Notules dominicales
de culture domestique n°275 - 1er octobre 2006 DIMANCHE.
Lecture. L'étoile du diable
(Marekors, Jo Nesbo, 2003; Gallimard, coll. Série Noire, 2006 pour la traduction
française; traduit du norvégien par Alex Fouillet; 496 p., 21 €).
La police d'Oslo est à la recherche d'un tueur dont les victimes portent
les mêmes stigmates. Un tueur en série donc, comme d'habitude,
on ne voit pas pourquoi Oslo n'aurait pas le sien, après tout c'est aussi
une métropole. Heureusement, le récit de Jo Nesbo nous entraîne
beaucoup plus loin que l'habituelle traque interminable en y mêlant des
ingrédients moins convenus, dont une histoire de corruption policière
assez alambiquée. Le cheminement n'est d'ailleurs pas toujours très
clair mais le lecteur n'en souffre pas trop, attaché qu'il est aux basques
de Harry Hole, policier hors norme dont le combat contre l'alcool - et parfois
en sa compagnie - traverse tout le roman. On est ici dans la Série Noire
nouvelle mouture, gros volume, grand format, sans numérotation, un objet
agréable à prendre en main qui n'a qu'un seul défaut : la
minceur du papier qui laisse apparaître les caractères du verso en
transparence. En allant pêcher un auteur scandinave dans le vivier des éditions
Gaïa qui s'en sont fait une spécialité, la nouvelle mouture
de la collection entame de belle façon son nouveau catalogue. Extrait.
"Harry avait un besoin impérieux d'alcool dès son réveil
ce matin-là. Tout d'abord comme une demande instinctive de son corps, puis
comme une peur panique après s'être privé volontairement de
médicament en ne prenant ni flasque ni argent. Et ce besoin était
pour l'heure entré dans la phase où il était à la
fois douleur purement physique et terreur noire de se désintégrer.
L'ennemi ruait dans les brancards en dedans, les clebs aboyaient vers lui depuis
les profondeurs de son ventre, quelque part sous le coeur." Vie
familiale. Les premiers signes lacrymaux n'apparaissent chez Alice
qu'en fin de journée, une des dernières de la saison à Saint-Jean-du-Marché.
Jusque là, ce fut un bon week-end. TV.
Football. FC Nantes - Olympique de Marseille 2 - 1. Lorsqu'on veut enrichir
son vocabulaire à peu de frais, il est toujours intéressant de se
tourner vers la rubrique des sports. Le compte rendu du match Raon-l'Etape - Martigues
(1-1) qui paraît aujourd'hui dans La Liberté de l'Est dévoile
à mes yeux éblouis l'adjectif "buccorhôdanien" utilisé
à trois reprises pour qualifier les joueurs visiteurs. Le rédacteur
pensait sans doute que "Martégaux" ou "Provençaux"
faisait un peu commun. Il écrit même "bucchorhhôdaniens"
(dans les trois cas) ce qui donne au mot un petit côté "bacchanale
chez Nabuchodonosor" fort bien venu. LUNDI. Courriel.
Un mot de félicitations de Joël Martin, maître ès contrepèteries
au Canard enchaîné. Courrier.
Arrivée d'un volumineux paquet contenant le dernier tapuscrit
de FD. Vie familiale. Le retour de
l'institutrice originelle d'Alice semble avoir un effet apaisant sur celle-ci.
Ça ne durera pas, malheureusement. TV.
Football. FC Metz - Montpellier 2 - 1, en direct sur Eurosport. Ce soir, on
ne parle que de Héraultais. C'est fort banal. MARDI.
TV. Le bateau livre (émission
littéraire présentée par Frédéric Ferney, diffusée
dimanche sur France 5). Où l'on retrouve Erik Orsenna, habitué
du plateau. La dernière fois, il y a quelques mois à peine, c'était
pour un Voyage au pays du coton qui l'avait conduit jusque dans nos Vosges.
En effet, Erik Orsenna voyage beaucoup : quel que soit le coin de la planète
que vous habitez, vous pouvez très bien tomber sur lui à tout coin
de rue. Aujourd'hui, après le coton, il vient relater un périple
dans l'Antarctique effectué en compagnie d'une navigatrice en vue. On espère
que, pour l'occasion, il avait emporté sa petite laine. JEUDI.
Vie professionnelle. Jour de grève.
Une grève confidentielle, annoncée comme un échec dès
les premiers journaux radiodiffusés du matin. Tant pis, je ne résiste
pas à l'appel du rien foutre, même si je suis à peu près
le seul du collège à m'y conformer - une position qui est loin de
me déplaire. J'en profite pour bosser sérieusement à boucler
et envoyer ma chronique trimestrielle destinée à Histoires littéraires.
TV. Desperate Housewives (série
américaine de Mark Cherry, 2005, avec Teri Hatcher, Marcia Cross, Felicity
Huffman, Eva Longoria, Alfred Woodard, Nicolette Sheridan, James Denton; saison
2, épisodes 7 & 8, diffusés le soir même sur Canal +).
VENDREDI. Courriel. Une demande
d'abonnement aux notules. TV. Le
Parrain 2 (The Godfather : Part II, Francis Ford Coppola, E.-U, 1974
avec Al Pacino, Robert Duvall, Diane Keaton, Robert De Niro, Roger Corman; support
DVD/Paramount). C'est à la fois Le Parrain 2, qui montre Mike
Corleone prendre la suite de son père, et Le Parrain - 1 puisqu'on
y voit les débuts de celui-ci dans de fréquents flash-backs. L'un
d'eux nous montre son arrivée à New York, son passage par Ellis
Island, cette "usine à fabriquer des Américains" assez
conforme à ce qu'on peut en imaginer à partir du documentaire que
Georges Perec et Robert Bober lui avaient consacrée. Marlon Brando a disparu,
c'est Al Pacino qui dirige la famille et qui occupe l'écran. C'est l'occasion
de voir ce que toute une génération de comédiens - les Duris,
Attal et consorts pour ce qui est des Français - doit à son jeu
ramassé, tendu, intense, qui éclate dans des gestes éclairs
(la mornifle qu'il envoie à Diane Keaton, propre à assommer un boeuf,
et encore, c'est du gauche). On sent chez Coppola la volonté de faire de
cette histoire de famille le concentré d'une histoire de l'Amérique
dans laquelle la pègre, la politique et les affaires ne sont jamais loin
les unes des autres, une histoire qui s'inscrit dans celle du monde (les événements
de Cuba empêchent l'extension du domaine Corleone) et qui est l'héritière
d'une longue tradition (les références à l'empire romain,
la mort de Pentangeli dans une baignoire à la Marat). SAMEDI.
