Notules dominicales
de culture domestique n°297 - 4 mars 2007 DIMANCHE.
Itinéraire patriotique départemental. Nous
dénichons le monument aux morts de La Bourgonce où l'on note, c'est
la première fois que je trouve une chose de ce genre, la présence
d'une plaque dédiée "Aux veuves et orphelins de guerre".
TV. 24 heures chrono (24, série
américaine de Robert Cochran & Joel Surnow avec Kiefer Sutherland,
Kim Raver, Mary Lynn Rajskub, Gregory Itzin, Jean Smart; saison 5, épisodes
23 & 24, diffusés jeudi dernier sur Canal +). Voilà, encore
une de faite, une saison peut-être au-dessus des deux précédentes
grâce à la venue au premier plan du nouveau président des
Etats-Unis, Charles Logan. Une image de la présidence sous l'influence
des faucons qui n'a pas dû être appréciée partout. Sinon,
pour ce qui est de l'évolution de la série, on remarquera que le
procédé qui avait fait son originalité dans ses débuts,
la narration en temps réel, est désormais oublié du fait
du raccourcissement des épisodes et que les ellipses sont désormais
admises. On s'en moque, l'action reste palpitante et les personnages fidèles
à leur stéréotype. On plaint toutefois les acteurs, obligés
de se cantonner à un registre (le murmure rauque ou la vocifération
pour Sutherland) ou à une mimique (la mine butée de Mary Lynn Rajskub)
pendant des heures. Place maintenant à Vick Mackey, la fête continue.
LUNDI. Courriel. "Histoire
de Pl'Hair", c'est une nouveauté, c'est à Loudun. Merci à
DR. TV. Manderlay (Lars von
Trier, Danemark/Suède/France/Allemagne, 2005 avec Bryce Dallas, Isaach
de Bankolé, Danny Glover; diffusé sur Canal + en janvier dernier).
Le procédé (décors tracés à la craie sur un
plateau nu, ambiance sépulcrale) qui fonctionnait parfaitement dans Dogville
ne marche plus ici. Abandon de poste au bout d'une heure et six minutes.
MARDI. Lecture. Rue des Boutiques
Obscures (Patrick Modiano, Gallimard, nrf, 1978; 222 p., s.p.m.). Guy
Roland, enquêteur privé, se lance dans un travail particulier : retrouver
qui il était lorsqu'il s'appelait... comment déjà ? C'est
le sixième roman de Modiano, celui de la consécration, du Prix Goncourt.
Pourtant, la magie habituelle désormais bien connue et à laquelle
j'avoue être très sensible, ne fonctionne pas. Tout y est, ici comme
ailleurs : quête d'identité, ambiance flottante, lieux flous, personnages
mystérieux, passé insaisissable... Peut-être parce que j'en
ai maintenant trop lu de cet auteur, que je sais que le meilleur est déjà
passé (Villa triste) ou à venir (Dora Bruder) ? Peut-être
parce que je sais que la quête du personnage n'aboutira à rien et
que j'aimerais que pour une fois on débouche sur quelque chose de tangible
? Peut-être parce que le plaisir que me procurait Modiano correspondait
à une époque, à un état d'esprit qui faisaient partie
de moi à un moment donné et qui ne sont plus ? Peut-être plus
simplement parce que, malgré son couronnement, ce livre n'est pas à
la hauteur des autres, que les personnages y sont trop nombreux et indistincts,
parce que Modiano ne crée plus mais joue sur un procédé ?
Sûrement un peu de tout ça. Curiosité. "Au fond,
une porte aux petits carreaux vitrés que j'ai eu de la peine à tirer
à cause du blunt." (p. 90) Impossible de trouver ce que peut bien
être ce blunt. C'est d'autant plus troublant qu'un personnage du roman se
nomme Waldo Blunt (mais ce n'est pas lui qui a mis son pied dans l'ouverture de
la porte). MERCREDI. Emplettes.
J'achète les premiers romans de Melville, L'année 2007 dans Le
Monde, les carnets d'André Blanchard et le deuxième volume de
Millénium. TV. Vol
de nuit (émission littéraire de Patrick Poivre d'Arvor, diffusée
sur TF1 le 19 février dernier). JEUDI. TV.
