'endort pas, peut-être le premier
de la saison. Il faut dire que ça chauffe sévèrement pour
Vick Mackey. Après la dissolution de la "strike team", chacun
de ses membres a fait cavalier seul et a mis en danger la carrière des
autres. L'équipe est ici ressoudée, ce qui permet d'envisager avec
confiance les deux épisodes qui restent. LUNDI 1. TV.
Six Feet Under (série américaine d'Alan Ball avec Michael
C. Hall, Peter Krause, Lauren Ambrose, Frances Conroy, Rachel Griffiths; saison
5, épisode 12, diffusé dimanche sur Canal Jimmy). Fin. On ne
verra plus les Fisher apprêter les cadavres dans le sous-sol de leur maison
californienne pour les cérémonies funèbres. Fin d'une série
qui aura été d'abord enthousiasmante, puis souvent irritante mais
dont on n'aura jamais pu se détacher. Heureusement d'ailleurs car les derniers
épisodes étaient pleins d'une tension tragique propre à faire
oublier les réticences passées. Avec ses défauts, Six
Feet Under restera une série unique en son genre, un cocktail particulièrement
réussi d'Eros et de Thanatos. Ce qu'on y a appris, c'est que le voisinage
de la mort, ici par le biais d'une pratique professionnelle, ne permet pas de
l'apprivoiser, de la maîtriser, d'en évacuer la peur. Ce qu'on a
appris ou ce dont on a eu plutôt la confirmation, ici, chez nous, au-dessus
de la pharmacie. Bien sûr, ce n'est pas une position de première
ligne, Caroline n'est ni pompière ni infirmière, mais ce qu'elle
me raconte en remontant le soir suffit à créer une présence
: les clients chez qui on lit la progression du mal sur les ordonnances et sur
les corps, ceux qu'on finit par ne plus voir et dont on demande des nouvelles
aux proches désormais chargés de leur approvisionnement, les avis
de décès sur le journal local, les médicaments devenus inutiles
que les enfants rapportent un beau matin. Il y a la mortalité familiale
et amicale qui s'accélère logiquement avec le temps, il y a les
collègues, plus nombreux qu'on pourrait le croire, avec lesquels j'ai travaillé
et qui ne jouissent pas, quand ils l'ont atteinte, de la retraite paisible à
laquelle j'aspire. Toutes ces données mises bout à bout m'ont donné
conscience de mon absence d'immortalité. Plutôt tard, il y a un an,
deux ans peut-être, en réalisant que je ne viendrais jamais à
bout de ma bibliothèque. Enfin, non, n'exagérons pas, ce n'est pas
ma condition de mortel qui a jailli à ma conscience mais les conséquences
qu'elle devait immédiatement avoir sur mon quotidien. C'est très
tard, si je me réfère à l'exemple de Pierre Bergounioux :
"C'est à Limoges [à l'âge de dix-sept ans] que j'ai découvert
l'urgente nécessité de m'amender en totalité et que ce qu'il
me restait à vivre ne serait pas de trop, même s'il suffisait."
Ce retard a commandé l'urgence dans la réorganisation de ma vie.
Non pas dans une réorganisation prophylactique car je crois que les précautions
prises (alcool interdit, pas de sport, absence de risques professionnels majeurs
pour ce qui me concerne) et les risques courus (tabagie, conduite automobile quotidienne,
automédication anarchique à base de produits périmés
ou invendables) aboutissent à un équilibre et sont de toute façon
de peu de poids face à l'inéluctable et au manque de bol, mais dans
la mise en place d'une nouvelle hiérarchie, de nouveaux comportements qui
continuent à se radicaliser quotidiennement. Il ne s'agit plus désormais
de ne pas perdre du temps mais d'en gagner, il ne s'agit plus de rester indifférent
vis à vis des fâcheux mais de les bouter, sèchement s'il le
faut, hors de mon chemin, même si je dois pour cela forcer ma nature, il
ne s'agit plus de ne rien dire mais de dire non, de couper aux discussions stériles,
de fuir les aspects oiseux du métier par exemple (la somme de temps inerte
qu'on peut transformer en temps utile dans une journée au collège
est impressionnante). Il reste du chemin à accomplir, trouver la force
de refermer un livre inutile, de quitter un film sans valeur, d'abandonner les
chantiers littéraires qui ne mènent nulle part mais on y arrivera.