Vie familiale. Lucie fête son anniversaire
at home avec quelques copines. Cela fait plus d'une semaine que les cérémonies
se succèdent. Ce neuvième anniversaire commence à ressembler
à un jubilé de la reine d'Angleterre. Football.
SA Epinal - AFC Compiègne : match arrêté, terrain
impraticable. Au bout de 23 minutes de football piscine, l'arbitre décide
de renvoyer les joueurs aux vestiaires et d'attendre quarante-cinq minutes avant
de voir si le jeu peut reprendre dans des conditions météorologiques
plus clémentes. La réponse sera négative mais le spectateur
aura tout de même vécu une expérience unique, un samedi soir
pas comme les autres : trois quarts d'heure coincé à la Colombière
avec un speaker bègue et le disque des meilleurs succès de l'été
1992, le seul apparemment qui traînait en cabine. Bon dimanche.
Notules dominicales
de culture domestique n°276 - 8 octobre 2006 DIMANCHE.
Itinéraire patriotique départemental.
Reprise du chantier abandonné en avril dernier et qui, je le précise
pour les nouveaux arrivants, consiste à visiter les monuments aux morts
des 516 communes vosgiennes et ce dans un ordre rigoureusement alphabétique.
L'entreprise, interrompue à Biffontaine, reprend donc avec une excursion
à Blémerey. Blémerey où il n'y a pas de monument aux
morts. Il faut dire que les 26 habitants recensés ne laissaient guère
d'espoir. Qu'importe, l'aventure aura tout de même permis de découvrir
la rusticité des panneaux indicateurs de la contrée, peints a
fresco, et de marcher le long de quelques chemins de campagne dans une insouciance
que nous aurons du mal à retrouver, du moins dans un proche avenir. 
TV.
La Moustache (Emmanuel Carrère, France, 2005 avec Vincent Lindon,
Emmanuelle Devos, Mathieu Amalric, Hippolyte Girardot; diffusé en septembre
dernier sur Canal +). "Que dirais-tu si je me rasais la moustache ?"
Agnès, qui feuilletait un magazine sur le canapé du salon,
eut un rire léger, puis répondit : "Ce serait une bonne idée."
C'est ainsi que commence le récit d'Emmanuel Carrère, publié
en 1986 et qu'il a choisi de porter lui-même à l'écran. Puis
Marc, le moustachu, se rend à la salle de bains, efface ses charmeuses
et retrouve Agnès. Pas de réaction, elle ne remarque rien. La même
chose se produit auprès de ses connaissances, de ses collègues de
travail : personne ne remarque la disparition de la moustache, mieux, personne
ne se souvient que l'homme en ait un jour arboré une. Peu à peu,
Marc va sombrer dans la folie. Emmanuel Carrère cinéaste suit scrupuleusement
le récit d'Emmanuel Carrère romancier et parvient à donner
à son film le même parfum d'inquiétude et d'instabilité
qu'à son livre. C'est une vraie réussite, portée par un Lindon
qui, dans l'épisode de Hong-Kong (où Marc s'est enfui et passe ses
journées sur le traversier Hong-Kong - Kowloon), n'est pas sans évoquer
le Bill Murray de Lost in Translation. Courriel.
Une demande d'abonnement aux notules. LUNDI. Vie
professionnelle. Au collège, tenue d'une réunion destinée
à établir le "calendrier des réunions du premier trimestre".
Le sapeur Camember n'est pas loin. TV. Vol
de nuit (émission littéraire présentée par Patrick
Poivre d'Arvor, diffusée mardi dernier sur TF1). MARDI.
Glou glou. Je quitte le collège assez
tôt pour échapper aux routes coupées par les inondations.
Courriel. Je prends connaissance, avec
un rien de tristesse, du calendrier du séminaire Perec dont je serai privé
cette saison après plusieurs années de fréquentation assidue.
Je garde toutefois l'espoir de m'échapper pour participer au Colloque des
Invalides début décembre. MERCREDI. Presse.
Légende d'une photo de La Liberté de l'Est qui consacre plusieurs
pages aux inondations de la veille : "A Taintrux, M. et Mme Borgne n'avaient
jamais vu ça." Courrier. Deux
programmes au menu du jour : celui de la saison théâtrale à
Luxeuil-les-Bains et celui du colloque Queneau qui se tient à Nancy à
partir de demain. Vie familiale.
L'oeil exercé de Caroline une fois de plus n'a pas failli. Quelques signes
un peu bizarres dans le comportement de Lucie ces derniers jours lui ont mis la
puce à l'oreille. Un béotien comme moi n'y aurait vu que du feu.
Après tout, si un enfant boit beaucoup, c'est qu'il a soif. Un petit test
réalisé à la pharmacie a révélé hier
la présence d'un taux anormalement élevé de sucre dans le
sang. Les analyses effectuées aujourd'hui en laboratoire confirment la
chose. Le niveau atteint est suffisamment élevé pour commander l'hospitalisation
immédiate. Pas de veine, il n'y a pas de lit disponible à l'hôpital
d'Epinal, il faut aller jusqu'à Remiremont où Lucie est placée
sous perfusion d'insuline. Caroline dort sur place, je passe la nuit at home
à rassurer heure par heure Alice sur ma capacité à préparer
son sac de piscine pour le lendemain. JEUDI. Vie
familiale. Le sac de piscine, c'est une chose, le maillot de bains
à bretelles croisées, c'en est une autre. Après avoir arrimé
la chose au prix de manoeuvres dignes d'un catalogue des noeuds marins, j'abandonne
à l'école une Alice qui n'avait pas besoin de ça pour être
déboussolée, achète un pot de fleurs dans un magasin où
j'évite de m'attarder sur les chrysanthèmes déjà en
place pour la Toussaint et fonce à Remiremont où je découvre
une Lucie en piteux état après une nuit passée à jongler
entre glucose et insuline. Le diagnostic diabétique est établi,
ce qui laisse entrevoir un important train de modifications dans la vie à
venir. En attendant, je repars récupérer Alice, m'affaire à
la croûte, la ramène à l'école, hagarde, et pars pour
le collège où je ne peux guère m'offrir plus que les deux
heures de cours que j'ai séchées ce matin. Pendant ce temps, Lucie
est transférée à Epinal où je la retrouve le soir,
un peu plus vaillante, dans une chambre du service pédiatrie où
nous avons déjà passé une belle semaine à veiller
Alice en 2001. Je prends le relais de Caroline, retrouve le capiteux pucier qui
sert aux parents accompagnateurs et vois l'aube arriver avec soulagement au bout
d'une nuit digne d'un hiver scandinave. VENDREDI. Vie
familiale. Comme hier et comme ce sera certainement le cas encore quelque
temps, la journée se passe à jongler entre école, pharmacie,
collège, hôpital et domicile. Après quelques cafouillages,
les passages de relais se déroulent avec la régularité et
la précision qu'on ne rencontre que chez les vieux briscards du 4 x 100
mètres. C'est juste un peu plus fatigant. Lucie se requinque, apprend les
gestes et comportements qui vont devenir son quotidien, "dextro" (prélèvement
capillaire destiné à déterminer le taux de sucre), piqûres,
précautions alimentaires. Pour l'instant, pas le temps de penser à
la suite, nous sommes pris dans une sorte de tourbillon qui s'apaisera peut-être
un peu avec le week-end. Caroline dort à l'hôpital, je peux rentrer
et dépouiller le... Courriel.