The Shield (série américaine de Shawn Ryan, 2006
avec Michael Chiklis, CCH Pounder, Forest Whitaker, Catherine Dent, Benito Martinez,
Walton Goggins; saison 5, épisodes 1 & 2 diffusés le soir même
sur Canal +). VENDREDI. TV.
Honkytonk Man (Clint Eastwood, E.-U., 1982 avec Clint Eastwood, Kyle Eastwood,
John McIntire; diffusé le mois dernier sur TCM). SAMEDI.
Patrimoine local 1. Les publicités
peintes, c'est comme les aptonymes, je cours les chemins pour les dénicher
et je ne vois pas celles qui se trouvent sous mon nez. Ce n'est que ces derniers
jours que j'ai découvert celles-ci qui se trouvent à moins de deux
cents mètres de la pharmacie... 
Patrimoine
local 2. Epinal, terre littéraire : je reçois le matin
le dernier livre de Denis Montebello (Le diable, l'assaisonnement, un titre
qui ne peut que mettre l'amateur de Joyce en appétit) et je fais un tour,
l'après-midi, dans une librairie de la ville où un autre produit
local, Dominique Resch, effectue une séance de signature pour ses Poules.
Il y a bien trois ou quatre personnes autour de l'auteur quand j'arrive mais j'arrive
à surmonter ma peur de la foule pour aller le saluer, ce qui me permet
de finir la semaine sur un acte de bravoure. Bon dimanche. Notules
dominicales de culture domestique n°298 -11 mars 2007 DIMANCHE.
Enigme. La notulie s'est dépensée
pour résoudre l'énigme du blunt qui bloquait la porte de chez Modiano.
En fait, il s'agissait d'un système de fermeture de porte, du genre retardateur,
de marque Blount et non Blunt, Gallimard que sont tes correcteurs devenus. Merci
à EC et à MD, sans oublier ceux qui m'auront appris que le "blunt
instrument" est la version anglaise de l'objet contondant et qu'un blunt
tout court est, dans le jargon des fumeurs de joints, une cigarette de marijuana
pure, voire "un cigare vidé de ses feuilles de tabac et rempli de
feuilles de cannabis". 
Courriel.
Une demande d'abonnement aux notules. TV.
Orgueil et Préjugés (Pride And Prejudice, Joe Wright,
France/G.-B., 2005 avec Keira Knightley, Matthew Fayden, Brenda Blethyn, Donald
Sutherland; diffusé en février dernier sur Canal +). LUNDI.
TV scolaire. Les dix commandements
(The Ten Commandments, Cecil B. DeMille, E.-U., 1956 avec Charlton Heston,
Yul Brynner, Anne Baxter, Edward G. Robinson; DVD Paramount). Obituaire.