MARDI 1. Invent'Hair. MGM,
décidément intarissable, envoie des clichés de tout ce que
Carcassonne compte comme sites intéressants, capillairement parlant.
TV. Les Soprano (série américaine
de David Chase, 1999, avec James Gandolfini, Edie Falco, Lorraine Bracco; saison
2, épisodes 1 & 2 diffusés samedi sur France 4). Comme
on est en version française doublée, on apprécie particulièrement
les passages muets. Dans le genre, l'ouverture de la deuxième saison, sur
It Was a Very Good Year (in extenso) de Sinatra, est magistrale.
Courriel. Une demande d'abonnement
aux notules. MERCREDI 1. Emplettes.
Je fais mes commissions pour les vacances : l'intégrale Gogol, un polar
américain, Fred Vargas, David McNeil et le journal de Pierre Bergounioux.
TV. Le Gendarme de Saint-Tropez
(Jean Girault, France, 1964 avec Louis de Funès, Michel Galabru, Jean Lefebvre,
Geneviève Grad; DVD TF1 Vidéo). Une révision obligatoire
avant de partir pour la Côte d'Azur au même titre que l'écoute
intensive, cette semaine, de Paris plage d'Hawaii, guitares hawaïennes 1930,
un CD reçu récemment. Cela dit, je trouve ça aussi drôle
que Les Vacances de M. Hulot et ça m'a permis de redécouvrir
le prélude en noir et blanc que j'avais totalement oublié.
JEUDI 1. Courrier. J'envoie des coupures
à Y et à CD, une lettre à l'Association Georges Perec en
vue du prochain Bulletin sur lequel je dois travailler à mon retour.
VENDREDI 1. Transhumance. Nous
décollons en début d'après-midi, après ma sieste tout
de même. Pour une fois, nous ne ferons pas le trajet jusqu'à Mandelieu
d'une traite, une halte est prévue chez H où nous arrivons en soirée.
Nous découvrons sa maison, qui domine Mondragon. Les J et les P nous
ont précédés, transformant le lieu en camp de notuliens en
transit. Nous barbecroûtons sur la terrasse, balayée par le mistral
mais on est en vacances ou on n'y est pas. On se couche fort tard, transis mais
heureux et rigolards. SAMEDI 1. Vie
vacancière. Je pars explorer Mondragon en solitaire. Les salons
de coiffure ne valent pas tripette, à peine pourrait-on noter une dame
Roquet, orthophoniste. Le PMU local est sordide, on y débat déjà
bruyamment, malgré l'heure matinale, du match OM - PSG du soir. C'est avec
beaucoup d'appréhension que j'ai consenti à cette halte en Provence,
malgré le plaisir de revoir H. D'habitude, nous traversons cette région
le plus vite possible, et de nuit de préférence. J'ai sillonné
à vélo toutes les départementales du Vaucluse au cours des
vacances familiales de mon adolescence, j'y ai vécu des étés
d'un bonheur absolu, sans tache, et je me suis promis de n'y jamais remettre les
pieds pour garder cette image intacte. Sage décision, car je n'y trouve
aujourd'hui que du factice, l'architecture, l'accent, la toponymie, les rues Frédéric-Mistral
et les Espaces Georges-Brassens obligatoires me sortent par les yeux et les oreilles.
Peut-être cette fausseté était-elle présente il y a
vingt ans, peut-être étais-je trop naïf pour la ressentir. Plus
sûrement, c'est l'aigreur qui m'est venue avec l'âge. Nous arrivons
à Mandelieu en début d'après-midi. La température
extérieure autorise une première incursion au bord de la piscine.
La température de l'eau m'autorise à me féliciter d'avoir
oublié mon maillot de bain à Epinal. TV.
Je jette un oeil sur la finale de la Coupe de France en regrettant les deux équipes
éliminées en demi-finales. Un Rennes - Nantes aurait eu une autre
gueule et suscité une rivalité peut-être moins détestable.