Une demande d'abonnement aux notules. Plusieurs messages sympathiques de notuliens
inquiets au sujet des inondations qui ont frappé la région. Qu'ils
soient ici remerciés et rassurés : il n'y a pas plus de gouttières
que d'habitude dans notre logis qui fuyait déjà de partout par temps
caniculaire. La famille et les amis téléphonent pour prendre des
nouvelles. Obituaire. "Je me
souviens de Claude Luter aux Lorientais." (Georges Perec, Je me souviens,
Jms n° 404). SAMEDI. Obituaire
manqué. Entendu à 6 heures 54 sur Europe 1, énoncé
par la voix guillerette de l'animateur de service :"Bon anniversaire à
Raymond Goethals, 85 ans aujourd'hui." Lequel Raymond a tout de même
fait son entrée sur les registres de décès le 6 décembre
2004. Vie familiale. Où je
montre les premiers signes d'un effritement coupable face à Alice dont
l'état, paradoxalement, m'inquiète presque plus que celui de sa
soeur. Au moins, celle-ci, on sait comment la soigner. Je passe la matinée
au collège où, contre toute attente, les cours constituent un appréciable
dérivatif, et le reste de la journée et la nuit à l'hôpital
à étudier les oeuvres complètes de Pierre Insuline.
Bon dimanche. Notules
dominicales de culture domestique n°277 - 15 octobre 2006
DIMANCHE.
Courriel. Les longues et nombreuses séquences
de vie familiale qui émaillaient les notules du jour ont suscité,
et susciteront tout au long de la semaine de nombreux messages de sympathie émanant
de notuliens connus et inconnus. Parmi ces derniers, extraordinaire coïncidence,
coming out inattendu, figure le pédiatre qui a accueilli Lucie et
Caroline à l'hôpital de Remiremont mercredi soir, notulien anonyme
de longue date. Vie sanitaire. A
l'hôpital, je pratique mes premières injections d'insuline sans trop
abîmer la patiente. Celle-ci est libérée pour bonne conduite
et bénéficie d'une après-midi de permission. LUNDI.
Vie familiale. Caroline est à l'hôpital,
Alice connaît quatre ou cinq épisodes émétiques entre
cinq et huit heures du matin. Impossible de la mettre à l'école
dans cet état. Par chance mon premier cours n'est qu'à neuf heures
et j'ai le le temps de lui organiser au pied levé un hébergement
d'urgence avant de partir. Les choses devraient maintenant s'accélérer
avec le retour aux affaires du Dr. P., la pédiatre diabétologue
qui était absente la semaine dernière. MARDI.
Vie hospitalière. Je rencontre, après
Caroline, le Dr. P. qui nous explique ce qu'il faut savoir sur la maladie de Lucie
et les attitudes à suivre dans diverses circonstances. La psychologue de
l'hôpital trouve la malade suffisamment au fait de son état et de
l'irréversibilité de celui-ci pour autoriser un retour at home
avant la fin de la semaine, mais le taux de glycémie fait encore du yo-yo.
MERCREDI. Vie hospitalière.
Au tour de la diététicienne de nous livrer ses fiches de menus et
ses conseils pour l'organisation des repas et des périodes intermédiaires.
Nous sommes bombardés de données concernant les compositions, les
dosages. Une chose est sûre : plus question de croûtes hâtives
dues à l'emploi du temps de tel ou tel membre de la famille, mais du soigné,
de l'équilibré. Si nous nous y tenons, nous finirons tous centenaires.
TV. Football. France - Îles Féroé
5 - 0, en direct sur TF1. Les joueurs des Îles Féroé (comment
s'appellent-ils d'ailleurs, les Férotais ? les Férotiens ? les Féroces
? les Ferroviaires ?) encaissent leur premier but à la trente-septième
seconde. Je m'endors à la trente-huitième et rêve d'injections
de Glucagon à effectuer dans des conditions impossibles. JEUDI.
Vie hospitalière. Arrivée dans
la chambre voisine de celle de Lucie d'un jeune Arthur, qui n'est autre que le
fils d'une préparatrice travaillant avec Caroline. A ce rythme, la pharmacie
Didion va devenir la première officine libre-service du département.
Actualité. L'hôpital d'Epinal
est au coeur d'une affaire concernant des patients surexposés à
des radiations. Il est temps de partir, il y a trop de micros et de caméras,
on pourrait me reconnaître. VENDREDI. Vie
hospitalière (fin). Lucie est libérée en milieu
de matinée. Je la retrouve à midi à la maison que j'ai quittée
mercredi matin et dont j'ai presque eu du mal à retrouver le chemin.
Renaissance. Premier tiercé et
première sieste depuis plus d'une semaine. Les filles se chamaillent comme
aux plus beaux jours, la vie reprend son cours avec quelques aménagements
d'urgence (suppression du lit à étage, croûte moins tardive)
et tout de même la surprise de constater que cette semaine de crise n'a
pas empêché la roue de tourner : nous avons vécu, mangé,
dormi, travaillé de façon un peu plus chaotique mais tout ce qui
devait être fait l'a été. Je me rends compte à quel
point la vie ménage peu de plages de pause, de moments où l'on peut
s'arrêter, faire le point et repartir. C'est en chemin qu'il faut intégrer
les données nouvelles, au fur et à mesure qu'il faut ajuster le
tir, sans arrêt qu'il faut progresser, on s'arrête, on est mort.