"... je retrouvai également éparses dans la maison diverses
choses qui étaient sans doute à elle et en particulier, dans le
salon où elle n'avait pas osé entrer avant de s'enfuir de peur de
réveiller ma femme qui dormait dans la pièce à côté,
le premier volume de la série romanesque d'Henri Troyat intitulée
Les semailles et les moissons qui avait été publié quelques
mois auparavant en France." (Georges Perec, La Vie mode d'emploi,
ch. XXXI) Situation critique. Je
me suis employé (pas démené, on connaît le sportif)
ces dernières semaines à soutenir avec mes gigantesques moyens une
entreprise littéraire. Je n'ai pas l'impression d'avoir ménagé
ma peine, mais il s'avère que tout ce que j'ai pu entreprendre, dire ou
écrire dans cette perspective a été reçu de façon
diamétralement opposée à l'intention de départ. A
un point tel que je passe aujourd'hui, par un renversement qui frôle le
comique, pour un sapajou briseur de gloire naissante, un empêcheur d'auréoler
en rond. Gros sabots ? Guignon ? Pensez-vous, pure malveillance parce que, voilà,
on ne rit pas, j'ai ça dans le sang. Rien d'important là-dedans
au-delà du ridicule de l'épisode, ce n'est que fumée comme
dit l'autre, ça ne vaut pas un ticket de tiercé ni les trois quatre
lignes qu'on vient d'y consacrer, passez muscade. Mais c'est intéressant
car c'est un cas de figure inédit dans un domaine dont je croyais avoir
fait le tour. En écrivant sur des gens qui écrivent, il est fatal
que des réactions me parviennent, bon nombre de notuliens font travailler
les imprimeurs et à l'heure actuelle, quiconque lançant quelque
chose sous son nom est un jour titillé par le réflexe Google : je
suis Philippe Didion, j'écris des notules, je tape Philippe Didion sur
Google histoire de voir ce que le vaste monde pense de moi. Miracle, il y a des
réponses, j'existe, pourvu qu'il ne dise pas de mal sinon le vaste monde
va voir de quel bois je me chauffe. Ce que j'ai oublié en route, c'est
que ce que je prends pour le reflet du vaste monde n'est en fait qu'un ridicule
miroir de poche dans lequel je suis le seul à me regarder : quel olibrius
aurait l'idée saugrenue de lancer une recherche Google sur Philippe Didion
à part Philippe Didion ? Peut-être un Philippe Bidion ou Didoin pas
très habile avec le clavier... Ce qui fait que dans la phrase "tout
le monde va voir ça sur internet" ("ça" pouvant signifier
ma gloire ou ma disgrâce, mon triomphe ou ma déchéance), la
différence entre tout le monde et personne est la plupart du temps infime,
sans parler de ceux qui voient et qui s'en moquent. Pour ce qui est des réactions,
la palette était déjà assez riche en nuances et en contrastes,
de la diatribe du fou furieux qui voulait m'occire parce qu'il me croyait jaloux
du prix qu'il venait d'obtenir (et dont il m'apprenait l'existence) au geste d'élégance
- ou d'indifférence - suprême : le silence, en passant par la fâcherie,
la bouderie, la déception, la satisfaction, la dispute intelligente sur
la seule chose qui vaille qu'on dispute, le livre, le contenu, la moelle et non
l'aura de son auteur, la classe d'une directrice de chez Fayard dont j'avais assez
rudement étrillé le poulain prometteur, le merci discret, simple,
civil, le signe, le clin d'oeil qui signifie qu'on a vu et qui suffit. Dans leur
grande majorité, les auteurs savent que lorsqu'ils livrent quelque chose
au public, ils s'exposent aux commentaires du public comme le notulographe sait
qu'il s'expose lui aussi aux réactions de ses lecteurs. D'autres sont parfois
la proie de la trinité pathologique bien connue et souvent observée,
macération, autocombustion et départ en vrille. Sur ce chapitre,
j'ai reçu ma dose de venin, j'en ai cherché, j'en ai eu, pas de
doute, ça fait mal, je n'ai pas le cuir plus épais qu'un autre.
Au début, je répondais, je luttais pied à pied, il m'est
arrivé de jouter férocement contre tel ou tel simili-Balzac de chef-lieu
de canton auteur d'un chef-d'oeuvre inconnu appelé à le rester,
avant de me rendre compte que c'était vain et épuisant. On ne peut
pas non plus perdre trop de temps et de santé à ferrailler contre
des ego gonflés à l'hélium, on n'est pas obligé de
tout subir ni d'ailleurs de tout faire subir. Après, j'ai joué l'apaisement,
sur le mode "Brigadier, répondit Pandore, Brigadier vous avez raison"
et puis il faut voir ce que sont les notules, ce n'est pas Le Monde des livres,
leur pouvoir de nuisance ou de prescription est tout de même plus proche
du néant que d'autre chose, je sais quelles sont ma place et mon influence.