De toute façon, sur le plan intensité, ça ne vaut pas un
bon vieux SAS - Schiltigheim. DIMANCHE 2. Vie
vacancière. Je retrouve le PMU de Mandelieu où j'ai brillé
au printemps dernier. J'y ouvre L'Equipe en tremblant. Le SAS n'a fait
que match nul (1-1) face à Compiègne. Le maintien n'est pas assuré,
loin de là. A part ça, je me replonge avec un plaisir qui me surprend
dans cet univers azuréen qui est aux antipodes de ce que je recherche en
temps ordinaire : la bêtise tiède qui s'écoule des programmes
de RMC (on entend, toute la matinée un certain Jean-Jacques Bourdin qui
dialogue avec ses auditeurs avec un poujadisme forcené), les vieillardes
hâlées halées par des chiens de race pour qui tout être
de moins de soixante-dix ans est un délinquant juvénile en puissance,
les gommeux en décapotable qui descendent des gated communities
cachées dans les collines, les nouvelles grilles, barrières et serrures
qu'on a ajoutées, comme chaque année, autour de la résidence
où se trouve l'appartement du généreux parrain. Pourtant,
je me sens bien, je me sens mieux au milieu des moutons de la Haute-Vienne mais
je me sens bien. Lecture. Le jardin
des pendus (The Hanging Garden, Ian Rankin, Orion Books, 1997; Editions
du Rocher, 2003 pour la traduction française, rééd. Gallimard,
coll. Folio policier n° 346, traduit de l'anglais par Edith Ochs; 528 p.,
s.p.m.). On compte déjà une bonne demi-douzaine d'enquêtes
de l'inspecteur Rebus traduites en français et qui ont fait de Rankin le
représentant le plus en vue du polar écossais. J'avais déjà
lu de lui L'ombre du tueur et avais déjà noté sa propension
à laisser son héros se démener au milieu d'une multitudes
d'intrigues pas toujours aisées à suivre pour le lecteur. On retrouve
ce travers dans ce Jardin des pendus où la police d'Edimbourg se
trouve confrontée à une guerre des gangs, à un trafic de
prostituées venues d'Europe de l'Est, à une invasion de yakusas
et à la réapparition d'un ancien nazi responsable d'un massacre
calqué sur celui d'Oradour. Comme si ça ne suffisait pas, Rebus
doit également veiller sur sa fille renversée par un chauffard et
tombée dans le coma. Ça fait beaucoup pour un seul homme et pour
le lecteur, un peu perdu dans ce catalogue des avanies, plus en tout cas que quand
il arrive à Ed McBain de multiplier les intrigues dans une enquête
du 87e. Rebus mène son enquête comme ses compatriotes jouent au football,
le nez au ras du gazon, avec une opiniâtreté qui compense le manque
de finesse et qui laisse le lecteur groggy, pas vraiment impatient de jouer le
match retour. Curiosité 1. On note la présence d'une famille
Petrec, originaire de Sarajevo. Curiosité 2. L'inspecteur Rebus aime
le rock des années 70 (The Hanging Garden est un titre de The
Cure) et Ian Rankin parsème son récit de titres et de citations
de chansons de l'époque. La traductrice n'a pas sa connaissance musicale,
comme on peut le lire p. 278 où il est question d'une "vieille chanson
sur la statu quo : Paper plane." Apparemment, le groupe Status
Quo n'a pas vraiment marqué les mémoires. Autre défaillance
de traduction, p. 96 ou le terme "derechef" est pris au sens d'immédiatement
(un sens que je lui ai moi-même longtemps attribué). LUNDI
2. Lecture. La théorie des
nuages (Stéphane Audeguy, Gallimard, nrf, 2005; 302 p, 19,90 € ;
sélectionné pour le Prix René-Fallet 2006). Correspondance.
Je trouve ceci à la date du 23 avril 1982 dans le Journal
de Bergounioux qui enchante mes soirées depuis notre arrivée
: "Je me découvre quitte des emportements, des fureurs dont je n'ai
pas souvenir de n'avoir pas été tourmenté. Cette absence
d'inquiétude m'inquiète un peu." Je replonge dans les anciennes
notules pour y retrouver celle-ci, dans le numéro du 11 août 2002
: "Je me trouve étrangement détendu, ce qui m'inquiète
un moment (paradoxe que je retrouve dans La montagne magique où
Hans Castorp "s'habitue à ne pas s'habituer" à la vie
à Davos) mais les choses ne tarderont pas à rentrer dans la norme."