TV. Desperate Housewives (série
américaine de Mark Cherry, 2005, avec Teri Hatcher, Marcia Cross, Felicity
Huffman, Eva Longoria, Alfred Woodard, Nicolette Sheridan, James Denton; saison
2, épisodes 9 & 10, diffusés la semaine dernière sur
Canal +). SAMEDI. Vie sanitaire.
Lucie gère son premier épisode hypoglycémique. L'après-midi
est nettement récréatif avec visite à la fête foraine
(sans poisson rouge à la clé) et retour au choual. Cela faisait
un moment qu'Alice n'avait pas souri. TV. Le
Parrain 3 (The Godfather : Part III, Francis Ford Coppola, E.-U., 1990
avec Al Pacino, Diane Keaton, Andy Garcia, Eli Wallach, Talia Shire, George Hamilton,
Raf Vallone, Sofia Coppola; support DVD/Paramount). Au début, on fait
comme si rien n'avait changé chez les Corleone. Comme les deux volets précédents,
celui-ci s'ouvre sur une fête familiale qui ne sert que de paravent : c'est
dans la coulisse que les choses importantes se trament, derrière les portes
où Michael Corleone reçoit ses conseillers, sa famille, la Famille.
On fait comme si mais ce n'est plus tout à fait pareil : l'empire s'effrite,
les factieux rôdent, la famille elle-même vacille... Le fils Corleone,
au lieu de reprendre le flambeau des affaires, devient... chanteur d'opéra.
La santé n'est pas meilleure : Michael doit vivre avec un diabète
(il y a des coïncidences, parfois...) qui l'affaiblit grandement. C'est
à mon avis le meilleur Parrain des trois, Coppola et Pacino sont
meilleurs dans le crépusculaire que dans le flamboyant. Ce n'est pourtant
pas le plus facile à suivre : les histoires immobilières avec le
Vatican (Coppola intègre l'histoire des Corleone au monde contemporain,
les mêle à l'élection de Jean-Paul Ier et à l'affaire
Ambrosiano) sont claires comme du jus de chique mais cela n'a guère d'importance,
sinon par le fait qu'elles ramènent Michael en Italie pour les deux séquences
monumentales du film : la confession de Michael dans un cloître et le final
démesuré, boursouflé même, à l'Opéra.
Bon dimanche. Notules
dominicales de culture domestique n°278 - 22 octobre 2006 DIMANCHE.
Vie familiale. Caroline se repose de sa semaine
éprouvante en assurant une garde de vingt-quatre heures. Je passe la matinée
à m'affairer en vue des repas à venir, arrache les dernières
carottes et les betteraves du jardin, prépare plusieurs plats en même
temps, surveille les devoirs, bref une véritable envolée domestique.
A tel point que j'en oublie de donner à Lucie sa collation de milieu de
matinée, justement le genre de chose à ne jamais oublier. Heureusement,
Caroline remonte à temps pour réparer l'oubli avant qu'il ne soit
dommageable. Je me boufferais. TV.
Le bateau livre (émission littéraire présentée
par Frédéric Ferney, France 5). Propos d'un invité, qui
a participé à la rédaction d'un brûlot contre les programmes
scolaires : "Aujourd'hui, un élève qui entre en seconde a reçu
autant d'heures d'enseignement de français qu'un élève de
1976 entrant en cinquième." A vérifier tout de même.
LUNDI. Courrier. Arrivée
du numéro 27 de la revue Histoires littéraires qui contient
mon article sur Viviane Forrester et ma chronique trimestrielle que je n'ose même
pas relire tant j'en ai honte (j'en avais, suite à une fausse manoeuvre
informatique, envoyé le brouillon qui a été publié
tel quel). Les textes écrits pour le numéro précédent
(chronique trimestrielle et critique du Léautaud de Philippe Delerm) sont
désormais en
ligne ici. TV. Desperate
Housewives (série américaine de Mark Cherry, 2005, avec Teri
Hatcher, Marcia Cross, Felicity Huffman, Eva Longoria, Alfred Woodard, Nicolette
Sheridan, James Denton; saison 2, épisodes 11 & 12, diffusés
la semaine dernière sur Canal +). On sait depuis un moment déjà
que la série ne répond pas tout à fait à ce qu'on
attendait, que la prétendue peinture au vitriol des moeurs de cet échantillon
de banlieusardes aisées a tourné à la comédie moyenne
traversée de quelques intrigues meurtrières plutôt fades.
La tendance est loin de s'inverser à l'heure où l'on atteint la
moitié de la deuxième saison : les comédiennes semblent lancées
dans un concours de grimaces, les péripéties sont de moins en moins
intéressantes et de plus en plus étirées, l'endormissement
survient de plus en plus tôt. On continue parce que c'est confortable.
MARDI. TV. Ma vie en l'air
(Rémi Bezançon, France, 2005 avec Vincent Elbaz, Marion Cotillard,
Gilles Lellouche, Elsa Kikoïne, Didier Bezace, Tom Novembre; diffusé
sur Canal + en septembre dernier). Les démêlés sentimentaux
d'un expert en sécurité aérienne souffrant d'une phobie de
l'avion. Lesquels démêlés, servis par un Vincent Elbaz
décidément bien fade, ne présentent absolument aucun intérêt.
Si le film se laisse regarder, c'est par la richesse de l'entourage du héros
mis en lumière par quelques scènes, uniques ou répétitives,
qui font la part belle aux seconds rôles : Didier Bezace en pilote de ligne
calamiteux, François Levantal en passager aérien dévoré
d'inquiétude, Gilles Lellouche en copain crampon, Vincent Winterhalter
en "économiseur de phrases "(jamais plus d'un mot par réplique),
tout un petit peuple qui parvient à meubler l'entreprise de façon
agréable. Lecture. Les
Bienveillantes (Jonathan Littell, Gallimard, nrf, 2006; 912 p., 25 €).
Mémoires de guerre du Docteur Aue, juriste et officier de la SS. Combien
d'exemplaires vendus à ce jour ? Deux cent mille, peut-être plus,
pour ce qui constitue le succès incontesté de cette rentrée
littéraire. Combien d'exemplaires lus ? Beaucoup moins assurément,
car l'entreprise n'a rien d'une sinécure, du moins dans un premier temps.