Le seul avantage que j'ai, si j'en ai un, c'est que je ne me prends pas pour ce
que je ne suis pas, que je ne rêve pas de carrière - je n'ai jamais
rien sollicité, les publications dans lesquelles j'officie sont venues
me chercher - et que je sais ce que valent mes avis, à savoir la même
chose que les avis des autres. Maintenant j'ai compris, je laisse couler, je ne
réponds plus et je vais me coucher sans dormir. J'ai entendu Gabriel Matzneff,
au dernier Colloque des Invalides consacré aux "Querelles et invectives",
et lui sait ce que c'est que de se faire rentrer dedans, si j'ose dire, il ne
cherche que ça et donne à qui les veut les verges, hum, pour se
faire fouetter, Matzneff donc disait que la plus sage attitude face à l'attaque
était le silence, ce que j'ai mis du temps à comprendre. Ce n'est
pas moins douloureux mais au moins ça fait gagner du temps et ça
donne à l'autre la satisfaction d'avoir cloué le bec à l'importun.
Encore un mot, d'Henri Troyat celui-ci, tiré de la nécrologie que
lui consacre Le Monde de ce soir : "J'ai beau être encouragé
par ceux qui me louent, c'est à ceux qui m'accablent que je donne raison."
Si un jour on m'avait dit que ces notules serviraient de chambre d'écho
aux pensées d'Henri Troyat et de Gabriel Matzneff... TV.
Le petit garçon (Pierre Granier-Deferre, France, 1994 avec Jacques
Weber, Brigitte Roüan, Stanislas Crevillen; diffusé ce mois sur CinéCinémas
Famiz). MARDI. TV. Le
bateau livre (émission littéraire de Frédéric
Ferney, diffusée dimanche dernier sur France 5). MERCREDI.
Lecture. Tusculanes, Livres II, III, IV,
V (Tusculanae Disputationes, Cicéron, 45-44 av. J.-C ;
traduction, rubrique et notes par E. Bréhier, notice par V. Goldschmidt
in Les Stoïciens, Gallimard, 1962, Bibliothèque de la Pléiade
n° 156, 1504 p., 52,90 €). Où l'on s'entretient du bonheur
du sage qui ne craint ni la mort ni la douleur, résiste au chagrin et aux
passions. Cicéron se fait ici le passeur des écrits de Chrysippe,
l'ancêtre du stoïcisme, qu'il oppose aux tenants des doctrines adverses,
Péripatéticiens et Epicuriens si j'ai bien compris. C'est de la
belle rhétorique, appuyée d'exemples tirés de la mythologie
et de l'histoire, on retrouve ainsi l' épisode de l'épée
de Damoclès, des anecdotes issues de la vie de Denys le Tyran, d'Archimède
et autres. Ce qui est confortable avec ce genre de lecture, c'est qu'on peut raconter
n'importe quoi dessus, on a peu de chance de recevoir un courriel vengeur de Cicéron.
Un bon type, Cicéron, pas bégueule, pas envahissant, pas fier pour
deux ronds. JEUDI. De l'air.
Aujourd'hui, au travail, j'ai séjourné assez longuement en salle
des professeurs, ce qui ne m'était pas arrivé depuis un moment.
J'ai un peu fui le monde, je le reconnais, pas envie de parler, les soucis de
Lucie, tout ça, et puis c'est un endroit où je ne me sens pas à
ma place, j'ai toujours l'impression de déranger, je ne sais pas où
me mettre, quoi faire de mes bras que j'ai assez longs pour mon âge. Aujourd'hui
j'y suis retourné avec plaisir, content de rouvrir les fenêtres après
avoir respiré beaucoup d'air vicié. Même chose hier, j'ai
redécouvert les gens, Bébert, le facteur, un tuyau pour Saint-Cloud,
Jacky, le boucher, un quart d'heure de discussion sur le match de Lyon que je
n'avais pas vu, ça ne fait rien, Pierre Bayard a écrit Comment
parler des livres que l'on n'a pas lus, je pourrais faire de même avec
les matchs que je n'ai pas vus, un voisin qui veut m'offrir une invitation pour
le match de samedi, merci je suis abonné, chez le coiffeur, au supermarché,
à la pharmacie, partout des gens qui disent bonjour, merci, qui ne vous
demandent rien, ils ne peuvent pas être comme ça tout le temps, ça
doit être le contraste. Et puis ce soir, une impression de retrouvailles
avec R. qui passe at home, vidé par la naissance apocalyptique de
sa fille mais qui va enfin pouvoir savourer. Ils sont bien, les gens, des fois.