MARDI 2. Presse. "Le 1er
mai mon voisin y va vendre du muguet à la sauvette ! C'est le seul jour
où y travaille un brin ! Le reste de l'année, il est chômeur
converti ! Il attend ce jour-là pour se faire la fête du travail...
au noir ! Lui, on peut dire que le travail... c'est pas son métier !!"
C'est tiré de "La semaine de Mado la Niçoise", sans doute
une humoriste, dans Nice-Matin. C'est quelque chose, l'humour, à Nice-Matin...
Lecture. A ma soeur du bout du monde
(Fanny Carel, Mercure de France, 2005; 174 p., 15 € ; sélectionné
pour le Prix René-Fallet 2006). Lecture
scolaire. L'étrange cas du docteur Jekyll et de M. Hyde
(The Strange Case of Doctor Jekyll and Mr Hyde, Robert Louis Stevenson,
Longman, Green & Co., 1886; Texte traduit, présenté et annoté
par Charles Ballarin, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade n°
474, Oeuvres I, 1252 p., 375 F, édition publiée sous la direction
de Charles Ballarin). Cette histoire fait partie de celles qu'on pense connaître
par coeur sans les avoir jamais lues, élevées au rang de mythes
par les succédanés et les adaptations cinématographiques.
La lecture en est souvent riche en surprises. Surprise, ici, de découvrir
un texte plutôt court, une soixantaine de pages dans cette édition,
une nouvelle un peu gonflée en somme. Surprise de voir le personnage principal,
malgré son caractère double, très rarement en action. Le
morceau de bravoure, la métamorphose Jekyll-Hyde n'apparaît jamais
sous la plume de Stevenson, les exactions de Hyde que l'on imagine innombrables
se limitent à une agression et à un meurtre que l'on ne découvre
qu'après coup... A la différence de ses épigones, Stevenson
ne s'intéresse pas du tout au côté spectaculaire de son histoire
mais à ses implications philosophiques, à la place du mal dans la
société victorienne, au rôle de la science et, en ce qui concerne
son art, aux possibilités offertes par la narration à plusieurs
voix. MERCREDI 2. Lecture.
La verticale de la lune (Fabienne Juhel, Zulma, 2005; 144 p., 12,50 € ;
sélectionné pour le Prix René-Fallet 2006). Correspondance.
"Nous repartons. J'ai trouvé tellement de livres que je
les ai entassés dans des sacs-poubelles. Nous passons par Feignies, Bavay."
C'est vrai, j'allais oublier. Au moment où je lis ces lignes de Bergounioux,
le SAS joue un match en retard à Feignies. Dans la nuit, je rêve
une défaite 3 - 2 et me réveille inquiet. JEUDI 2.
Football. La lecture de L'Equipe me rassure
: match nul 2 - 2. Vie aquatique.
Nous quittons notre cantonnement pour sacrifier, une fois n'est pas coutume, aux
loisirs de masse et embarquer les filles au Marineland d'Antibes. Il y a du monde,
c'est vrai, mais on circule aisément (on imagine ce que ça doit
donner en été quand on passe en coup de vent devant des panneaux
indiquant "Ici 45 minutes d'attente") et on s'offre tout consciencieusement
(il est vrai que les tarifs pratiqués n'incitent guère au dilettantisme)
: tunnel des requins, raies, otaries, aquariums tropicaux, dauphins en fête
et, clou de la journée, spectacle des orques dans l'équivalent d'un
beau stade de foot. Les orques m'intriguent parce qu'ils n'existaient pas dans
mes jeunes années où Skippy le kangourou et Flipper le dauphin suffisaient
amplement à satisfaire l'intérêt juvénile pour la zoologie
exotique. Je ne suis pas loin de penser que l'orque n'est rien d'autre qu'une
invention d'Hollywood ou d'un marchand de salles de bains destinée à
concurrencer le dauphin sur ses terres, enfin, dans ses eaux. VENDREDI
2. Lecture/écriture. Les
mots croisés du Nouvel Observateur (Robert Scipion, Librairie Générale
Française, Le Livre de poche n° 3159, 1971; 100 grilles, 152 p., s.p.m.).