Car tout semble fait, au premier abord, pour décourager le lecteur. La
masse d'abord, ces neuf cents pages serrées, compactes, qui en valent bien
douze ou treize cents d'un livre "ordinaire". Volonté de l'auteur
ou de l'éditeur, ces pages sont presque toutes à cent pour cent
couvertes de caractères, la mire est pleine : on refuse l'alinéa,
l'espace, le paragraphe, même les dialogues sont étouffés
dans la masse, n'amènent aucun retour à la ligne. L'ouverture ensuite
: le lecteur est projeté au sein des troupes allemandes qui mènent
la campagne d'Ukraine (1941 ou 42), bombardé de grades, de noms, de faits
auxquels il ne comprend rien. C'est plein de Gruppenführer, de Generalfeldmarschall,
d'Oberregierugsrat et autres joyeusetés gazouillantes. Il faut du
temps, une bonne centaine de pages avant de prendre son souffle et ses marques,
de comprendre que le narrateur "travaille" au sein d'un Einsatzgruppe
chargé d'éliminer les Juifs au fur et à mesure de l'avancée
allemande et qu'il n'en est qu'au début de sa carrière. Cet
épisode ukrainien n'est pas placé tout à fait au début
du livre. Il y a d'abord une sorte de préambule qui présente le
Docteur Aue au moment où il entreprend d'écrire son récit,
un Aue âgé qui mène une vie paisible de chef d'entreprise
dans le nord de la France. C'est dans ce préambule que sont de suite réglés
les problèmes de responsabilité, de culpabilité : "Je
suis coupable, vous ne l'êtes pas, c'est bien. Mais vous devriez quand même
pouvoir vous dire que ce que j'ai fait, vous l'auriez fait aussi. Avec peut-être
moins de zèle, mais peut-être aussi moins de désespoir, en
tout cas d'une façon ou d'une autre. Je pense qu'il m'est permis de conclure
comme un fait établi par l'histoire moderne que tout le monde, ou presque,
dans un ensemble de circonstances donné, fait ce qu'on lui dit; et, excusez-moi,
il y a peu de chances pour que vous soyez l'exception, pas plus que moi."
C'est dit, on n'y reviendra plus ou de façon très fugitive, lors
de brefs moments d'introspection (on se souvient d'ailleurs que dans Les Euménides
d'Eschyle, dont les Erynies servent de modèle revendiqué aux "Bienveillantes"
de Littell, Oreste est déclaré non coupable par le tribunal instauré
par Athéna). Le reste du temps, le narrateur entraîne le lecteur
sur un tapis roulant d'une histoire vécue quasiment au jour le jour, les
pages défilent, s'entassent, se tournent toutes seules, les réticences
et les difficultés du début s'évanouissent, Littell gagne
son pari. Dans son parcours, Aue rencontre une nuée de personnages,
des centaines qui, pour la plupart ne font qu'une brève apparition. La
complexité de l'organisation allemande, le fait que trois hiérarchies
mènent la danse côte à côte (la Wehrmacht, le Parti
et la SS) entraînent une subdivision du travail telle que chaque homme a
un rôle précis et presque infime dans l'organisation et dans l'économie
du récit. Dans la masse, on trouve bien sûr des gens connus, les
dignitaires du régime hitlérien, Céline, Rebatet, Brasillach
mais aussi, de façon plus inattendue, Karajan et Cousteau. Aue n'est qu'un
élément, mais un élément de plus en plus important
dans le processus d'élimination finale de la population juive. Un tel
succès, une telle réussite ne vont pas sans susciter quelques grincements
de dents. Les Inrockuptibles ont dégainé les premiers, pour
mieux se consacrer à la glorification de Christine Angot. Claude Lanzmann
est monté aux barbelés comme il le fait à chaque fois qu'un
importun vient brouter son pré-carré ("Je plaisante à
peine si je vous dis que ce livre ne peut être compris de part en part que
par deux personnes : Raul Hilberg et moi ..."). Un historien, Tom Ripley,
est intervenu dans Le Monde pour souligner quelques invraisemblances et
inexactitudes historiques. Sur le plan littéraire, on peut aussi trouver
à redire. Une telle masse donne lieu, c'est normal, à certaines
faiblesses. L'aventure familiale du héros, son désir d'inceste,
son homosexualité apparaissent comme des ornements inutiles. Les récits
de rêves sont pesants, tout comme l'épisode scatologique dans la
maison de la soeur du narrateur. L'accumulation des personnages, présentés
toujours de la même façon (un portrait rapide suivi d'une ou deux
déclarations) finit par lasser. Il y a des bourdes (« Je me
penchai. L’eau emplissait la fosse, les Juifs creusaient avec de l’eau boueuse
jusqu’aux genoux. "Ce n’est pas une fosse, c’est une piscine", fis-je
remarquer assez sèchement à Nagel », des âneries
("Un corbeau s'arracha pesamment d'entre les pins, en coassant...").
Le final, dans un Berlin en ruines, accumule les coïncidences improbables
et tourne au grand-guignol. Mais ces défauts sont largement compensées
par les morceaux de bravoure que constituent l'épisode de Stalingrad, celui
de l'évacuation d'Auschwitz et, encore une fois par le déroulé
implacable et sidérant des événements, d'Ukraine en Crimée
(grandiose développement sur les langues caucasiennes), de Poméranie
en Hongrie, de Paris à Antibes, de Berlin à Auschwitz. L'ensemble
tient remarquablement debout, à tel point que Michel Crépu n'a pas
hésité, dans un récent numéro du Masque et la Plume,
à qualifier Littell de "nouveau Thomas Mann". C'est aller un
peu vite en besogne, il ne suffit pas de produire des romans dépassant
le kilo et plein de noms allemands pour être Thomas Mann mais le fait est
que c'est un nom qui vient à l'esprit. Sur le plan économique,
une telle réussite n'est pas sans danger. Bien sûr, un livre qui
se vend fait du bien à l'édition et à la librairie, et on
s'en réjouit. Cependant, d'après Le Monde, "plusieurs
maisons d'édition constatent un certain assèchement du marché.