Lecture. La Voix (Röddin,
Arnaldur Indridason, 2002; Métailié Noir coll. Bibliothèque
nordique, 2007 pour la traduction française; traduit de l'islandais par
Eric Boury; 336 p., 19 €). Un portier d'hôtel est retrouvé
assassiné dans un réduit de l'établissement où il
avait élu domicile. Le commissaire Erlendur s'installe à l'hôtel
pour mener son enquête. Au bout de trois romans, on peut désormais
trouver des constantes dans l'univers d'Indridason. La qualité des trames
policières d'abord, des enquêtes minutieuses et captivantes qui laissent
peu de repos au lecteur. Le souci des victimes ensuite dont la fin tragique est
toujours l'aboutissement d'une vie marquée par l'échec, une sorte
de dénouement inéluctable. Le commissaire Erlendur cherche moins
à trouver un coupable pour le punir que pour obtenir une sorte de réhabilitation
posthume à sa victime, ici un homme qui fut, dans sa jeunesse, une sorte
d'enfant star à la voix d'or, homosexuel réprouvé par sa
famille. Une autre constante, le traitement réservé à la
famille justement : tout ce qui peut apparaître comme un soupçon
de bonheur familial est banni des livres d'Indridason : son commissaire se débat
dans une relation haineuse avec sa fille, il n'y a dans ses histoires aucun couple
qui tienne debout, rien que des femmes ou enfants battus, brimés, cassés.
Le fait que l'histoire de La Voix se déroule dans les jours précédant
Noël ajoute à ce rejet, le commissaire s'installe à l'hôtel
- comme Maigret en son temps, me semble-t-il - pour fuir l'ambiance festive qui
l'insupporte. Enfin, dernier élément, la volonté de donner
de plus en plus d'épaisseur au personnage principal, le commissaire Erlendur
dont on découvre la passé, marqué lui aussi par une tragédie
familiale, au fil des épisodes. Tout cela contribue à faire des
livres d'Indridason une des oeuvres policières les plus attachantes du
moment. Extrait. "Erlendur eut un sourire, s'accorda un instant de réflexion
et entreprit de lui raconter une disparition qui avait eu lieu sous les yeux de
tous : c'était celle de Jon Bergthorsson, un voleur dans le Skagafjördur.
Il s'était aventuré sur la banquise du fjord de Skagafjördur
pour récupérer un requin qu'on avait remonté plus tôt
dans la journée par un trou dans la glace. Brusquement, le vent du sud
s'était mis à forcir, la pluie à tomber, la glace à
se disloquer et à se diriger vers la haute mer. On jugea impossible d'aller
secourir Jon en bateau à cause du temps déchaîné et
du vent violent venu du sud qui poussait la banquise vers l'embouchure du fjord.
La dernière fois qu'on avait aperçu Jon, c'était à
la longue-vue : il parcourait de long en large un iceberg dérivant à
l'horizon, loin vers le nord." VENDREDI. Vie
familiale. Rendez-vous à l'hôpital pour Lucie qui nous
a inquiétés pendant quinze jours avec des taux très élevés,
impossibles à corriger malgré les différents dosages d'insuline.
Surveillance à toute heure du jour et de la nuit, l'impression de revivre
les premiers jours de garde rapprochée du nourrisson, le même épuisement
et l'intranquillité en plus. Le docteur se montre rassurant, ce peut être
le signe que les dernières cellules du pancréas encore valides ont
cette fois bel et bien rendu l'âme. TV.
The Shield (série américaine de Shawn Ryan,
2006 avec Michael Chiklis, CCH Pounder, Forest Whitaker, Catherine Dent, Benito
Martinez, Walton Goggins; saison 5, épisodes 3 & 4 diffusés
la veille sur Canal +). SAMEDI. TV
scolaire. Supersize Me (Morgan Spurlock, E.-U., 2004; DVD diaphana).