Deux ans de vacances et de weekends parisiens pour venir à bout, en lorgnant
fréquemment sur les solutions, de ce recueil. Scipion est souvent trop
costaud pour moi, arriver à remplir une grille sans aide est un véritable
exploit. Le fait de buter contre des définitions dont on n'avait pas saisi
la subtilité est inexcusable mais il y a aussi, trop souvent, des énigmes
qui restent entières même après avoir vu la solution.
Définition pour Epinal (grille 98) : "L'image qu'on peut en rapporter
n'est pas nécessairement inoubliable". Lecture.
L'intérieur de la nuit (Léonora Miano, Plon, 2005; 210 p., 17 € ;
sélectionné pour le Prix René-Fallet 2006). SAMEDI
2. Vie olfactive. Le beau temps s'est
enfui mais ce qu'il en reste autorise une sortie à Grasse où nous
arpentons des rues d'allure presque napolitaine - pour ce que j'en sais, je n'ai
jamais vu Naples et mourrai avant de le faire. Pas de salon intéressant
(nul n'a osé le Cheveux Grass' que j'avais rêvé), mais
quelques belles enseignes peintes et un comptoir vinicole clos que je mets en
boîte. Lecture. Pissenlits
et petits oignons (Thomas Paris, Buchet-Chastel, 2005; 176 p., 10 € ;
sélectionné pour le Prix René-Fallet 2006). Je boucle
à l'heure mon travail de lecteur-juré, travail nécessitant
une disponibilité qui justifierait à elle seule notre présence
ici. Cinq premiers romans, une vraie réussite (mon vote), un livre au ton
intéressant pour une chose pas vraiment aboutie et trois produits qui poussent
à s'interroger sur le rôle des comités de lecture chez certains
éditeurs. DIMANCHE 3. Vie vacancière
(fin). Je fête mon anniversaire sur le trajet du retour. On m'a
dit que j'étais né à 10 heures du matin. Ce doit être
ma seule grasse matinée. LUNDI 3. Vie
spinalienne (reprise). Une journée de remise à niveau
dans la vie domestique, dans la presse (les avis de décès en tête,
la maman du marchand de télé qui n'avait jamais vendu de télé,
vite un petit mot à porter de l'autre côté de la rue, un ancien
condisciple qui n'est jamais revenu de son footing dominical), le courrier, le
courriel, le jardin... On nous fait part d'un mariage à venir, on nous
écrit de Bretagne, de Syrie, de Rome et de la Costa Brava où MGM
traque le merlan dans les eaux territoriales espagnoles. Le n° 25 d'Histoires
littéraires est arrivé, ce qui permet à Y de mettre en
ligne les textes que j'ai écrits dans le n° 24 : deux comptes rendus
(Cher papa d'Ariane Chemin et la première livraison de la revue
Fario où je m'aperçois que je parle déjà de
Bergounioux, que je ne connaissais pas encore) et ma chronique de l'actualité
littéraire. Tout est désormais disponible ici : http://pdidion.free.fr/chroniques/chroniques_2005.htm
Dans la boîte électronique, des photos de salons, une demande d'abonnement
aux notules et des nouvelles perecquiennes. J'écris à la [listeperec]
pour donner ma date de bouclage du Bulletin. Les filles se sont détachées
de la télévision et jouent en harmonie comme elles l'ont fait toute
la semaine. TV. The Shield
(série américaine de Shawn Ryan, avec Michael Chiklis, Glenn Close,
Catherine Dent, CCH Pounder, Benito Martinez, Jay Karnes; saison 4, épisodes
10 et 11; diffusés ces deux derniers jeudis sur Canal +). MARDI
3. Courriel. Plusieurs messages de
notuliens inquiets de n'avoir pas reçu leur pitance dominicale depuis deux
semaines. C'est flatteur. Pourtant, la béance vacancière était
prévue et annoncée à la fin du dernier numéro envoyé.