Au Seuil, L'Amant en culottes courtes, d'Alain Fleischer, présent
aussi dans les quatre listes, est encore loin des 10 000 exemplaires, malgré
une presse très élogieuse. "Si tous les acheteurs du Littell
se transforment en lecteurs effectifs, le reste de la rentrée littéraire
sera comme aspiré par un trou noir", constate Olivier Nora, PDG de
Grasset. Car le livre demande un temps de lecture important." Et le fait
est que je n'ai pas mis les pieds dans une librairie depuis plusieurs semaines
mais il y a d'autres raisons. Après tout, tout le monde n'a pas la chance
d'avoir un enfant hospitalisé à (bien) veiller. Extrait. "Il
n'y aurait eu que des mots dans notre langue si particulière, que ce mot-là,
Endlösung, sa beauté ruisselante ? Car en vérité
comment résister à la séduction d'un tel mot ? C'eût
été aussi inconvenant que de résister au mot obéir,
au mot servir, au mot loi. Et c'était peut-être là, au fond,
la raison d'être de nos Sprachregelungen, assez transparents finalement
en termes de camouflage (Tarnjargon), mais utiles pour tenir ceux qui se
servaient de ces mots et de ces expressions - Sonderbehandlung (traitement
spécial), abtransportiert (transporté plus loin), entsprechend
behandelt (traité de manière appropriée), Wohnsitzverlegung
(changement de domicile) ou Executivmassnahmen (mesures exécutives)
- entre les pointes acérées de leur abstraction. Cette tendance
s'étendait à tout notre langage bureaucratique, notre bureaucratische
Amtdeutsche, comme disait mon collègue Eichmann : dans les correspondances,
dans les discours aussi, les tournures passives dominaient, "il a été
décidé que...", "les Juifs ont été convoyés
aux mesures spéciales", "cette tâche difficile a été
accomplie", et ainsi les choses se faisaient toutes seules, personne ne faisait
jamais rien, personne n'agissait, c'étaient des actes sans acteurs, ce
qui est toujours rassurant, et d'une certaine façon ce n'étaient
même pas des actes, car par l'usage particulier que notre langue national-socialiste
faisait de certains noms, on parvenait, sinon à entièrement éliminer
les verbes, du moins à les réduire à l'état d'appendices
inutiles (mais néanmoins décoratifs), et ainsi on se passait même
de l'action, il y avait seulement des faits, des réalités brutes
soit déjà présentes, soit attendant leur accomplissement
inévitable, comme l'Einsatz, ou l'Einbruch (la percée),
la Verwertung (l'utilisation), l'Entpolonisierung (la dépolonisation),
l'Ausrottung (l'extermination), mais aussi, en sens contraire, la Versteppung,
la "steppisation" de l'Europe par les hordes bolchéviques qui,
à l'opposé d'Attila, rasaient la civilisation afin de laisser repousser
l'herbe à chevaux. Man lebt in seiner Sprache, écrivait Hanns
Johst, un de nos meilleurs poètes nationaux-socialistes : "l'homme
vit dans sa langue." MERCREDI. Vie
sanitaire. J'accompagne Lucie à l'hôpital pour une consultation.
Les doses d'insuline sont revues à la baisse, suite à une série
de flirts trop poussés et trop fréquents avec l'hypoglycémie.
TV. Céline et Julie vont en
bateau (Jacques Rivette, France, 1974 avec Juliet Berto, Dominique Labourier,
Marie-France Pisier, Bulle Ogier, Barbet Schroeder; diffusé sur CinéClassics
en août dernier). Une artiste de cabaret entraîne une bibliothécaire
dans un monde de mensonges et de rêves. Je ne saurai jamais si les deux
donzelles prendront le bateau du titre, ayant abandonné la partie à
mi-chemin soit tout de même une heure trente de film. Impossible d'entrer
dans ce monde, de sentir complice avec cette aventure foutraque dont les audaces
ont mal vieilli. Le monde de Rivette m'est inaccessible, ce n'est pas la première
fois que je le constate. En revanche, c'est la première fois que j'abandonne
un film en cours de route, ce que je considère comme un progrès
certain sur le chemin de la maturité. JEUDI. TV.
Desperate Housewives (série américaine de Mark Cherry, 2005,
avec Teri Hatcher, Marcia Cross, Felicity Huffman, Eva Longoria, Alfred Woodard,
Nicolette Sheridan, James Denton; saison 2, épisodes 13 & 14, diffusés
le soir même sur Canal +). VENDREDI. Vie
scolaire. Je participe au petit déjeuner organisé par
le collège dans le but de donner de bonnes habitudes nutritives aux jeunes
élèves. Mes toutes récentes connaissances en diététique
font merveille. TV scolaire. Un
chien andalou (Luis Bunuel, France/Espagne, 1929 avec Simone Mareuil et Pierre
Batcheff; DVD Les Grands Films Classiques/Transflux Films). J'ai reçu
hier une philippique émanant du père d'un de mes élèves
suite à une série de cours sur le surréalisme. Le genre de
billet scandalisé, de mon temps on faisait des dictées, qu'on trouve
régulièrement dans le courrier des lecteurs du Figaro. Quatre-vingts
ans après, le surréalisme inquiète encore, ce qui est plutôt
une bonne nouvelle. L'an dernier, c'était un collègue de Saint-Dié
qui avait été inquiété pour avoir fait étudier
la Charogne de Baudelaire en classe, un poème que j'ai immédiatement
incorporé à mes cours. Aujourd'hui, j'en remets une couche avec
ce film, considéré comme le chef-d'oeuvre du surréalisme.
Le pouvoir iconoclaste de la chose s'est un peu émoussé avec le
temps mais on ne sait jamais... TV.
Moi, toi et tous les autres (Me and You and Everyone We Know, Miranda
July, E.-U, 2005 avec Miranda July, Brad Williams Henke, John Hawkes, Ellen Geer,
Jordan Potter; diffusé ce mois sur Canal +). Ce film est issu du festival
de Sundance, une manifestation consacrée à la production américaine
marginale qui donne lieu parfois à de belles révélations.
Ce n'est malheureusement pas le cas avec cette histoire, un idylle gentillette
entre deux jeunes gens pas très beaux et très maladroits. Le traitement
volontairement farfelu de la chose ne sert qu'à masquer les maladresses
et la faiblesse du propos. SAMEDI. TV.
L'Etalon (Jean-Pierre Mocky, France, 1969 avec Bourvil, Francis Blanche, Michel
Lonsdale; diffusé ce mois sur CinéClassics). Dans une station
balnéaire où les femmes s'ennuient auprès de leurs maris,
un vétérinaire organise des séances compensatoires avec la
complicité d'une brigade de jeunes gens qui ont des charmes à revendre.