Vie sociale. Reconstitution à
la croûte de midi avec RG et J, d'un trio qui fit beaucoup pour la bonne
santé financière des limonadiers de Châtel-Nomexy.
Football. SA Spinalien - SC Schiltigheim 2
-2. Déception : Martin Djetou, ancien champion de France et international,
ne figure pas dans l'équipe de Schiltigheim où il est venu finir
sa carrière. J'aime beaucoup Martin Djetou, moins pour la qualité
de son jeu que pour la distribution vocalique (a, i, e, o, u, le quinté
dans le désordre) de ses prénom et nom. Lecture.
Le diable, l'assaisonnement (Denis Montebello, photographies de Marc Deneyer,
Le temps qu'il fait, 2007; 120 p., 17 €). Compte rendu à
rédiger pour La Liberté de l'Est. Bon dimanche. Notules
dominicales de culture domestique n°299 - 18 mars 2007 DIMANCHE.
Bougies. Nous fêtons les soixante-dix
ans de mon père au domicile parental et lui offrons l'intégralité
de La Recherche sur CD. Cent onze CD exactement, de quoi l'occuper pour
les soixante-dix ans à venir. Plus modestes, les notules ont aujourd'hui
six ans. Ecriture. Je passe la soirée
sur mon article Montebello. Je l'envoie illico sinon je suis capable
d'y passer la semaine. LUNDI. Ecriture.
Je travaille sur ma chronique pour Histoires littéraires.
MARDI. Rencontres. Pas de cours
ce matin mais une réunion au centre-ville. Il fait beau, j'y vais à
pied. Près d'un lycée professionnel, sous un porche, un jeune beur
: "Bonjour !" Je réponds, lui demande si on se connaît,
non. Je lui serre la pince, lui souhaite une bonne journée et poursuis
mon chemin en me disant que cela fait une semaine, donc longtemps, que je trouve
mon prochain sympathique. J'avais cru à un ancien élève,
principalement parce que le type n'était pas blanc de peau. Non pas parce
que je compte beaucoup d'élèves d'origine étrangère
dans le collège où j'exerce, on est loin des mosaïques de certains
quartiers urbains, mais il y a à Châtel-Nomexy une communauté
marocaine assez importante, il y a même une petite mosquée, ça
date du temps où l'industrie textile donnait du travail, du pain et de
la semoule à tout le monde. Les élèves issus de cette communauté
ne sont pas forcément les plus faciles mais ce sont assurément les
moins rancuniers. Là où d'autres, quand je les croise à Epinal
où ils sont devenus lycéens ou étudiants, me regardent comme
une merde de chien sous prétexte qu'ils ont grandi de cinquante centimètres
en deux ou trois ans et m'écraseraient volontiers comme tel maintenant
qu'ils chaussent du 46, les Jaouad, Omar, Youssef, Hicham et Anouar me hèlent
d'un bout à l'autre de la rue, accourent et m'abordent avec le sourire
en me donnant du Monsieur Didion long comme mon bras, et ce, quelle qu'ait été
la qualité de nos relations au temps où ils subissaient mon magistère.
Emplettes. J'achète un polar américain
et un opuscule grammatical de Pierre Bergounioux. Ecriture.
Toujours privé de télé. Je boucle la chronique entamée
la veille. MERCREDI. Retour. Où l'on remet les
pieds dans deux endroits fortement délaissés ces derniers temps.
La bibliothèque municipale le matin, où les filles m'accompagnent. 
Le
jardin l'après-midi où je commence à m'affairer. Pas violemment,
il fait beau, d'accord mais d'ici à ce que la neige nous recouvre la semaine
prochaine... Je coupe quelques branches, fais un peu de nettoyage, manie tout
de même la serfouette mais pas question d'empoigner la bêche, pas
d'affolement, même si l'envie est là. D'ailleurs ce matin, au comptoir
agricole, il y avait du monde, on sentait que les sabots piaffaient. D'habitude
j'ai des points de repère, mes voisins qui donnent le signal du départ,
mais pas cette année : le voisin de gauche, qui était le seul rescapé
est désormais en maison de santé où il doit raconter à
ses commensaux l'histoire de son oeil perdu à cause des Allemands.