Certains abonnés ne lisent donc pas les notules jusqu'au bout. C'est beaucoup
moins flatteur. TV. Les Soprano
(série américaine de David Chase, 1999, avec James Gandolfini, Edie
Falco, Lorraine Bracco; saison 2, épisodes 5 & 6, diffusés le
soir même sur France 4). On a raté les épisodes 3 &
4. Pourtant, ils étaient bel et bien enregistrés sur le DVD, je
n'étais d'ailleurs pas peu fier de la réussite de ma double programmation
pendant notre absence. Las, dans l'euphorie de la victoire, j'en ai effacé
la moitié à la suite d'une fausse manoeuvre. MERCREDI
3. Emplettes. Je renouvelle ma carte
SNCF, fais changer une pile de montre, achète mes plants de patates et
Jules Vallès. Scripta volent.
J'ai égaré la feuille sur laquelle je note les livres à acheter.
J'essaie de reconstituer la liste mais je suis loin d'y retrouver les quelque
soixante-dix titres qui y figuraient. Pareille mésaventure m'était
arrivée il y a quelques mois avec ma liste de disques à acquérir.
Ça fait un bien fou. Lecture. Histoires
littéraires n° 18 (revue trimestrielle consacrée à
la littérature française des XIX° et XX° siècles,
avril-mai-juin 2004, Histoires littéraires et Du Lérot éditeurs;
240 p., 20 €). Toutes les rubriques habituelles de la revue ont
disparu (à l'exception de "En société", "Livres
reçus" et "Courrier des lecteurs contents et mécontents")
pour laisser place à un volumineux dossier sur les suppléments littéraires
du Figaro, du Monde et de Libération. Une étude comparative très
fouillée qui fait le tour de la question sous tous ses aspects (on y traite
par exemple de la publicité et des illustrations qui émaillent les
pages de ces suppléments) sur un ton critique. On y voit le poids des attachés
de presse qui aboutit au traitement de la même nouveauté littéraire
par les trois quotidiens en même temps, le manque d'originalité qui
en découle, les marronniers, les travers (le "Grand Ecrivain étranger"
qu'on découvre tout à coup et qu'il faut lire séance tenante),
la manière de traiter d'un livre en trois lignes et deux phrases (spécialité
de Libération), le manque cruel de grands dossiers thématiques,
l'ennui qui suinte souvent de la lecture de ces pages... Parole est donnée
à la défense dans trois entretiens avec les responsables des suppléments,
Josyane Savigneau pour Le Monde des livres, Claire Devarrieux pour Libération
et Jean-Marie Rouart pour Le Figaro littéraire (à l'époque)
à qui l'on doit cette belle phrase : "Maurice Nadeau fait du Sainte-Beuve,
mais Sainte-Beuve ne s'intéressait qu'aux duchesses et lui qu'aux plombiers-zingueurs
cégétistes." JEUDI 3. Courrier.
Des nouvelles des notuliens CD et FB, qui envoie le DVD de son Paysage fer.
TV. The Shield (série américaine
de Shawn Ryan, avec Michael Chiklis, Glenn Close, Catherine Dent, CCH Pounder,
Benito Martinez, Jay Karnes; saison 4, épisodes 13; diffusé le soir
même sur Canal +). Fin de la saison et, apparemment, de la collaboration
de Glenn Close à la série. VENDREDI 3. Courrier.
J'envoie des coupures à Y, à Agir en Pays Jalignois et à
Agathe Fallet (copie de ma chronique sur les actes du colloque "René
Fallet, vingt ans après" parue dans Histoires littéraires).
Ecriture. Soirée de travail sur
le Bulletin de l'Association Georges Perec. Comme d'habitude, l'éditorial,
qui hante mes nuits précédant sa rédaction, est bouclé
en cinq minutes. SAMEDI 3. Football.
SAS - R.C. Lens (B) : 0 - 2. Plus que deux matches à jouer et quatre points
d'avance sur le premier relégable. Il y a plus de suspense qu'avec le F.C.
Metz. TV. Les Soprano (série
américaine de David Chase, 1999, avec James Gandolfini, Edie Falco, Lorraine
Bracco; saison 2, épisodes 7 & 8, diffusés le soir même
sur France 4). Bon dimanche. |