1969 est une année faste pour Mocky qui enchaîne L'Etalon
et La grande lessive avec le tandem Bourvil - Blanche. C'est un Mocky qu'on
commence déjà à connaître par coeur à l'époque,
qui charge sans nuances contre les institutions (le couple, la religion, le pouvoir)
mais qui n'est pas encore aigri et qui livre ici une farce hédoniste et
féministe bien enlevée. Bon dimanche. Notules
dominicales de culture domestique n°279 - 29 octobre 2006 DIMANCHE.
Itinéraire patriotique départemental.
Direction Bleurville où je trouve facilement le monument aux morts qui
se dresse au milieu du cimetière. Courriel.
Une demande d'abonnement aux notules. TV.
Football. Olympique de Marseille - Olympique Lyonnais 1 - 4, en direct sur Canal
+. Désormais, au rang des consultants qui se marchent sur les pieds
pour accéder au micro, figure un arbitre. Lorsque celui-ci intervient au
sujet d'un avertissement donné à un joueur, il ne parle plus de
carton jaune mais de "sanction administrative". On croyait suivre un
match de football, on se retrouve propulsé au milieu d'un conseil de classe.
LUNDI. Lecture. Les morts
sont seuls (Qué solo se quedan los muertos, Mempo Giardinelli,
1985; éditions Métailié, coll. Suites n° 109, 2005 pour
la traduction française; traduit de l'espagnol par François Gaudry;
210 p., 10 €). José, journaliste argentin exilé au
Mexique, reçoit un appel au secours de Carmen, une femme qu'il a aimée
et dont le compagnon vient d'être assassiné à Zacatecas. José
débarque dans la ville et essaie de mener l'enquête. "...
ce texte, malgré les apparences, n'est pas, ni ne se veut, un roman policier."
L'aveu intervient page 146. C'est un peu tard car on était tout de même
venu pour ça. On ne peut aller contre cette affirmation : l'intrigue est
plate et ne passionne ni l'auteur, ni le personnage central, ni le lecteur. Ce
qui intéresse Giardinelli, et ce qui meuble une grande partie du monologue
intérieur de son héros, c'est le sort d'une génération
venue à la politique par le péronisme et contrainte à l'exil
par le régime des militaires argentins. Une génération sacrifiée,
amère, désabusée qui a le sentiment de s'être fait
rouler dans tout ce qu'elle a entrepris et dont la vie aura été
marqué par l'imbrication du crime dans la politique. Avec une trame policière
un peu plus charnue et soignée, on aurait pu s'y intéresser.
Vie familiale. A l'école de Saint-Laurent,
signature d'un P.A.I. ("Projet d'Accueil Individualisé") pour
Lucie avec la directrice et le médecin scolaire. A l'heure où tous
les bambins vont à l'école avec un lecteur MP3, elle aura le droit
de s'y rendre avec son lecteur de glycémie. Courriel.
Deux demandes d'abonnement aux notules. TV.
Chirac (documentaire de Patrick Rotman, France, 2006, première
partie : "Le jeune loup"; diffusé le soir même sur France
2). MARDI. Courriel. Deux
demandes d'abonnement aux notules, dont une "à l'essai". Ce n'est
pas la première fois que je remarque une certaine réticence, chez
d'éventuels abonnés, à s'empêtrer dans un lien dont
on peut légitimement se demander s'il ne va pas devenir aussi collant que
le célèbre sparadrap du capitaine Haddock. Qu'on soit ici rassuré
: on n'est pas chez France Loisirs et le notulien peut être dénotulisé
à la seconde où il en émet le désir. Ma crainte d'encombrer
mes contemporains est d'ailleurs telle que je vais jusqu'à envoyer une
fois l'an un appel à désabonnement et que je suis presque soulagé
quand celui-ci est entendu (dans des proportions raisonnables bien sûr).
Je pourrais très bien me passer de cette formule d'abonnement, après
tout, le site des notules existe, il est assez souvent mentionné pour être
visité régulièrement. Je pourrais aussi faire une liste de
diffusion, confier la chose à un robot infaillible. Mais je tiens à
cette formule artisanale de l'envoi par courriel, à mes livraisons du dimanche,
quarante notuliens par paquet, même s'il y en a qui se perdent en route.
La procédure est imparfaite, archaïque, mais elle a pour moi le mérite
de créer un lien personnel : le notulien est un être responsable,
il est entré en notulie de son plein gré, s'il veut réagir
il ne le fait pas sous pseudonyme dans une rubrique du site mais s'adresse à
moi directement. Je tiens avant tout et fermement à différencier
les notules des blogs, les notules existaient avant les blogs et sont une forme
différente d'expression, plus intimiste, plus personnelle dans la relation
avec les lecteurs. TV. Chirac
(documentaire de Patrick Rotman, France, 2006, seconde partie : "Le vieux
lion"; diffusé le soir même sur France 2). Malgré
les trompettes entonnées par les gazettes ("premier documentaire diffusé
sur un président encore en exercice", "portrait sans concession",
etc.) il faut bien dire que ce travail n'apporte rien de neuf à ce qu'on
sait de Jacques Chirac si on est assez âgé pour avoir vécu
les temps pompidoliens et si on s'intéresse depuis à la vie politique.
Ce qui est remarquable, par défaut si l'on peut dire, c'est que justement
la politique dans son sens premier, la conduite d'une communauté selon
un certain projet de société, est totalement absente de ce documentaire.
Il n'y est question que de luttes d'influence, de rivalités, d'élimination
de tel ou tel adversaire pour la conquête de tel ou tel siège du
pouvoir, d'ambition, surtout d'ambition. Ce qui a le mérite de poser clairement
la question du vote : voter pour quelqu'un, et à quelque échelon
que ce soit, ce n'est pas tant voter pour le choix de société qu'il
incarne et défend qu'accepter de se mettre au service d'une ambition. Reste
à savoir, et c'est là le point le plus important, si l'on accepte
par le simple geste de mettre un bulletin dans l'urne de se mettre au service
de l'ambition de X ou Y, de la cautionner, de l'appuyer. Ça peut valoir
la peine, je n'ai jamais regretté, malgré tout ce qui a pu lui être
reproché, d'avoir servi aussi petitement que ce soit l'ambition d'un Mitterrand.