TV. Le bateau livre (émission
littéraire de Frédéric Ferney, diffusée dimanche dernier
sur France 5). VENDREDI. Cinéma scolaire.
Good Bye Lenin ! (Wolfgang Becker, Allemagne, 2003 avec Daniel
Brühl, Katrin Sass, Chulpan Khamatova; vu dans le cadre de l'opération
Collège au cinéma). Je suis toujours aussi étonné
de voir comment une si bonne idée peut donner un si mauvais film.
TV. Football. US Créteil Lusitanos
- FC Metz 1 - 1, en direct sur Eurosport. SAMEDI. Courrier.
Arrivée d'un CD de Debussy dont je voulais posséder la
Rêverie pour piano et de nos nouvelles cartes d'électeurs.
A ce sujet, il est temps que les notules prennent pied dans le débat pré-présidentiel.
Un sondage récent montre que chez les électeurs résidant
sous le toit du notulographe, on relève encore 50 % d'indécis (sondage
réalisé de façon impromptue, ce midi avant le dessert, auprès
d'un échantillon représentatif de deux personnes dont moi-même).
TV. The Shield (série américaine
de Shawn Ryan, 2006 avec Michael Chiklis, CCH Pounder, Forest Whitaker, Catherine
Dent, Benito Martinez, Walton Goggins; saison 5, épisodes 5 & 6 diffusés
jeudi dernier sur Canal +). Bon dimanche. Notules
dominicales de culture domestique n°300 - 25 mars 2007 DIMANCHE.
TV. Le bateau livre (émission
littéraire de Frédéric Ferney, diffusée ce jour sur
France 5). Un bon numéro, cela faisait longtemps, avec Emmanuel Carrère,
Pierre Pachet et Axel Kahn. LUNDI. TV.
Bonjour l'angoisse (Pierre Tchernia, France, 1988 avec Michel Serrault,
Guy Marchand, Jean-Pierre Bacri, Pierre Arditi; diffusé ce mois sur CinéCinéma
Auteur). Deux apparitions d'Hubert Deschamps, sourd comme peu de pots, l'une
en ouverture, l'autre à la fin du film. En tout, deux minutes, pas plus.
Ce qui se trouve dans l'intervalle est à oublier. MARDI.
Vie familiale. Rendez-vous est pris, en mai,
à l'hôpital de Saint-Avold pour la pose d'une pompe à insuline.
MERCREDI. Emplettes. J'achète
des billets de train et prends livraison des cinq premiers romans sélectionnés
pour le Prix René-Fallet. Fin (provisoire)
de chantier. Je mets un point final à la relecture de Don
Quichotte, le dernier livre que j'ai lu en 1998, ce qui n'est pas un fait
anodin. En 1998, mon inventaire annuel consista à noter scrupuleusement
tous les lieux dans lesquels mes pas ou mes pneus me menèrent : les pays,
les départements, les villes et, à l'intérieur de celles-ci,
tous les noms des rues empruntées. Un exercice un peu fastidieux, périlleux
même au volant, mais qui fut mené à bien sans difficulté
majeure. La deuxième phase fut le classement des données, classement
géographique, plus un classement thématique consacré justement
aux noms des rues : noms de communes (rue de Dijon, boulevard de Strasbourg...),
adjectifs (rue Nationale, rue Basse, rue Haute...), noms d'hommes politiques (avenue
Léon-Blum, rue Aristide-Briand...), dates (rue du 8 mai 1945...), noms
d'écrivains, de militaires, de présidents de la République,
de pays, de saints, d'ecclésiastiques, d'inconnus (rue Arthur-Gaulard,
rue Eugène-Spiller, rue Léopold-Bourg...) et ainsi de suite. La
chose aurait pu s'arrêter là, elle m'avait déjà pris
assez de temps, mais elle ne me satisfaisait pas totalement, c'était trop
simple, il fallait que je trouve quelque chose pour la compléter. J'ai
d'abord eu la tentation de passer une année à marcher sur mes traces,
à repasser par les mêmes endroits, j'ai abandonné, ma vie
est déjà suffisamment répétitive pour que j'en rajoute.