A l'heure actuelle, les ambitieux qui se déchirent en vue des scrutins
futurs inciteraient plutôt à voter pour quelqu'un dont l'ambition
n'a aucune chance de se réaliser. Perle. On retiendra la dernière
phrase du commentaire : "A l'aube du crépuscule, l'homme [i.e. Jacques
Chirac] s'est-il enfin trouvé ?" MERCREDI. Vacances.
Nous devons la mort dans l'âme décliner l'invitation de J. et renoncer
au séjour habituel en Lozère. Caroline ne peut se libérer
et il faut bien admettre que notre nouvelle situation nous rend socialement peu
transportables. Emplettes. J'achète
des billets de train, une gravure, deux chaussures, un gros dictionnaire consacré
à Proust, un polar, La Bruyère en petit classique à des fins
scolaires, un dictionnaire de jeux de mots pour briller dans une société
que je ne fréquente plus et, poussé par les circonstances, un livre
contenant "120 recettes pour diabétiques" : c'était hier
l'anniversaire d'Alice et les facéties pâtissières autorisées
se limitant désormais au gâteau de courgettes et au cake aux olives,
la cérémonie des bougies manquait un peu de saveur. TV.
Les Parrains (Frédéric Forestier, France, 2005 avec Gérard
Lanvin, Jacques Villeret, Gérard Darmon, Pascal Reneric; diffusé
ce mois sur Canal +). Sur son lit de mort, Max demande à ses trois
anciens complices de s'occuper de son fils s'ils veulent s'approprier le magot
du casse qu'ils ont commis ensemble il y a vingt ans. On a cru que c'était
Les Âmes grises, puis L'Antidote, mais on se trompait, il
en restait un. C'est sur ces Parrains que Jacques Villeret a tiré
sa révérence et là, le doute n'est pas permis tant il semble
peu en forme dans cette histoire qui reprend vaguement le schéma des Tontons
flingueurs. La dernière scène, sinistre prémonition,
se déroule d'ailleurs au cimetière Montparnasse. C'est tout ce qu'il
y a de notable sur ce film qui, privé de son meilleur atout, n'est plus
qu'une succession poussive de rebondissements et de scènes prévisibles.
JEUDI. Courrier. J'envoie
une demande d'adhésion à l'association A.J.D. (Aide aux jeunes Diabétiques).
Lecture. La Gazette fortéenne
Vol. 2, 2003, Éditions de l'Oeil du Sphinx; 402 p., 33 €).
Les disciples de Charles Fort, qui se consacrent à la traque et à
l'interprétation du paranormal sous toutes ses formes, continuent à
faire preuve d'une belle santé éditoriale avec cette revue, un solide
volume agréablement illustré et soigné dans tous les domaines
sauf celui des coquilles. Au fil des pages, on s'interroge, "Homo erectus,
notre ancêtre présumé était-il un homme marin ?",
on apprend que le Loch Ness n'est pas la seule mare aux canards à abriter
un monstre lacustre, on revient brièvement sur la mystérieuse Bête
des Vosges (300 moutons au compteur tout de même entre février et
novembre 1977), on retrouve quelques sujets chers aux Fortéens (mutilations
de bétail, ovni), on fait la connaissance des petits êtres d'Argentine
("Marisol Diaz, 10 ans, était seule chez elle lorsqu'elle vit 4 ou
5 petits êtres dans la cuisine. Les petits humanoïdes aux gros yeux
portaient des vêtements blancs ressemblant à du plastique. Il y avait
des êtres masculins et féminins. Deux êtres hauts de 1m20 paraissaient
être les chefs du groupe. Les autres mesuraient environ un mètre.
Un point curieux était que les vêtements des êtres changeaient
de couleur selon l'endroit où ils se trouvaient, etc."), on voit de
drôles de choses en observant la lune mais "les rayonnements bleutés
mentionnés à répétition par J.C. Bartlett, dans les
années 50, ne sont pas étrangers, indubitablement, au daltonisme
de l'observateur" (!), on sait comment se comporter en cas de "rencontres
avec des fantômes dans un contexte global" ("un cas amusant mais
instructif est celui d'un Américain faisant de l'escalade en solitaire
dans l'Himalaya et qui vit se tenir devant lui le barman du 'Club 21' à
New York, mort cinq ans auparavant", sans doute un saint-bernard) et on se
rend compte de la faiblesse de nos moyens ("Il est assez facile de constater
que cinq sens ne sont manifestement PAS SUFFISANTS pour rendre compte du champ
énorme des possibilités sensorielles dont est capable l'espèce
humaine, alors que dix-sept sens est probablement un nombre plus exact, avec encore
d'autres à découvrir très probablement"). Les études
les plus littéraires sont consacrées à une mystérieuse
"Société du Vril" imaginée par un romancier anglais,
Bulwer-Lytton (l'auteur des Derniers jours de Pompéi), qui donna
lieu à une flopée d'élucubrations sur une éventuelle
race future dans laquelle s'illustra Louis Pauwels et, pour les amateurs d'affaires
policières, à un retour documenté et solide sur l'histoire
de Jack l'Eventreur qui met à mal bon nombre de théories fumeuses.
En tout cas, une chose est sûre : avec les Fortéens, on ne s'ennuie
jamais, il suffit de sortir sur son perron et d'ouvrir les yeux pour se retrouver
au coeur du mystère. TV. Desperate
Housewives (série américaine de Mark Cherry, 2005, avec Teri
Hatcher, Marcia Cross, Felicity Huffman, Eva Longoria, Alfred Woodard, Nicolette
Sheridan, James Denton; saison 2, épisodes 15 & 16, diffusés
le soir même sur Canal +). VENDREDI. Courriel.
Une demande d'abonnement aux notules. SAMEDI. Courriel.
Une demande d'abonnement aux notules. Football.
SA Epinal - Vesoul 2 - 0. C'est le retour aux horaires d'hiver à la
Colombière avec coup d'envoi à dix-huit heures, ce qui me permet
de rentrer at home à une heure chrétienne et de libérer
Caroline. Celle-ci va nous représenter à l'anniversaire d'un type
que je n'ai jamais vu et qui fait dans la chirurgie. Avec les piqûres à
faire et la surveillance à assurer, on ne peut plus expatrier ou faire
garder les filles aussi facilement qu'avant et je suis consigné. La maladie
de Lucie peut parfois apparaître comme une bénédiction.
Bon dimanche. |