C'est alors que j'ai eu l'idée de compléter cet inventaire des lieux
réels par un inventaire des lieux fictifs, c'est-à-dire ceux par
lesquels j'étais passé en tant que lecteur au cours de cette même
année. J'ai donc entrepris de relire, à temps perdu et la plupart
du temps en diagonale tous les livres que j'avais lus en 1998, jusqu'à
ce Don Quichotte terminé le 30 décembre de cette année-là.
Le chantier n'est pas fini. Tous les lieux cités dans les livres en question
sont notés, il me reste à les classer de la même manière
que les lieux réels, à confronter ceux-ci avec ceux-là et
à arriver au but de l'entreprise : voir s'il y a des lieux communs aux
deux univers. Si j'en trouve, j'en retirerai une immense satisfaction. On sait
que j'aime occuper mon existence à des chantiers pharaoniques totalement
inutiles mais dans le genre, j'aurai rarement fait mieux, plus vain, plus vide.
Peu après avoir fermé le Quichotte, je tombe sur cette phrase
de Sartre sur Flaubert dans son Idiot de la famille : "La peine [...]
devient noble géhenne si la sueur trempe pour rien le front du bon ouvrier,
s'il se martyrise pour produire une oeuvre dont il sait d'avance qu'elle ne servira
à rien et que d'ailleurs elle sera ratée." Les mots "sueur"
et "oeuvre" sont bien sûr déplacés à mon
endroit mais à part ça, je souscris. TV.
Le Secret de Brokeback Mountain (Brokeback Mountain, Ang Lee, E.-U.
avec Heath Ledger, Jake Gyllenhaal, Michelle Williams; diffusé en février
dernier sur Canal +). JEUDI. Vie
hippique. C'est jour de liesse au café-PMU-articles de pêche
de Nomexy. Le patron a donné le quinté dans le désordre.
Comme j'ai scrupuleusement recopié son ticket, je participe d'autant plus
volontiers à l'allégresse collective, embrasse la taulière
et remettez-nous-ça. TV.
The Shield (série américaine de Shawn Ryan, 2006 avec Michael
Chiklis, CCH Pounder, Forest Whitaker, Catherine Dent, Benito Martinez, Walton
Goggins; saison 5, épisodes 7 & 8 diffusés le soir même
sur Canal +). VENDREDI. Météo.
Un coup d'oeil par la fenêtre au lever me convainc que j'ai bien fait de
ne pas me précipiter pour ce qui est du jardinage. 
Les
chaussées ne sont pas très bien dégagées mais je tente
quand même l'aventure et prends la route du collège. Pas vraiment
par abnégation professionnelle mais j'ai les sous du quinté à
retirer, de la pharmacie à livrer et puis, surtout, il y a l'attrait de
passer une journée tranquille avec la poignée d'élèves
qui auront bravé les intempéries. Lorsque je me fais emboutir, au
bout de quelques centaines de mètres, et que je vois le conducteur de l'auto
tamponneuse bondir de sa boîte pour constater les dégâts -
insignifiants - je récolte tout de même une belle frayeur : j'ai
bien cru qu'il en voulait à mon ticket de PMU. TV.
Football. Libourne - Saint-Seurin - FC Metz 0 - 2 (en direct sur Eurosport).
SAMEDI. Sortie. Nous assistons
en quatuor au joyeux massacre perpétré par le Théâtre
de l'Etoile, à Vandoeuvre, sur le mythe de Jeanne d'Arc, belle occasion
de goûter le spectacle d'une troupe de théâtre qui ne se sent
pas obligée de mettre trois accents circonflexes sur le "a" de
la discipline qu'elle sert avec bonne humeur. Belle occasion de voir aussi qu'une
sortie anodine n'a plus rien d'anodin, il faut tout organiser, tout prévoir
en fonction de Lucie. C'est un des dommages collatéraux de la maladie :
la spontanéité, l'improvisation, l'impromptu n'existent plus.
Bon dimanche. |